Test : Yakuza 6 The Song of Life – Les liens qui nous unissent

"Vous avez fait votre enquête, vous savez ce qui arrive quand on touche à ma famille"

Toutes les bonnes choses ont une fin, dit-on. Les temps changent et les héros se doivent de laisser la place à de nouveaux protagonistes davantage dans l’ère du temps. Mais hors de question de finir pépère en charentaise dans un hospice. C’est en substance le message de Yakuza 6 The Song of Life qui voit l’icône Kiryu revenir à Kamurocho en ayant payé sa dette à la société au bout de 3 années derrière les barreaux. Et il s’en passe des choses en 3 ans.

L’incendie du quartier chinois de Kamurocho n’est que le préambule aux terribles événements à venir

Kamurocho

Au fil de la progression vous débloquerez des mouvements impressionnants. Fatigué, le Dragon de Dojima, vraiment ?

Bha, allez, inutile de s’appesantir sur l’aspect “dernière danse” de Yakuza 6 puisqu’ici on imagine assez mal Sega abandonner Kiryu et que cet épisode a plus à offrir que le côté chapitre final. A son habitude, le scénario de The Song of Life entremêle diverses histoires, toutes aussi passionnantes les unes que les autres dans un rythme volontairement plus lent qu’à l’accoutumée. Si l’accent est mis sur le côté dépassé de Kiryu et son retour dans un univers qu’il ne reconnaît plus, c’est davantage la quête d’un père (de substitution) que l’on suit. Un père inquiet qui dans un premier temps n’a aucune nouvelle de sa protégée Haruka depuis son incarcération. Retournée dans un premier temps à l’orphelinat Morning Glory (anciennement Sunshine) après avoir mis un terme à sa carrière d’Idol en révélant au monde ses liens avec Kiryu à la fin de Yakuza 5, la jeune fille disparut pour ne pas que sa réputation désormais entachée ne vienne perturber le quotidien des orphelins. Inquiet de ne pas la retrouver à sa sortie de prison, le Dragon de Dojima repart alors au seul endroit où il pense pouvoir obtenir des informations : le quartier de Kamurocho.

Seulement voilà : le quartier chaud de Tokyo a bien changé pendant son absence. Un mystérieux incendie ayant ravagé une partie du quartier chinois quelques années auparavant, le clan Tojo est aujourd’hui confronté aux puissantes Triades dont la violence n’a d’égale que leur détermination à s’étendre, poussant même Akiyama à fermer boutique et vivre caché. Les clans coréens grappillent également du terrain à Kamurocho en rachetant quelques établissements emblématiques comme le Stardust et le clan Tojo est lui-même en proie à des remaniement internes qui voient de jeunes loups aux dents acérées prendre le pouvoir à coup d’alliances et de malversations, bafouant l’honneur de l’ancienne école Yakuza en ridiculisant les tatouages, à l’image de Someya Takumi.

Le personnage de Someya est clairement réussi et possède une personnalité très énigmatique

C’est au milieu de cette guerre intestine que Kiryu mène son enquête pour retrouver Haruka avant d’être contacté par son vieil ami Date, qui lui apprend que la jeune fille a été transportée à l’hôpital dans un état grave suite à un accident et que ses jours sont en danger. Plus encore, Haruka protégeait un jeune bébé nommé Haruto, que Kiryu refuse de voir partir dans un système social pendant le coma de sa mère. Enlevant l’enfant, Kiryu part alors en quête de réponses sur les véritables circonstances de l’accident d’Haruka et sur l’identité du père d’Haruto.

Onomichi

Quête qui le mènera très vite dans la petite bourgade d’Onomichi, dont l’économie tourne principalement grâce à son petit chantier naval, mais qui est surtout le fief de l’alliance Yomei qui y a consolidé son influence sur un modèle quasi médiéval et dont le prestige égale celui des clans Tojo et Omi. Relativement neutres dans les rapports de force de ces deux clans, la position du clan Yomei pourrait être remise en question par l’ingérence de Kiryu dans la petite ville en apparence tranquille. D’autant que fidèle à lui-même, Kiryu commence par s’attirer involontairement l’ire de Nagumo, Yakuza de l’insignifiante famille Hirose, alors qu’il nouait connaissance avec la tenancière du bar local Kiyomi, tandis que cette dernière propose à Kazuma un logement pour s’occuper d’Haruto pendant son enquête.

