Test : Thimbleweed Park – Les dossiers classés de Twin Peaks

Les jeux de papa adaptés à ses gamins, mais pas trop

Quand mon père m’a ramené Monkey Island sur le PC familial à l’aube de mes 12 ans, j’ignorais deux choses :  la première est que les soluces allaient me sauver plus d’une fois, la seconde est que j’allais tomber amoureux du moteur SCUMM et des jeux LucasArts. Deux des papas des aventures de Guybrush Threepwood ont remis le couvert en proposant aux fans de ces aventures déjantées mais corsées de financer un retour au source de ce type de jeu, en promettant de développer un titre de l’époque “tel qu’on s’en souvient aujourd’hui”, avec une bonne dose de nostalgie bienveillante donc, mais aussi la promesse de quelques améliorations. Parce que faut pas déconner : à l’époque aussi, on pouvait râler sur l’ergonomie !

Première rencontre avec les locaux… ça donne le ton

Welcome to Thimbleweed Park

Parce que je suis un peu fou, j’ai décidé d’opter pour le mode de jeu “original” (difficile) de Thimbleweed Park, ce qui pourra rassurer les nouveaux venus curieux. En effet, un mode Casual (avec Tutoriel gratuit) est également disponible, vous évitant nombre d’énigmes et accélérant énormément la progression. Et bordel, le mode difficile n’a pas usurpé son nom !

La ville tranquille un peu paumée de Thimbleweed Park est secouée quand un meurtre étrange s’y produit. Deux agents du FBI y sont alors dépêchés pour faire la lumière sur cette affaire, mais comme dans tout enquête dans des coins perdus, rien n’est aussi simple qu’il n’y paraît

Trentenaires ayant écumés les titres de LucasArts, foncez sur Thimbleweed Park

A commencer par la population, avec ses plombiers déguisés en pigeons (d’ailleurs, les signaux sont forts ce soir, si vous ne le saviez pas), son shérif qui ressemble comme deux pattes d’un canard au Coroner qui lui-même a des faux airs du maître d’hôtel, son magasin de tuyaux ressemblant à une pâtisserie, ses fantômes… et son ancienne fabrique d’oreillers mystérieusement détruite dans un incendie.

Les autorités locales ne sont pas non plus des plus compétentes, hein

Il y a  bien des secrets à Thimbleweed Park, et peu de personnes normales pour y répondre. Vous prendrez le contrôle de vos deux agents du FBI Ray et Reyes, sorte de Mulder et Scully, l’un cachant son jeu l’autre étant désagréable au possible, mais aussi de Dolores, une geekette, héritière de l’empire de l’oreiller, ne rêvant que de développer des jeux vidéos, du Clown Ransome grossier et maudit et d’un fantôme. A eux tous, ils devront faire la lumière sur les événements entourant la ville et sur le meurtre ayant eu lieu plus tôt dans la soirée (et sans traîner, le corps commence déjà à pixelliser).

Se procurer la carte n’est pas de tout repos… puis elle sera librement disponible au magasin

Le système SCUMM (Script Creation Utility for Maniac Mansion créé par Ron Gilbert dans les années 80) à qui l’on doit des jeux classiques comme the Monkey Island ou Day of The Tentacle revient ici et s’avère toujours aussi efficace. Dans la fenêtre du bas, des actions simples comme parler, utiliser, donner, voir, ouvrir… couplées à un inventaire dans lequel il faudra parfois combiner des objets – lisez bien les descriptions et ayez l’esprit ouvert – pour progresser dans l’aventure.

Vous souhaitez ouvrir une porte ? Sélectionnez “Ouvrir” en bas de la fenêtre puis pointez la porte et le tour est joué. Les ordres plus complexes ne dépassant pas les 3 éléments (par exemple “Donner – Tronçonneuse – à Reyes”), c’est surtout l’enchaînement des actions à réaliser qui parviendra à tordre vos méninges, et même si la plupart sont relativement logiques (un panneau “défense de passer” vous bloque ? Retirez-le… miracle, vous pouvez passer), trouver le moyen de recréer de l’encre ou d’obtenir un déguisement vous mettra à rude épreuve.

