Test : Greedfall – Vers un nouveau monde

Spiders revient en force

Chez PXLBBQ, on aime Spiders. Si on les surnomme souvent les “Petits Bioware” (du temps où Bioware était grand), c’est parce que cette équipe française d’une vingtaine de personnes est toujours à la tête de projets ambitieux, qui pêche toutefois souvent par un manque de moyens financiers qui semblent les brider. Avec Greedfall, les ambitions sont toujours là, les problèmes de moyens aussi, mais ça se voit beaucoup moins !

Le premier contact avec l’extérieur claque !

Honi soit qui Malichor

Le Malichor décime la noblesse, l’espoir se trouve peut-être sur cette île inconnue

Le vieux continent se meurt d’une maladie sanguine apparemment incurable. Dans ce XVIIème siècle fantaisiste, la noblesse n’a d’yeux que pour l’île fraîchement découverte de Teer Fradae, terre de promesses, de richesse et d’espoir pour découvrir un remède au mal. Le joueur y incarne De Sardet, légats de la Congrégation des Marchands, accompagnant son cousin Constantin d’Orsay, nommé Gouverneur de l’île à la découverte de Teer Fradae et de ses légendes, mais aussi de ses factions. En effet, si l’île n’a été découverte qu’il y a quelques années, de nombreuses factions s’y sont déployées, à l’image des Nautes, peuple de marins dépositaires de secrets bien gardés ou des Thélèmes, ordre religieux intégriste en conflit avec l’Alliance du Pont venue d’extrême-Orient. A ceux-là s’ajoutent la Garde du Denier, les militaires garants de l’ordre et de la sécurité sur l’île, et bien entendu les natifs, vus comme sauvages et mystiques adorant des divinités impies de la nature. Autant de factions souvent en conflits avec lesquelles la Congrégations des Marchands aura à traiter, forte de sa position neutre dans l’affaire.

Portant la marque des insulaires pour une raison inconnue, De Sardet aura la lourde tâche d’explorer l’île, de nouer des alliances et de trouver un remède contre le Malichor avant que la maladie ne terrasse le continent.

Le premier contact avec Greedfall se noue dans l’atelier d’un peintre – quoi de plus normal pour un titre dont la direction artistique est directement inspirée des peintres flamands du XVIIème siècle – et sera l’occasion de créer notre avatar, de sexe masculin ou féminin. Si le créateur de personnage est limité, il offre une jolie variété de visages réussis pour éviter que notre De Sardet ne ressemble à une sardine, comme dans de trop nombreux autres créateurs de personnages. Vient ensuite l’heure de découvrir la ville portuaire de Séréna et le moins qu’on puisse dire c’est que nous avons ici une vue magnifique qui n’est pas sans rappeler les ambiances jaunâtres d’un Dark Souls III (oui, j’ose la comparaison).

Les différentes villes du jeu sont réussies et offrent souvent de beaux panorama

La vue sur la ville est splendide et augure du meilleur pour la découverte de Teer Fradae. On  découvre notre premier compagnon et mentor – Kurt – membre de la Garde du Denier, avec qui nous allons pouvoir réaliser nos premières missions. Plutôt complètes et bien intégrées, ces tutoriels nous apprennent à confectionner des objets via la table de fabrication, introduit au système de dialogues et propose plusieurs manières d’atteindre un objectif, avec à la clé la dégradation ou l’amélioration des rapports avec l’une ou l’autre faction. En effet, chacun de vos actes aura une conséquence sur votre renommée, et forcer par exemple l’entrepôt des Nautes pour falsifier un manifeste de voyage pourra se faire de la manière douce via la fabrication d’un filtre, de la manière forte avec votre épée, ou en toute discrétion si vous optez pour l’infiltration.

[…]une écriture soignée qui rythme l’aventure et nous tient en haleine.

L’occasion aussi de mettre les doigts dans le système de personnalisation complet de votre avatar, qui gagnera des points à chaque palier de niveau, points dédiées à dépenser dans 3 arbres de talents différents. On récupère de nombreuses armes et pièces d’armures pour nous équiper ainsi que nos compagnons, chacune augmentant des statistiques bien particulières mais requérant des caractéristiques ou talents minimum pour être équipées. Visibles sur nos personnages, les équipements permettront de varier les plaisirs, le jeu permettant même d’équiper deux armes de corps à corps et une arme à feu et de passer de l’une à l’autre d’une simple touche. Malheureusement, si un système de parade pour dévier un coup d’épée et déstabiliser les ennemis humains est présent (et jouissif à sortir faut l’avouer), le bestiaire de son côté tourne un peu en rond malgré quelques trouvailles graphiques sur certaines créatures.

