Je vais jouer à l’équilibriste. Je ne suis pas à l’aise avec le terme “féminisme”. Qu’on se comprenne bien, je ne parle pas de la cause en elle-même qui est légitime et indispensable à l’amélioration de la société, mais bien du terme en lui-même. Je le trouve aujourd’hui utilisé à toutes les sauces, tant de façon progressiste que péjorative. Il m’est compliqué d’avoir un avis concret sur la question du féminisme parce qu’au final, je ne sais plus trop de quoi il est question. Pourtant, “I am”, le septième épisode de Lovecraft Country a su en quelques phrase remettre l’église au milieu du village.

Attention, cette critique va forcément révéler des moments de l’intrigue globale de Lovecraft Country épisode 7 « I am »

Hyppolita Unchained

Souvenez-vous, dans “A History of Violence”, nous avions laissé Hyppolita et Dee sur la route en direction d’Ardhram en quête de réponse sur la mort de Georges. Et c’est dans les décombres du manoir Braithwhite qu’elle découvre les restes de la BD de Dee attestant de la présence de son mari sur les lieux, mais aussi un étrange symbole qu’elle a déjà pu voir sur la maquette du système solaire récupérée chez Leti.

On savait déjà qu’Hyppolita possédait de bonnes connaissances en astronomie (elle avait même nommé une comète étant petite – honneur refusé de par sa couleur de peau et son âge) et que la maquette était un dispositif de voyage temporel créé par Hiram et convoité par Christina. Toutes ces choses se confirment ici quand Hyppolita parvient à déclencher le mécanisme et récupère une petite clé ainsi que des coordonnées GPS.

Fun fact : si on s’amuse à renseigner ces coordonnées sur Google Maps, on tombe dans le Kansas. C’est un détail amusant plus qu’important pour la suite.

Elle s’y rend seule, laissant Dee aux bons soins de Ruby. Cette dernière ayant appris la vérité sur William, elle s’affirme et prend un ascendant étrange sur Christina, la forçant à “tout” lui révéler, dont les liens avec sa propre famille. Après les expériences qui ont fait d’elle une femme blanche capable de rendre le mal qu’on lui inflige, nul doute que le partenariat entre les deux femmes sera explosif.

Quand Christina se démaquille, elle ne le fait pas à moitié

Entre temps, Leti et Atticus partagent le même rêve étrange montrant la grand-mère s’échappant du manoir Braithwhite en feu et un livre à la main. Troublés par le rêve identique, ils en déduisent que son ancêtre a décidé de leur montrer qu’elle était en possession du Livre des Noms complet et que donc, ce dernier devait encore être quelque part. Ils décident alors d’aller chercher des informations chez Montrose, qui assume un peu mieux son homosexualité en compagnie de Sammy. Mais très vite, sa peur d’être vu par les voisins reprend le dessus et il se montre odieux avec son amant. Tandis que ce dernier quitte l’appartement en colère, il croise Leti et Atticus. Le fils prend alors pleinement conscience de l’identité sexuelle de son père (nous sommes dans les années 50, souvenez-vous en) et semble dégoûté par Montrose. Ce dernier, dans une pathétique tentative d’intimidation, exige le respect de son fils (ou de son neveu, au final, on ne sait pas vraiment).

Entre échanges de regard, grimaces, la colère mêlée au dégoût pour l’un, la honte et la peur pour l’autre, ces quelques secondes avant le départ d’Atticus, fou de rage, sont encore un de ces moments à mettre au crédit de la série. Plutôt que de prendre son père dans ses bras, Atticus le pulvérise du regard avant de quitter les lieux. Plus que le choc de voir confirmer une idée insinuée depuis “A History of Violence”, ce sont les années à se faire molester par son père afin “qu’il ne soit pas trop tendre” qui le rendent fou de colère. Il réalise alors que c’est sa propre colère et son propre dégoût envers lui-même qui poussait son père à tant de violence.

La colère passée, Atticus et Leti décident d’emprunter la voiture d’Hyppolita pour se rendre chez une parente de sa mère, survivante également du massacre de Tulsa (déjà évoqué par Montrose) qui se déroula dans l’Oklahoma en juin 1921. Une foule d’Américains blancs attaquèrent les habitants et les entreprises de la communauté afro-américaine de Greenwood dans ce qui est considéré comme l’un des pires déchaînements de violence raciale dans l’histoire des États-Unis.

Ils tombent alors sur Hyppolita, en partance seule pour les coordonnées GPS, et cachant évidemment la raison de son départ à Atticus et Leti, prétextant un voyage pour le guide. Une excuse qui ne convainc pas les deux jeunes gens, mais devant la colère sourde de sa tante, Atticus recule et décide de prendre le bus, Leti préférant rester un peu avec Ruby pour renouer le contact.

On sent ici que Ruby joue un jeu trouble en cachant à sa sœur sa relation avec Christina et ses connaissance occultes, tout en observant de près Leti et Atticus. Leti se découvre également enceinte, ce qui semble du coup être la raison de son rêve commun avec Atticus, son corps portant les gènes des Braithwhite.

Nous n’avons ici qu’effleuré la moitié de l’épisode, et accrochez-vous puisque la suite se révèle complètement dingue et se rapproche un peu de l’introduction “Pulp” de la série.

