Le futur effraie. Ou plutôt, ce que nous pourrions faire de toute la technologie qui évolue à un rythme exponentiel nous fait peur. Et de tout temps, des oeuvres d’anticipation ont mis en avant ces craintes très actuelles pour nous sensibiliser à leurs dérives. Parfois avec succès, mais il faut l’avouer, souvent sans grande réussite. State of Mind est presque de ces oeuvres-là.

Richard et Tracy, un couple que l’on va apprendre à connaître d’une bien étrange façon

Berlin 2048

Développé par les Allemands de Daedalic, State of Mind prend place dans un Berlin futuriste qui n’est pas sans rappeler l’univers déployer dans Blade Runner (l’original) ou Total Recall (l’original). Sans trop de cérémonie, nous sommes lâchés dans le corps de Richard Nolan, un homme dont on ne connait rien si ce n’est qu’il vient d’être victime d’un accident de voiture dont il a peu de souvenirs lui-même. Journaliste émérite, il constate à son retour chez lui que sa femme et son fils ne sont plus là, et qu’à la place se trouve Simon, un androïde à son service que Richard déteste pourtant.

L’univers déployé rappelle les classiques de la SF

Pour rester dans les références cinématographiques, le début de l’aventure m’a un peu rappelé le film de Roman Polanski “Frantic” (toujours avec Harrison Ford qui incarne un personnage aussi nommé Richard d’ailleurs – 1988), avec une disparition qui n’a laissée aucune trace, dans l’incompréhension totale. Mais guère de panique démesurée ici, puisque comme on l’apprend assez vite, Richard n’est pas aux premiers abords présenté comme quelqu’un de très sympathique et il traverse une période de crise conjugale. Si la disparition de sa femme l’interpelle et l’agace, c’est celle de son fils qui l’inquiète davantage.

Autre part, dans la ville idyllique de City5, le quadra Adam Newman emmène son fils à son rendez-vous médical quotidien, tandis que son épouse est souvent absente en raison de son travail. A part la maladie de son enfant, Adam vit une belle et heureuse vie, tandis que City5 subit souvent des tremblements de terre passagers. Alors que tout les sépare, Adam et Richard ont pourtant une vie en commun et c’est ensemble qu’ils devront décrypter les mystères qui entourent leur existence.

Big City Five

Messages et appel holographiques vous aideront à y voir plus clair.

Ne tournons pas autour du pot plus que nécessaire : State of Mind est un jeu extrêmement narratif constitué de quelques phases d’exploration, de beaucoup de dialogues et d’un soupçon d’énigmes pour nous rappeler que nous sommes dans un jeu. Mais c’est là sa force, en plus de son esthétique audacieuse en LowPoly. Là où les jeux actuels tentent d’être le plus photoréalistes possibles (n’est-ce pas David Cage ?), State of Mind joue la carte de l’originalité avec des modélisations sommaires de ses personnages qui cadrent pourtant parfaitement avec son histoire et son univers.

L’avantage de cela c’est que le jeu est vraiment fluide et charge rapidement. La direction artistique comble en partie ce parti-pris technique et si l’effet est un peu troublant au départ et rend les personnages peu expressifs, le doublage (anglais ou allemand) relève le tout et on se retrouve dans un véritable thriller numérique diablement mené et passionnant. C’est la force du titre, nous plonger peu à peu – peut-être un peu trop lentement – dans son intrigue pour ne pas nous lâcher jusqu’à sa conclusion.

On se fait assez rapidement à la direction artistique

Nous alternons d’ailleurs principalement entre Richard et Adam, mais nous pouvons également incarner d’autres protagonistes dans des séquences dédiées essentielles pour l’intrigue, multipliant ainsi les points de vue et densifiant le récit. Sans atteindre les parenthèses d’un Life is Strange, State of Mind offre pourtant quelques moments de contemplations portés par une magnifique bande-son (comme la séquence au musée – surprenamment interactive, ou ces moments de flottements au piano quand le joueur réalise qu’il peut réellement essayer de faire résonner quelques notes), ou de malaise face aux déviances humaines envers les êtres synthétiques, étonnamment plus frappantes ici que dans Detroit Become Human pour ne pas le citer.

Ce dernier loupe d’ailleurs sans doute un peu ses enjeux globaux quelques peu survolés au final pour se focaliser bien plus sur la psychologie de ses personnages, qui sont magnifiquement travaillés. En termes d’écriture, State of Mind se parcourt comme un très bon roman de SF, qui se sert de différentes thématiques pour parler de conditions bien humaines qu’il semble toujours aussi difficiles à appréhender dans le futur.

Conclusion

State of Mind m’a surpris, et un peu effrayé dans ses premières minutes assez austères, mais ce n’était que pour mieux dévoiler ses personnages et son histoire – somme toute déjà rabâchée ailleurs – à travers des séquences narratives passionnantes ou des moments de pure tension. Il aurait sans doute mérité un écrin un peu plus développé, comme de plus grands environnements et un peu moins d’aller-retour – même si le quotidien est l’une des pierre angulaire du récit si l’on y réfléchit – pour s’ouvrir à un peu plus de monde.

State of Mind

  • Développeurs Daedalic
  • Type Aventure
  • Support PS4, PC, Xbox One, Switch
  • Sortie 15 Août 2018
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Xavier Henry - Titiks
Xavier Henry - Titiks

Joueur trentenaire assumé et 2AM Father confirmé, fan de tout ce qui est capable de lui raconter une bonne histoire, touche à tout invétéré et dévoué à l'univers console depuis la MegaDrive de sa jeunesse, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée.

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