Sous l’apparence d’une petite bourgade tranquille, Onomichi recèle nombre de terribles secrets

Je m’arrête là, car il me faudrait encore longtemps pour tenter de vous présenter la situation de ce Yakuza 6, mais sachez que tout ceci n’est que le début de ce périple partagé entre le tumulte de Kamurocho et la quiétude d’Onomichi, tant ce dernier épisode propose du contenu et des personnages, faisant parfois échos aux chapitres précédents, à l’image du conflit renouvelé avec les clans Coréens.

Kamurocho est magnifiquement modélisé

Cependant, une constante demeure : la volonté de Kiryu de tourner le dos à un passé qui n’a de cesse de venir lui taper sur l’épaule pour se consacrer uniquement au devenir de ceux qui lui sont chers. Une image résolument tournée vers l’avenir laissant sur le carreau les idéaux du presque quinquagénaire Kazuma face à une toute nouvelle génération qui ne voit en lui qu’une relique d’une époque révolue. Et c’est presque un Rocky Balboa de retour dans un baroud d’honneur dans Rocky 7 auquel s’apparente Yakuza 6. Oui j’ose la comparaison.

Le passage à Onomichi et ses liens tissés avec la famille Hirose n’est d’ailleurs pas sans rappeler des monstres du cinéma japonais comme les excellents Hana-Bi ou plus particulièrement Sonatine de Takechi Kitano qui est ici parfaitement modélisé en patriarche de la famille Hirose. Pour rappel, Sonatine voyait justement une famille Yakuza planquée au bord de la mer suite à une guerre de clan. Au fil des jours, une ambiance bon enfant se développait entre les membres, jouant sur la plage comme des gosses, bien loin des intrigues mafieuses de la capitale, contrastant avec l’ultra-violence de certaine scènes. Beat Takeshi – véritable figure emblématique du cinéma japonais – reprend d’ailleurs ici un rôle presque burlesque en patriarche de famille jovial un peu en décalage, propice à des situations souvent drôles comme à l’accoutumée avec cet acteur.

Beat Takeshi, fidèle à lui-même, incarne un patriarche possédant bien des facettes…

Le côté “Slow Life” d’Onomichi contraste vraiment avec l’agitation tokyoïte, avec ses ruelles étroites, ses deux rues principales, ses petites boutiques, son temple et ses innombrables marches menant aux hauteurs surplombant la ville. On passe pas mal de temps à arpenter les ruelles à la recherche de clés ouvrant les différents coffres disséminés un peu partout et contenant des objets à équiper, ou juste pour se faire happer dans des quêtes annexes toujours originales, allant de l’affrontement contre une secte religieuse locale aux questionnements amoureux d’une jeune fille partagée entre l’amour et son rêve de devenir Idol en passant par des histoires un peu plus rocambolesques de changement de corps ou de voyages dans le temps. On ne s’ennuie pas à Onomichi, je vous dis.

Visitez les différents Club Sega pour rejouer à des classiques de l’Arcade, dont Virtua Fighter 5 Showdown

Yakuza 6 dresse d’ailleurs en filigrane un portrait fort peu flatteur de la condition des Idols au Japon, ces jeunes filles transformées en purs produits de merchandising dont la célébrité ne tient qu’à l’image pure et innocente et pourtant très sexuée qu’elles véhiculent. De parfaites petites amies fantasmées dédiées à leurs hordes de fans et dont le moindre écart de conduite ou de réputation peut propulser dans l’opprobre.

Six Lunatics et autres tracas

La guerre des clans est une autre activité annexe d’Onomichi

De nombreuses intrigues s’entremêlent dans ce dernier chapitre, allant du devenir d’Haruka bien entendu en passant par les complots des clans, des affrontements avec les triades ou du contrôle des quartiers contre le gang corrompu JUSTIS mené par les Six Lunatics, renvoyant presque aux clichés absurdes des sentais masqués, à travers des activités tenants plus du Tower Defense que du combat de rue, avec en chemin du recrutement d’unités dans les rues de la ville.