Si les compétences optimisent votre style de combat (en renforçant les dégâts à l’épée, au pistolet, donner l’accès aux fusils, effectuer des roulades, porter des anneaux magiques, poser des pièges…), les Attributs déterminent votre force, constitution, agilité ou encore votre intuition, tandis que vos Talents déverrouillent des aptitudes utiles comme le crochetage, le charisme (pratique en négociation), l’alchimie ou encore la fabrication d’objet. On comprends vite qu’un minimum d’aptitudes dans tous ces domaines sera indispensable au cours de l’aventure principale, mais heureusement, la montée de niveau se veut agréable au fil des nombreuses quêtes principales, annexes, de compagnons et des contrats à remplir pour les différentes factions. Les quêtes étant fort bien scénarisées, on prend plaisir à parcourir les différents environnements de Greedfall, d’autant que ces derniers sont souvent magnifiques, bien construits et riches en objets à récupérer.

Les cartes sont assez vastes et profitent d’une direction artistique magnifique

L’ambiance d’été indien donne un vrai cachets aux environnements, que cela soit grâce aux effets de lumière ou de brume (moindre sur console) et si Greedfall n’est pas un monde ouvert à proprement parler (on évolue dans de grandes régions façon Dragon age Inquisition), les différentes cartes offrent bien souvent de beaux panoramas et une variété de styles en cohérence avec le côté “colonial” du titre. Côté visages et expressions faciales, c’est dans la norme, avec un petit plus au niveau des yeux. En effet, à la différence de nombreux titres où les yeux des protagonistes restent fixés sur leurs interlocuteurs, les yeux des personnages de Greedfall sont plus vivants, et bougent régulièrement comme dans la vie réelle. C’est un détail, mais cela m’a marqué et donne plus de vie aux séquences de dialogues plutôt statiques. On appréciera également les différents doublages anglais, de belle qualité et souvent justes qui donnent une vrai identité aux différents personnages, du volubile Constantin au plus sage Petrus. Pourquoi un doublage anglais me demanderez-vous ? Et bien pour une question de coût j’imagine, le joueur pouvant incarner un homme ou une femme, avec les modifications de genre que cela peut donner dans les dialogues, l’anglais semble le plus simple à gérer avec seulement deux enregistrements pour le héros, et peu voire pas du tout de modification de dialogues en français chez les protagonistes s’adressant à lui/elle. On nommera votre personnage “De Sardet” la majorité du temps là ou Constantin vous gratifiera d’un chaleureux “My Dear Cousin”.

Les voyages se font depuis des panneaux ou depuis votre appartement et chaque chargement de carte est camouflé par un petit passage dans un camp de marchand dans lequel vous pouvez fabriquer ou améliorer votre équipement, vendre ou acheter des denrées et discuter avec votre groupe, et éventuellement le recomposer. Un côté “seemless” fort agréable qui donne l’impression d’une aventure continue sans chargement. Plusieurs camps sont à découvrir dans chaque région, comme autant de points de téléportation afin de faciliter votre périple. Bonne nouvelle également pour nos consoles, puisque le titre se veut beau mais aussi fluide et bien optimisé (point de “Oh mon Dieu, ma PS4 souffle comme un train au bout de 10 minutes !”), ce qui est à saluer côté développeurs, toujours occupés à peaufiner leur moteur maison : le Silk Engine.

Au niveau des combats, le studio a abandonné la complexité des styles de The Technomancer pour une approche plus directe grâce à des affrontements en temps réels et de la pause-active permettant de programmer ses actions. Le joueur a le choix de passer par les raccourcis de la pause-active ou de jouer en temps réel comme il le souhaite, le dynamisme étant favorisé par les différents raccourcis permettant de boire une potion ou de tirer au fusil d’une simple touche.

