Entraînée par la curiosité Alice s’élança sur ses traces à travers le champ, et arriva tout juste à temps pour le voir disparaître dans un large trou au pied d’une haie.

Un instant après, elle était à la poursuite du Lapin dans le terrier, sans songer comment elle en sortirait.

Pendant un bout de chemin le trou allait tout droit comme un tunnel, puis tout à coup il plongeait perpendiculairement d’une façon si brusque qu’Alice se sentit tomber comme dans un puits d’une grande profondeur, avant même d’avoir pensé à se retenir.

Lewis Carroll

A peu de chose près, nous voici lancés dans les montagnes de la mort de l’Oural, théâtre des mystérieuses morts d’une équipe de randonneurs en 1959.

Sean Bean

Découvrez la vérité au travers de nombreuses notes... et phénomènes.
Découvrez la vérité au travers de nombreuses notes… et phénomènes.

Que l’acteur anglais, excellent au demeurant mais ayant la fâcheuse habitude de passer de vie à trépas dans ses rôles, soit au casting vocal pour le narrateur, je trouve que cela n’augure rien de bon pour la destinée du protagoniste de Kholat, lancé seul en quête de réponse sur ces événements tragiques. Car ce qu’il faut savoir, c’est que Kholat base son intrigue sur un véritable mystère toujours non-résolu à ce jour, nommé “L’incident Dyatlov” du nom du guide expérimenté à la tête du groupe disparu. Pour plus de précision et pour vous laisser le choix d’en savoir plus, je vous renvoie au sacro-saint Wikipedia, ou, pour les plus cinéphiles d’entre vous, au film de 2013 “Devil’s Pass – The Dyatlov Incident”, qui reprend peu ou prou les mêmes éléments d’intrigue.

Parfois, vous découvriez des inscriptions sur les murs, mais aussi des coordonnées de lieux à découvrir
Parfois, vous découvrirez des inscriptions sur les murs, mais aussi des coordonnées de lieux à découvrir

Kholat vous lance donc seul dans les montagnes de l’Oural avec… rien du tout en fait. Le jeu ne gérant pas le côté survie, c’est avec une interface complètement dépouillée que vous sortez du train dans une petite ville enneigée et abandonnée de Russie, à la recherche d’une piste. Que vous trouverez après avoir traversé un tunnel rocheux et dévalé une pente abrupte pour vous retrouver par miracle à côté d’un campement qui ne semblait attendre que vous. Ce n’est que lorsque la tempête de neige cesse que l’on aperçoit le décor dans lequel nous allons évoluer de longues heures, bercés par la lumière de la lune et la complainte des vents…

On ne compte plus les ambiances superbes et les décors majestueux, bercés par les vents violents et les flocons de neige
On ne compte plus les ambiances superbes et les décors majestueux, bercés par les vents violents et les flocons de neige

Poétique

Heureusement, votre tente providentielle contient absolument tout ce dont vous aurez besoin pour progresser : une torche, une carte de la région et une boussole. Rien de plus. Car ne pensez pas que vous aurez une carte interactive comme dans tous les jeux, pas du tout. Elle vous indique juste les chemins de la région (qui est grande), quelques coordonnées indiquées pour trouver des indices et les emplacements des camps que vous avez découverts. A vous de vous débrouiller avec la boussole pour ne pas vous perdre dans cette immense montagne enneigée, soumise aux vents, aux blizzards et… aux phénomènes paranormaux

C'est orange, donc, fuyez !
C’est orange, donc, fuyez !

Et vous y serez confrontés assez rapidement avec une étrange explosion qui vous mettra sur la piste de spectres, disséminés partout dans la montagne. De nombreuses notes sont à découvrir, qu’elles émanent de l’équipe de randonneurs ou des enquêteurs après le drame, et seront les uniques bribes de scénario que vous aurez, en plus de l’étrange voix qui semble vous appeler. Car vous n’êtes pas vraiment seuls dans ces montagnes… quelqu’un vous attend et d’autres ne manqueront pas de vous tuer…

Seul… avec toi

Un gros travail a été apporté par les développeurs sur l’ambiance générale. L’Unreal Engine 4 magnifie les décors et les effets de particules – constants – immergent le joueur au cœur de ces montagnes. Entre le bruit des tempêtes, le crissement de la neige, des hurlements ou d’autres sons difficiles à identifier (et parfois saisissants), l’utilisation d’un casque apporte un véritable plus dans l’expérience prodiguée par Kholat, d’autant que le vent peut subitement s’arrêter, vous laissant seul dans l’œil d’un cyclone, ou témoin d’un événement surnaturel, les sens aux aguets.

On vous le dit : vous n'êtes pas si seul que ça... mais vous ne le savez pas.
On vous le dit : vous n’êtes pas si seuls que ça… mais vous ne le savez pas.

On se sent réellement perdu, entre ces forêts balayées par le vent, ces cols glissants et ces grottes lugubres, sensation accentuée par le besoin constant de chercher son chemin grâce à une carte qui n’affiche que le minimum d’information (même pas votre position) et une simple boussole qui a tendance à s’affoler quand vous approcher d’un phénomène étrange. Car c’est là toute votre quête : survivre à la montagne et récolter des informations pour comprendre l’enchaînement des événements. Le danger, si il peut survenir via quelques pièges mortels insidieusement placés (mais rares), vient surtout de la couleur orange.