Difficile de s’ennuyer d’ailleurs, et si vous décidez de marquer une pause dans votre aventure, nombre d’activités vous sont proposées et présentées automatiquement au cours de votre progression, sous forme de quêtes annexes ou de simples passe-temps. Ainsi, si vous pouvez toujours aller boire un verre en la charmante compagnie d’hôtesses (mais gare aux frais qui peuvent vite grimper, malgré les très agréables moments qu’elles proposent), progrès oblige, vous pouvez également vous rendre dans un café Internet pour assister à de véritables Live Shows sous forme de QTE avec de véritables demoiselles (comprenez “actrices filmées”) dans des situations plus que sexy mais surtout hilarantes. Pour les connaisseurs, vous retrouverez donc l’actrice Anri Okita et Yua Mikami dans des séquences de Chat très suggestives (au point qu’il m’a été difficile d’expliquer à ma chère et tendre que je jouais à un jeu d’aventure) mettant en scène un Kiryu tapant ses messages maladroitement à deux doigts.

Chaudes certes, mais aussi très drôles, voire attendrissantes, ces séquences complètent de manière plus osée et moderne la proposition de conversation plus chic des hôtesses. Jamais en reste quand à proposer des jeux d’arcade dans ses clubs Sega, Yakuza 6 propose ici des versions complètes de ses titres Puyo Puyo, Space Harrier, Phantasy Zone, mais aussi Outrun, Super Hang-On et Virtua Fighter 5 Showdown (avec un mode pour deux joueurs) ! Une sélection vraiment intéressante qui permet d’aller s’éclater un peu sur d’autres jeux vidéos. Dans une autre tradition, le Mahjong est aussi disponible, tout comme un très sympathique jeu de fléchettes au gameplay pour une fois prenant, sans oublier les inénarrables séquences de karaoké ou de baseball disponibles en ville.

Quand Yakuza fait un jeu de pêche, ça ne donne pas une activité reposante et tranquille…

Des sous-quêtes un peu WTF vous emportent aussi dans des situations amusantes et quelques fois interpellantes, quand par exemple Kiryu se trouve aux prises avec un assistant personnel un peu trop intelligent sur son téléphone ou une quête sous-marine où il est question de pêcher au harpon en vue subjective dans un rail-shooter qui vous confronte à d’énormes boss, quand il ne s’agit pas de jouer la mascotte dans un événement pour enfant, de chasser des fantôme (!) ou de discuter avec une voyageuse du temps. Et comme si cela ne suffisait pas, une application sur votre téléphone nommée “Troublr” (on notera la référence) vous préviendra si des individus louches causent des problèmes en ville, pour un surplus d’activités rétributrices.

Y’a une App pour ça

Véritable nouveauté dans Yakuza 6, le smartphone vous permet de gérer toutes vos données, en plus de pouvoir sauvegarder à n’importe quel moment (au revoir les cabines téléphoniques), prendre des photos ou des selfies, gérer les objets de l’inventaire (dont les collectibles cachés) et bien entendu vos statistiques. Si Kiryu ne dispose plus maintenant que d’un seul style de combat (au lieu des trois précédemment, mais ne vous en faites pas, les patates sont lourdes), rendant les affrontements peut-être un peu plus mou qu’avant, il peut améliorer et débloquer nombre de compétences via les points glanés au fil de sa progression. Et qu’on se le dise, absolument tout dans Yakuza 6 vous rétribue avec des points de compétences répartis en plusieurs domaines, comme la force, l’agilité ou la chance. Si les statistiques de base vous permettent de gonfler la vie, la force, la fameuse jauge de Heat ou l’esquive de Kiryu, toutes les techniques de combat sont à débloquer en dépensant les points d’expérience que vous récoltez.

On gagne de l’XP pour tout, mais il y a aussi énormément de compétences à débloquer

On vous conseille d’ailleurs d’augmenter rapidement les possibilités de course de Kiryu, son endurance ayant été très amoindrie par ses années de prison, les courses-poursuites au début du jeu sont assez tristes à voir, le Yakuza devant reprendre son souffle tous les 30 mètres. Mais rien ne vous empêche d’améliorer vos gains d’expérience dans l’une ou l’autre statistique, de débloquer des contres à opposer à vos ennemis dans des situations particulières, votre attractivité avec la gent féminine ou tout un tas d’autres compétences via ce système très flexible qui vous récompense même quand vous allez manger un bout dans un snack. Détails amusant, vous finirez sans doute happé dans un club de sport qui vous propose des minis-jeux mais également un régime alimentaire pour améliorer encore plus vos gains d’expériences, si vous désirez toutefois suivre leur programme.

