Test Gameplay Detention PS4 1

Test: Detention – Descente aux Enfers à Taïwan

L'occulte asiatique dans le théâtre du glauque...

Quand on parle d’horreur asiatique, on a cette tendance à mettre en avant celle venant du Pays du Soleil Levant; mais il n’est évidemment pas le seul pays du continent à entretenir son folklore occulte grâce aux supports ludiques comme les jeux ou le cinéma. Le jeune groupe taïwanais RedCandle Games, qui a vu le jour en 2015, joue ses premières cartes avec Detention sorti tour à tour sur Steam, PS4 et tout récemment sur Switch. Un jeu qui au premier abord ne paie pas de mine, mais qui nous cache quelques pépites sous ses démons…

Une nuit, un typhon

Dans ses décors en 2D qui nous donnent l’impression de sortir tout droit d’un théâtre de papier, l’aventure Detention commence dans le lycée de Greenwood, situé dans les montagnes reculées de Taiwan. Dans les années 60 où le pays vit encore sous la loi martiale, on incarne Wei, un jeune étudiant qui s’assoupit au beau milieu de son cours… Pour se réveiller seul, dans une classe plongée dans la pénombre. Au tableau: « alerte au typhon ». Mais pourquoi on ne nous aurait pas réveillé?

On est alors parti pour se promener seul dans le lycée, cherchant désespérément comment rentrer chez soi. Enfin, est-on vraiment seul? Pas tout à fait…

Notre personnage fera la rencontre de Ray; elle non plus ne sait pas ce qu’elle fait là, mais se rassure d’avoir quelqu’un auprès d’elle pour passer la nuit dans cette école dépeuplée. Ils traversent donc plusieurs tableaux à l’atmosphère pesante – avec en plus l’obligation de marcher/trottiner qui nous oblige à en profiter trop longuement – où les légendes venues de l’Asie de l’Est ne tarderont pas à nous rattraper. Peu de musique, beaucoup de sons d’ambiance, des décors presque monochromes ou alors plutôt délavés; bref, des éléments propices à l’apparition de l’un ou l’autre fantôme issu du folklore taïwanais.

« Unveiling the unspoken past »

Test Detention PS4

Un carnet de notes où consigner toute bonne information afin de comprendre chaque échelon vers la folie.

Après une courte introduction faisant office de didacticiel, la plongée dans l’horreur commence. Évoluez progressivement dans le lycée et les décors attenants, découvrez des moyens de vous en sortir et résolvez les différents puzzles plutôt simples pour vous rapprocher de votre but: trouver la sortie. Mais quand les esprits errants et autres créatures folkloriques laissent place à des sursauts psychologiques, l’échappatoire semble s’éloigner plus qu’elle ne se rapproche. En effet, si le jeu commence en vous présentant X ou Y fantômes à éviter, grâce à des notes chiffonnées trouvées pendant vos fouilles, ce que vous pensiez être un jeu respectant à la lettre les mots survival horror se retournera dans son dernier tiers. Le côté jumpscare du jeu mettra presque sans transition l’accent sur des énigmes et des flashbacks torturés menant vers une double issue, dont vous serez les seuls responsables.

Detention fait dans l’horreur, c’est indéniable. Mais plus encore, il joue sur l’oppression, le glauque et le cru. Âmes sensibles s’abstenir, car nombre de détails et d’actions à réaliser pourraient parfois heurter les plus réceptifs ! Même si son design rappelle un théâtre de marionnettes (on restera dans le registre asiatique en évoquant les kamishibai japonais), il accompagne à merveille grâce à de nombreux éléments cette descente aux Enfers vécue par notre protagoniste. Plus on avance, plus il nous semble atterrir au plus profond de la folie; et quand on pense être au plus bas, on n’a en réalité pas encore tout vu…

Test Detention PS4 Test Detention PS4

 

Le gameplay est plutôt fluide, et le portage sur PS4 n’handicape en rien les mécaniques point and click de départ adaptées pour le format PC initial: la manette se prête bien aux différents déplacements, mais il arrive parfois que des interactions soient rendues plus difficiles, notamment lors de plans plus rapprochés, car la sensibilité du joystick devient quasiment « liquide ». Heureusement, cela ne survient que très peu pendant une partie, et n’empiète donc pas sur la totalité du maniement.

