On a entendu beaucoup de bien de Life is Strange. Il devient à la mode de proposer des jeux épisodiques, et nombreux sont ceux qui s’engouffrent dans le giron initié par TellTale et ses adaptations de séries en plusieurs saisons. Et on les comprend ! Pensez donc qu’il est maintenant possible de vendre un jeu complet avant même qu’il soit terminé ! Les séries télévisées n’ayant jamais été plus populaires qu’aujourd’hui, il s’agit ici d’une évolution logique du jeu vidéo, après ses inspirations cinématographiques. Encore faut-il savoir adapter correctement ces deux univers dans un tout cohérent. Est-ce le cas du projet des français de DontNod ?

Teen Movies

En posant les yeux la première fois sur Life is Strange, il est impossible de ne pas faire le lien avec l’univers des films adolescents américains, avec ses dortoirs d’universités, ses ados en rébellion, pom-pom girls légères, questionnements sur l’identité sexuelle, pimbêches richissimes et pros du skate sur le parking du campus. Road Trip, 100 Girls, Dawson… tous les codes du Teen Movie sont ici respectés, totalement clichés, renforcés par une bande originale mélancolique à la guitare semblant tirée de Twilight. Mais ceci est un parti pris assumé, et permet d’entrer au final très rapidement via un univers déjà acquis dans le quotidien de Maxine “Max”, de retour dans sa petite ville d’Arcadia après 5 années d’absence.

Les tourments de la fin de l'adolescence... littéralement
Les tourments de la fin de l’adolescence… littéralement

Rapidement, le surnaturel s’invite dans Life is Strange, puisque Max se découvre la capacité de revenir dans le temps, sans qu’elle même en soit affectée. L’occasion pour DontNod de placer ici et là quelques énigmes plutôt simples mais cohérentes à base de retours temporels pour pouvoir évoluer. On touche ici au sel même de Life is Strange : rien n’est définitif tant que Max n’a pas quitté la scène où elle se trouve. Un dialogue part en vrille à cause d’une réponse mal choisie ? Max fouine un peu trop et se fait réprimander ? Aucun souci, puisqu’elle peut tester toutes les possibilités avant de fixer son choix, qui auront pour la plupart des conséquences plus tard, tout en conservant ses acquis.

Moment de repos facultatif pour une plongée dans ses pensées...
Moment de repos facultatif pour une plongée dans ses pensées…

A la différence des titres de TellTale extrêmement dirigistes au final, Life is Strange invite le joueur à explorer ses environnements, très chauds et profitant d’une ambiance particulière. On est ainsi tenté de discuter avec les différents personnages pour glaner des informations, apprendre de ses erreurs pour retenter un dialogue avec les bonnes réponses, ou découvrir une scène à immortaliser avec l’appareil photo de Max dans une petite recherche du bon cliché justifiée par ses cours.

A Long Time Ago – We Used To Be Friends

De nombreux documents sont présents pour étayer le background
De nombreux documents sont présents pour étayer le background

Si le tout empeste le déjà-vu à tous les étages, c’est parce que l’écriture semble avoir pris ses inspirations dans les films de la fin des années 90, usant de références que certains joueurs n’ayant pas dépassé la vingtaine auront beaucoup de mal à identifier. De Shining à Twin Peaks en passant par Cannibal Holocaust, difficile de voir ici du matériel référant plus récent à quelques exceptions près, quand Warren, le geek au grand coeur un peu collant de service mentionne dans les dialogues Kickstarter comme si ce terme était passé dans le langage courant.

Life is Strange invite le joueur à explorer ses environnements

La pornographie chez les étudiants en photographie...
La pornographie chez les étudiants en photographie…

Pourtant, et ceci est admirablement accompagné par la musique (à l’image du thème principal “Obstacles”), l’ensemble fait mouche concernant les tourments de l’adolescence. De la naïveté touchante à la mélancolie générale caractérisant le passage difficile à l’âge adulte, Life is Strange nous emporte dans un univers cotonneux qui renverra tout trentenaire à ses madeleines et à revivre quelques sensations que l’âge adulte a occulté. Sans tomber dans le mélo, on retrouve ici les comportements puérils de ceux qui sentent que leur emprise sur les autres prend fin, les petits tracas finalement sans importance avec du recul, ou au contraire les problèmes trop lourds à supporter pour des épaules non préparées.