Ah, quelque chose me dit qu'on va apprendre une info importante
Ah, quelque chose me dit qu’on va apprendre une info importante

Couleur associée à l’incident Dyatlov, elle devient ici un élément de gameplay (la couleur est identifiable de loin par le joueur) et le signe qu’il faut commencer à fuir. Des entités peuplent les montagnes et n’hésiteront pas à vous tuer si elles parviennent à vous rattraper. Heureusement, vous pouvez également courir, mais sur une distance assez courte avant de vous essouffler et de voir votre vision se brouiller. Gardez donc à l’esprit que votre endurance est très limitée et que la conserver au maximum pourra vous sauver la vie… A vous alors de sillonner la montagne pendant de longues heures pour découvrir la vérité.

Kholat Syakhl

De prime abord, Kholat est une expérience saisissante, terrifiante et intrigante. Pourtant, malgré le plaisir que j’ai pu avoir à fouler la montagne et à craindre des rencontres mortelles, je n’ai pu m’empêcher d’être frustré par quelques choix de développement. Tout d’abord, cette endurance limitée ralentit considérablement la progression. La carte est énorme, en monde ouvert et l’on y avance très lentement, surtout que le protagoniste est incapable de sauter par-dessus le plus petit obstacle, rendant certains chemins inaccessibles de façon frustrante. Heureusement, pour faciliter un peu la progression, le jeu autorise le joueur à se téléporter d’un camp à un autre pour – par exemple – revenir à la zone centrale et prendre une autre direction sans devoir refaire toute la route – même si vagabonder s’avère toujours payant.

Si je trouve que la carte limitée et la boussole sont d’excellentes idées pour perdre le joueur, on tourne souvent en rond, d’autant que certains chemins – les plus rapides vers l’objectif en général – sont à sens unique et vous obligent à faire marche arrière pour trouver un autre sentier. La carte affiche heureusement les découvertes importantes, vous permettant de vous repérer un peu après une longue marche. Comme le jeu sauvegarde uniquement aux très rares campements et à chaque découverte d’indice, mourir peut aussi s’avérer frustrant après une longue marche dans la neige, découvrant parfois le bon chemin par hasard, aveuglé par le blizzard. On ouvre alors d’autant plus les yeux et les oreilles pour ne pas se faire surprendre par une entité, de peur de devoir recommencer une partie du chemin. Les ennemis sont également inconstants, se téléportant parfois sur vous avant même que vous les ayez entendus, ou à l’inverse, vous permettant de passer près d’eux en courant sans vous attaquer.

Trouver le bon chemin n'est pas toujours chose aisée
Trouver le bon chemin n’est pas toujours chose aisée

Après plusieurs heures, on parvient également à identifier un schéma particulier permettant de prédire dans quelles situations nous pouvons explorer sans crainte et à quel moment il faut s’attendre à une  présence hostile, ce qui réduit considérablement la tension que le jeu à mis du temps à mettre en place à coup d’apparitions ou de phénomènes étranges. J’évoquais plus haut le film “Devil’s Pass”, et je regrette un peu que IMGN.PRO ne se soit pas écarté un peu plus des théories classiques à propos de cet incident, rendant la narration hachée un peu convenue, malgré l’excellence de la mise en scène et des lieux visités.

Coooonclusion. Je dis non! Mais un Avis, je dis OUI!

Les jeux d’horreur narratifs n’étant pas légion, surtout avec une esthétique aussi réussie, j’ai apprécié Kholat. La montagne est menaçante, truffée de secrets à découvrir, la sensation d’isolement est réelle et l’ambiance sonore est une vraie réussite. On se perd, on râle, on cherche un camp, on fuit les étranges émanations orangées, on découvre des endroits magiques comme seule la glace peut en offrir et on admire le vent secouer les branches des sapins, les vallées embrumées et mystérieuses ou les cascades gelées. Alors oui, certains pourraient regretter l’absence totale d’action, car il n’y a pas d’arme ou de fabrication d’objets, pas même une gestion de la survie ou de réchauffement du corps.

Juste de l’exploration dans des lieux chargés de mystères, de brusques modifications atmosphériques, de passages cachés et de lieux semblant sorti d’un autre plan d’existence. Passé cette petite adaptation, on prend plaisir à sortir notre carte, à jauger notre position et à aller explorer une route encore inconnue à la recherche de nouvelles positions inscrites sur les murs, de nouveaux fragments de journaux ou de nouveaux phénomènes à admirer. Malgré ses quelques défauts, et même si paradoxalement, la narration n’est pas aussi originale qu’espérée, Kholat reste un titre à parcourir pour l’excellence de ses décors, de son ambiance sonore et le malaise qu’il instille au fil des heures…

KHOLAT

  • Développeurs IMGN.PRO
  • Type Survival Horror narratif
  • Support Pc
  • Sortie 10 Juin 2015

Y’a bon!

  • Graphiquement superbe
  • L’ambiance sonore est sublime
  • Le sentiment d’être perdu
  • Le mystère Dyatlov est un point de départ fascinant
  • La gestion de la carte et de la boussole.
  • La mise en scène soignée
  • J’aime Sean Bean

Beuargh!

  • Les ennemis ne font plus peur à force d’agir de façon inconstante, ils énervent.
  • Sauter de 10cm pour ne pas rester coincé dans un décor, ça aurait pu être utile
  • J’ai plus d’endurance que le protagoniste de l’histoire et je travaille dans un bureau !
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Xavier Henry - Titiks
Xavier Henry - Titiks

Joueur trentenaire assumé et 2AM Father confirmé, fan de tout ce qui est capable de lui raconter une bonne histoire, touche à tout invétéré et dévoué à l'univers console depuis la MegaDrive de sa jeunesse, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée.

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