Le gros point qui pourrait mettre à mal notre expérience de jeu serait le fonctionnement des puzzles. D’une part plutôt simples, ils nous paraissent cependant très très longs car ils nécessitent énormément de backtracking entre les différents décors (qui sont souvent répartis sur trois étages comportant un nombre incroyable de pièces). Ajoutons à cela que le personnage ne dispose pas d’une quelconque option « sprint », les voyages prennent donc du temps et peuvent très bien lasser. Certains chargements sont également longs, alors quand il est question de devoir entrer dans plusieurs pièces et marcher jusqu’à elles, il est clair qu’on n’est pas dans le jeu le plus rapide au monde.

De ce fait, puisqu’on est amenés à arpenter les mêmes décors plusieurs fois, on rencontre les mêmes spectres aux mêmes endroits, avec les mêmes patterns. Petite déception donc sur ce plan, où l’horreur disparaît très vite étant donné qu’on sait sur le bout des doigts comment éviter tout danger jusqu’à la prochaine étape.

Test Detention PS4 Test Detention PS4

Pour terminer sur une note musicale, les OST composées par WeiFan Chang n’arrangent pas ce sentiment de malaise qui nous suivra du début à la fin (pendant à peu près 4h de jeu). Le compositeur a en effet bien compris que le background sonore devait être aussi lourd que l’histoire qui nous embarque, et allie des notes traditionnelles avec des effets métalliques et underground plutôt frissonnants. D’ailleurs, la musique s’apparente plus à de sombres borborygmes plutôt qu’à une mélodie, jouant parfaitement son rôle en appuyant doucement sur les nerfs de tout joueur. A se demander si on n’est pas en train de devenir fou nous-même…

Que diriez-vous d’en découvrir davantage avec nous dans nos deux parties de let’s play?

Conclusion

RedCandle Games annonce sa couleur avec ce premier bébé et les annonce de deux autres jeux du même registre à paraître: grâce à Detention, ils nous montrent d’une manière satisfaisante et modeste un travail quasiment professionnel. Loin des jeux tendus de bout en bout comme l’a été The Coma: Cutting Class (dont le plot est presque similaire), le jeu évolue plutôt vers une forme d’horreur psychologique comme nous l’ont offert plusieurs prédécesseurs, mais surtout Silent Hill. Le contexte réel dans lequel se déroule l’histoire se prête évidemment à de nombreux sursauts au niveau du storyboard, et les personnages principaux nous le démontreront via des flashbacks qui ont tous leur utilité. Même si l’on regrettera tout de même que la mécanique horrifique nous quitte un peu trop rapidement ou que l’on n’en a pas eu assez, le dernier tiers du jeu est également intéressant à explorer; la dimension de l’esprit humain est tout aussi effrayante – si pas plus ! – qu’une bonne vieille histoire de fantômes.

Temps de lecture : environ 4 minutes

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Detention

  • Développeurs RedCandle Games
  • Type Survival Horror
  • Support PS4
  • Sortie 03 Octobre 2017
Detention à notre sauce...
8/10
Detention à notre sauce...
Y'a bon
  • Ambiance glauque garantie grâce aux décors et au background sonore
  • Un contexte historique réel intervenant avec brio dans la fiction
  • Un conflit intérieur bien au-delà de l'horreur simple
  • Une durée de vie bien suffisante
Beuuuuwark
  • De nombreux backtrackings nécessaires et aucun moyen de courir
  • Des légendes urbaines traditionnelles pas assez explorées
  • Jeu uniquement en anglais
  • Technique
    8/10
  • Esthétique
    8/10
  • Ergonomie
    7/10
  • Audio
    7/10
  • Contenu
    8/10
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Tests jeux
Queen Potato

Prof de français excentrique le jour, gameuse la nuit, Queen Potato soumet les jeux vidéo à sa botte pendant des live streams endiablés. Sauf les survival horror. Ceux-là sont encore des espèces qui lui donnent du fil à retordre.
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