Tout ceci est largement exposé dans le dortoir de Max, qui concentre en lui tous ces clichés, combinés à ses retrouvailles avec Chloé, sa meilleure amie, véritable condensé des clichés de l’adolescente rebelle.

Non sincèrement, on ne pouvait pas mettre plus de clichés sur un seul personnage...
Non sincèrement, on ne pouvait pas mettre plus de clichés sur un seul personnage…

Heroes

Mais au-delà de son ambiance et de son background, Life is Strange raconte surtout la découverte du pouvoir de Max, de ses répercussions dans son quotidien, de ses visions d’une catastrophe imminente et de la disparition d’élèves dans des circonstances mystérieuses. Tout cela couplé à une galerie de personnages qui ne semblent pas tout à fait être ce qu’ils prétendent et vous obtiendrez Arcadia Bay, une ville où le mystère et les apparences renvoient aux enquêtes de Veronica Mars, l’ironie en moins. Plusieurs mystères s’entrecroisent, plusieurs drames se jouent en parallèle, et le joueur, à travers Max, sera souvent amené à y réagir en prenant position, et en assumant les conséquences. Les impacts des choix sont bien entendu à mettre en perspective dans les épisodes suivants, mais ces choix sont nombreux et tous jusqu’ici semblent avoir un impact mineur ou majeur sur l’environnement du joueur.

Les couleurs et la direction artistique sont d'une redoutable efficacité et soutiennent bien le récit.
Les couleurs et la direction artistique sont d’une redoutable efficacité et soutiennent bien le récit.

Coooonclusion. Je dis non! Mais un Avis, je dis OUI!

Ce premier épisode de Life is Strange est une belle promesse. Malgré son référentiel un peu trop daté pour le public qu’il semble viser, son ambiance adolescente touchante qui évite de peu de tomber dans le mélo, la possibilité – au contraire de The Walking Dead par exemple, qui joue sur l’urgence des choix – de revenir en arrière pour “tester” les différentes réactions, et l’envie de prendre son temps pour parcourir les environnements, à la recherche d’une photo à prendre ou d’un lieu de calme pour sombrer dans les pensées de son héroïne, le titre de DontNod pique notre intérêt juste où il faut. Le tout est maintenant de savoir si l’écriture va jouer avec les clichés présentés ici, si les choix auront réellement un impact majeur et si l’histoire générale ne va pas prendre la tangente en abordant sa conclusion.

Life is Strange : Chrysalis

  • Développeurs DontNod
  • Type Aventures adolescentes
  • Support PS3, XBox360, PS4, XboxOne, Pc
  • Sortie 30 janvier 2015

Dans le même genre :

  • Les jeux TellTale, en plus interactifs
  • Les jeux David Cage, en plus réussis

Y’a bon!

  • L’ambiance générale
  • La musique
  • L’envie de parcourir les décors
  • Le référentiel
  • Le côté “passage à l’âge adulte” et la nostalgie associée
  • Le retour dans le temps, bien exploité
  • Une large galerie de personnages exploitables
  • Une direction artistique travaillée…

Beuargh!

  • … qui masque efficacement une technique limitée
  • Du cliché à la pelle, rendant Chloé assez inintéressante
  • Quelques chutes de framerate très visibles
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Xavier Henry - Titiks
Xavier Henry - Titiks

Joueur trentenaire assumé et 2AM Father confirmé, fan de tout ce qui est capable de lui raconter une bonne histoire, touche à tout invétéré et dévoué à l'univers console depuis la MegaDrive de sa jeunesse, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée.

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