Toute la ville est gérée par ces machines géniale-o-tron

Tous les éléments peuvent être important et on aura à cœur de tout regarder, ramasser et utiliser pour faire progresser l’enquête, tâche plus complexe quand les 5 personnages ont leur rôle à jouer, découvrent des objets ou sont les seuls à pouvoir obtenir des renseignements ou objets clés. On peut d’ailleurs passer d’un personnage à l’autre à tout moment, mais il est nécessaire de les rassembler pour échanger des objets (pas de coffres magiques ici, mon bon monsieur, ou d’inventaire commun).

N’oubliez donc pas de vous procurer la carte du comté avec chacun d’eux, elle vous servira de voyage rapide, même si – Ô miracle – le personnages peuvent courir ! Même la sélection de verbe a été quelque peu simplifiée à la manette, n’obligeant plus à diriger le pointeur au stick (même si c’est toujours possible) mais en utilisant la croix directionnelle pour voyager dans les actions et les gâchettes pour atteindre l’objet interactif le plus proche dans les décors. On reste donc dans un niveau de frustration qui se cantonne aux énigmes et non à l’ergonomie parfois lente et énervante des années 90.

Madeleine

Ransome est un sale *bip* mais on l’aime pour ça 😀

Visuellement, on reste dans une esthétique originale en pixel-art joliment réalisée, avec des décors très détaillés et des animations hilarantes. Si le jeu est doublé en anglais, j’avoue avoir désactivé les voix au bout de quelques minutes pour retrouver les personnages muets et expressifs des jeux LucasArts, mais c’est là une préférence personnelle. Tout est prétexte à vannes, des descriptions d’objets aux énigmes en passant par les dialogues truffés de références aux jeux ou développeurs de l’époque (et d’auto-références aussi). Et si cela est désactivable dans les options, on vous conseille tout de même de garder toutes les références métas du jeu, où vos personnages discutent de l’ergonomie du titre ou d’autres facteurs comme les sauvegardes. La difficulté en mode “Normal” est par contre bien réelle, même pour les habitués du genre.

Si tourner en rond permet toujours de découvrir un nouvel objet, une nouvelle blague ou un dialogue délicieusement absurde, cela fini par taper sur les nerfs. Heureusement, il reste une solution moins radicale que de foncer lire une soluce, puisqu’une Hotline disponible depuis le téléphone portable ou les cabines vous permet de joindre un numéro qui vous livrera des indices pour la suite de la progression. Et si vous êtes un rapide doté d’un sixième sens efficace ou avez l’esprit aussi tordu que les développeurs, il vous faudra au moins une bonne douzaine d’heures pour boucler l’aventure, divisée en plusieurs chapitres d’une longueur inégale, ce qui s’avère long, même pour le genre.

Conclusion

En un mot comme en cent, si vous êtes un trentenaire ayant écumé les titres de LucasArts à l’époque, foncez sur Thimbleweed Park pour retrouver un point’n click “de l’époque” à l’écriture fine et délicieusement absurde et préparez-vous à plonger dans un genre de croisement entre Twin Peaks et X-Files qui aurait séjourné dans le cerveau malade de la fusion de Gilbert et Winnick. Comment voulez-vous obtenir un jeu pour personnes normales avec ça ? Si par contre le style de jeu vous est inconnu, c’est sans doute le représentant du genre le plus adapté au public actuel et qui vous donnera envie de découvrir les jeux de l’époque !

Et n’oubliez pas : les signaux sont forts ce soir.

Temps de lecture : environ 3 minutes

Thimbleweed Park

  • Développeurs Terrible Toybox,
  • Type Point’n Click
  • Support PS4, PC, Xbox One, Switch, Android, IOS
  • Sortie 30 Mars 2017
Thimbleweed Park à notre sauce
8/10
Thimbleweed Park à notre sauce
Y'a bon
  • Complètement fou
  • Une madeleine de Proust réussie
  • L'humour à tomber :D
  • L'écriture générale
  • Le mode Casual pour que tout le monde puise s'y frotter
  • Vraiment joli
Beuuuuwark
  • une OST dont on ne garde pas de souvenir
  • Parfois vraiment difficile
  • Les allers-retours - même simplifiés
  • Technique
    7/10
  • Esthétique
    8/10
  • Ergonomie
    8/10
  • Audio
    6/10
  • Contenu
    9/10
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Tests jeux
Xavier Henry - Titiks

Joueur trentenaire assumé et 2AM Father confirmé, fan de tout ce qui est capable de lui raconter une bonne histoire, touche à tout invétéré et dévoué à l'univers console depuis la MegaDrive de sa jeunesse, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée.
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