Hyppolita découvre un centre d’observation aux coordonnées récupérées et une étrange machine qu’elle parvient à activer au terme de nombreux calculs. On savait le personnage intelligent, mais sans doute pas à ce point ! On apprend par ailleurs un peu plus loin qu’elle connaît les travaux de Gustav Mie, un physicien allemand ayant théorisé sur les changements de gravité. Mais des policiers blancs débarquent et la menacent d’une arme. Prévenu part Leti ayant découvert le système planétaire et les coordonnées entretemps, Atticus débarque et la sauve de ses assaillants. Des coups de feu s’échangent, un policier est tué et la machine s’emballe, ouvrant et refermant des portails qui finissent par avaler un policier, puis Hyppolita et enfin Atticus.

Vous voyez le rapport avec le Kansas ? Dorothy, Toto, tout ça ?

Propulsée dans l’espace et le temps, Hyppolita arrive sur un monde noir et étrange, où deux créatures l’enferment dans une geole blanche, après lui avoir greffé un dispositif dans les veines. Une entité (La gentille sorcière) arrive alors, lui disant qu’elle n’est pas prisonnière et l’enferme à nouveau. Au terme d’intenses réflexions et recherches, Hyppolita parvient à ouvrir sa prison mais se fait repousser par l’entité étrange, qui lui demande sans cesse “Qui elle est et où elle veut être”.

Ne rigolez pas

Agacée, Hyppolita finit par répondre qu’elle veut danser sur la scène de Paris avec Joséphine Baker… ce qui se produit dans la seconde. Propulsée sur scène à Paris dans le Show de Joséphine, Hyppolita commence par paniquer, mais finit par s’intégrer à la troupe en profitant d’une liberté d’expression jamais ressentie jusqu’alors en compagnie d’autres femmes libres. Elle commence à se poser des questions, à réfléchir sur sa vie et les limites qu’elle a dû endurer, de la petitesse de son existence et du sort que lui réserve les blancs, qu’elle souhaiterait pouvoir tuer sauvagement.

Quand Hyppolita s’émancipe un peu

Ce second choix la propulse dans une tribu de femme guerrière en Afrique, où un mentor lui inculque la rage de vaincre, la rage du combat, à toujours se relever pour ne pas accepter les miettes des autres. Et au terme d’un entraînement spartiate, elle mène sa tribu au combat pour massacrer des envahisseurs blancs. Mais est-ce comme cela qu’elle se définit ?

Elle se dit alors Hyppolita, la femme de Georges et se retrouve dans son lit avec l’homme qu’elle aime. Ravie de son voyage, grisée d’avoir pu extérioriser ses rancœurs et toute sa violence contenue, elle raconte tout à Georges, lui  dit être capable de voyager entre les réalités et pouvoir être qui elle souhaite. Il lui rétorque que malgré ça, elle a souhaité être “la femme de Georges”.

Cette phrase fait office de déclencheur dans la tête d’Hyppolita. Elle s’est constamment diminuée, rabaissée pour n’être que “la femme de Georges”. Et malgré tout l’amour véritable qu’il lui porte, d’abord troublé, il lui révèle se rendre compte qu’il a appuyé sur cet état de fait pour avoir une famille et une femme qui l’attend en sécurité à la maison.

Quand je vous disais plus haut que ces 5 petites minutes d’un show télévisé avaient pour moi été plus éclairantes sur le féminisme que tout ce qu’on a pu en dire et en médire cette dernière décennie ? C’est une piste qui avait déjà été abordée dans “Strange Case” où il était question de “briser les limites”, mais toute la question est bien “que se passerait-il si les  femmes n’étaient pas bridées et conditionnées à l’être” ? Voilà bien un enjeu très actuel, une question qui n’a toujours pas trouvé de réponse aujourd’hui.

Pour Hyppolita, et soutenue par Georges, la réponse vient de ses nouvelles capacités, elle sera “Pionnière”, celle qui repoussera les limites. S’ensuit un trip “Pulp” coloré où elle part dans l’espace découvrir des mondes en compagnie son mari – en tant qu’égal – en costumes kitsch issus des dessins de Dee. Cela fait écho à la motocycliste noire croisée par Hyppolita au début de son voyage, qui semble être Bessie Stringfield, qui a notamment traversé les Etats-Unis à vélo en 1930, alors âgée de 19 ans sur des routes presque intégralement en terre. Une femme connue pour souvent s’inventer une vie en disant « Je suis…« 

Devenue presque une puissance cosmique, Hyppolita choisit de revenir sur Terre, dans un chez elle qui ne l’est plus réellement mais où vit encore sa fille. Notez qu’ici, on a enfin une relation parent-enfant qui n’est pas nécrosée.

Alors ce genre de truc, ça me hype !

Comment reviendra-t-elle ? Changée, à coup sûr, libérée de ses entraves. Tout ce que l’on sait, c’est qu’Atticus émerge de la faille créée par la machine, un livre à la main. On ne sait pas où et combien de temps il est parti, mais il est revenu pile au moment de son départ. Et le livre qu’il tient n’est nulle autre chose que “Lovecraft Country” écrit par son oncle Georges. Tandis qu’il fuit les sirènes de police et qu’une BD de Dee se révèle être restée sur les lieux du crime, on ne saura rien de ce qu’il a vécu pour le moment dans le multivers… avant la semaine prochaine ?

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Xavier Henry - Titiks
Xavier Henry - Titiks

Joueur trentenaire assumé et 2AM Father confirmé, fan de tout ce qui est capable de lui raconter une bonne histoire, touche à tout invétéré et dévoué à l'univers console depuis la MegaDrive de sa jeunesse, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée.

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