Tous les personnages principaux sont très réussis, tant au niveau de le personnalité que de leur modélisation

Je passe rapidement sur les qualités du doublage intégral en japonais qui est exemplaire, tout comme la réalisation graphique dopée au moteur maison Dragon Engine, rendant les visages des personnages principaux très expressifs et vivants, comme celui de Kiryu bien entendu, mais aussi celui des acteurs modélisés comme Takeshi KitanoTatsuya Fujiwara (Battle Royale, Death Note) ou encore les charmantes Yoko Maki et Saki Akai (oui j’ai ma petite préférée chez les hôtesses, son côté catcheuse sans doute). Si l’animation s’est fluidifiée, notamment dans les déplacements, l’absence des temps de chargement pour entrer dans les bâtiments ou commerces (dans lesquels on peu se battre d’ailleurs), on notera tout de même – si il faut le dire – un peu d’aliasing. Mais honnêtement rien qui ne puisse nous sortir de l’expérience. Plus gênant, l’effet ragdoll pendant les combats plombent un peu le réalisme, le corps de désarticulant comme des poupées jetées au sol.

Le titre se révèle bavard et le découpages des plans reste très travaillé pour dynamiser ou au contraire étirer certains passages riches en tension ou très narratifs. Le seul plan de Kiryu avançant vers Someya à son retour au siège du clan Tojo, forçant ce dernier à s’écarter devant lui est l’un des nombreux exemple magistralement mis en scène et initiant sans le moindre mot la relation entre les deux hommes.

Si on peut beaucoup rire dans Yakuza 6, l’histoire reste violente, sérieuse et tentaculaire

Que ceux qui craignent une histoire un peu trop personnelle se rassurent : Yakuza 6 nous plonge dans de véritables complots aux multiples rebondissements. Passionnant et très bien narré, le scénario enchaîne les moment poignants, drôles (la partie de rugby improvisée avec Haruto en tant que ballon est décalée à souhait), parfois d’une rare violence et amenant toujours de nouvelles informations sur l’accident d’Haruka, l’identité du père d’Haruto, mais aussi au sujet des multiples conflits mêlant la pègre d’Onomichi, de Kamurocho, les triades, la mafia coréenne et le clan Tojo, avec à la clé des secrets bien gardés depuis des décennies. A mi-parcours, les chapitres s’enchaînent à un rythme tellement soutenu qu’il est impossible de lâcher la manette avant le dénouement.

Conclusion

Yakuza 6 The Song of Life, c’est une histoire violente, contant les efforts d’un homme inébranlable cherchant à protéger sa famille contre les démons qui hantent son passé. Entre le jeu d’aventure fourmillant d’activités et le polar interactif passionnant, Yakuza 6 nous transporte pendant les dizaines d’heures nécessaires à sa complétion dans le dernier chapitre d’une histoire passionnante, peuplée de personnages charismatiques et inoubliables. On quitte une certaine ère avec ce dernier épisode, mais on se consolera un peu en se disant que le remake du second épisode ne tardera pas à montrer le bout de son nez !

Temps de lecture : environ 10 minutes

Yakuza 6 The Song of Life

  • Développeurs SEGA
  • Type Aventure
  • Support PS4
  • Sortie 17 Avril 2018
Yakuza 6 The Song of Life à notre sauce
9/10
Yakuza 6 The Song of Life à notre sauce
Y'a bon
  • Le scénario passionnant
  • Des activités à la pelle
  • Le Dragon Engine sublime
  • Kamurocho et Onimichi très différents
  • L'expérience qui s’acquiert à chaque activité
  • Le système de combat facile à prendre en main et qui s'améliore au fil de l'expérience
  • De bons moments WTF
  • De bons moments Badass
Beuuuuwark
  • Toujours uniquement en anglais
  • L'effet Ragdoll pendant les combats
  • Technique
    7/10
  • Esthétique
    9/10
  • Ergonomie
    8/10
  • Audio
    9/10
  • Contenu
    9/10
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Xavier Henry - Titiks

Joueur trentenaire assumé et 2AM Father confirmé, fan de tout ce qui est capable de lui raconter une bonne histoire, touche à tout invétéré et dévoué à l'univers console depuis la MegaDrive de sa jeunesse, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée.
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