Les divers arbres de compétences peuvent être réinitialisés avec un objet rare, une bonne idée qui permet de corriger les premières erreurs une fois le jeu bien en main

Chaque personnage dispose d’une jauge de vie, mais aussi d’armure qui absorbe les dégâts avant d’entamer les points de vie. Il conviendra alors de briser les défense ennemies en priorité, ainsi que de les déstabiliser d’un coup de pieds pour maximiser les dégâts. Si vous optez pour la magie, vous pourrez aussi équiper des anneaux permettant de lancer des sorts. Vos deux compagnons actifs ne sont dirigés que par l’intelligence artificielle et il est impossible d’influencer leur comportement. Heureusement, ces derniers réagissent correctement dans la plupart des cas en veillant même à vous lancer des sorts de soin ou d’amélioration en plein affrontement et à part prendre un peu trop de dégâts contre les quelques boss du jeu, je n’ai rien relevé de handicapant.

On loot beaucoup d’équipements dans Greedfall, pour notre plus grand plaisir

Comme je le disais plus haut, toutes les quêtes sont scénarisées et c’est un vrai plaisir de converser avec ses alliés. On s’attache rapidement au groupe – même si certains semblent vous rejoindre un peu facilement – rendant certains passages déchirants, surtout si vous faites leurs quêtes personnelles assez tôt dans l’aventure. 

On comprendra assez vite qu’il faudra faire des choix politiques également, en soutenant ou non une faction plutôt qu’une autre, ou en sauvant des personnalités importantes qui sauront vous apporter leur soutien le moment venu. Une progression somme toute classique demandant de rassembler un groupe représentant chaque faction pour une cause commune plutôt bien gérée puisque même si les allers-retours sont nombreux, l’histoire se révèle prenante et ne traîne pas les pieds, du moins jusqu’à la dernière partie un peu moins réussie. On notera cependant le grand soin apporté à l’écriture et au background du jeu, ainsi qu’à ses cultes, religion et politique, comme souvent chez Spiders, et on pourrait même souligner que le tout est mieux maîtrisé et moins opaque que dans leurs précédentes productions. Même constat au niveau de l’architecture des villes, superbes, même si l’on regrette un peu les réutilisation un peu abusives des intérieurs.

Faut-il le préciser, mais ce sont les compositions d’Olivier Derivière qui nous accompagnent, toujours au plus juste, que cela soit au niveau des sonorités tribales proches de la nature aux envolées plus nerveuses des combats, et ce grâce aussi à la participation de l’Orchestre national d’Ile-de-France. 

Conclusion

On ne va pas se mentir hein, Greedfall est le titre le plus réussi du Studio Spiders. Si la technique est encore perfectible sur bien des points, le jeu propose des environnements souvent magnifiques et variés, mais aussi une écriture soignée qui rythme l’aventure et nous tient en haleine. Les différentes méthodes d’approches dépendent autant de nos envies que de la manière dont nous voulons faire évoluer nos relations et nos statistiques. S’il fallait lui trouver un équivalent, Greedfall serait un enfant encore un peu jeune de Dragon Age Inquisiton et de The Witcher 3, moins riche que ses modèles mais avec la ferme volonté de s’en rapprocher au mieux. Avec plein de bonnes idées pour fluidifier l’aventure et la rendre prenante, Spiders gomme beaucoup de défaut de The Technomancer et propose avec Greedfall une jolie synthèse d’un RPG occidental que vous devriez avoir à l’oeil.

Temps de lecture : environ 4 minutes

Greedfall

  • Développeurs Spiders
  • Type Aventure / RPG
  • Support PS4, PC, Xbox One
  • Sortie 10 Septembre 2019
Greedfall à notre sauce
8/10
Greedfall à notre sauce
Y'a bon
  • Une écriture de qualité
  • Le doublage anglais qui participe à l'attachement aux personnages
  • La direction artistique magnifique
  • La technique solide et stable
  • Le système de combat fluide et efficace
  • Les arbres de talents qui définissent nos manières d'interagir
  • Les choix à mener
  • Certains personnages très attachants
Beuuuuwark
  • Une dernière partie mal maîtrisée
  • Un bestiaire qui peine à se renouveler
  • Les aller-retours
  • Le système de combat un peu répétitif
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Tests jeux
Xavier Henry - Titiks

Joueur trentenaire assumé et 2AM Father confirmé, fan de tout ce qui est capable de lui raconter une bonne histoire, touche à tout invétéré et dévoué à l'univers console depuis la MegaDrive de sa jeunesse, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée.
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