On peut dire que The Longest Journey a une symbolique assez forte pour moi, puisqu’il s’agit à la base du premier cadeau d’anniversaire que m’a offert ma petite amie à l’époque, alors que nous n’étions ensemble que depuis quelques petites semaines. Si, à l’heure de la sortie console de Dreamfall Chapters, cette jolie brune ne m’a plus quitté depuis 15 ans (pensez-vous), je n’ai jamais pu terminer The Longest Journey, et encore moins sa suite, à cause d’un bug sur le disque du jeu qui faisait sauter la partie.

Zoé de retour au pays des rêves ?

Et je vous parle d’une époque où il était déjà assez compliqué de se procurer un jeu autrement que légalement, en sautant d’un no-cd vérolé à un autre. Le temps a fait son oeuvre et The Longest Journey a toujours profité chez moi d’un capital sympathie énorme, tant l’aventure onirique d’April Ryan m’a laissé une envie d’y revenir un jour.

Et ce n’est pas de bol, puisqu’à l’heure où j’écris ces lignes, The Longest Journey et Dreamfall sont confortablement installés dans ma bibliothèque Steam sans que j’ai eu le temps d’y toucher.

La vie est une garce.

Renaissance

Europolis, ville géante où le soleil ne brille jamais

Mais heureusement, Dreamfall Chapters récemment sorti sur consoles dispose d’un résumé certes succinct mais suffisant pour planter le décor de cette suite initialement épisodique livrée d’une traite deux ans après le PC. Ce qui est moins cool en revanche, c’est que ce résumé n’est absolument pas sous-titré en français, à l’inverse du reste du jeu. Chez PXLBBQ on s’en fout, mais j’imagine que cela va pénaliser quelques joueurs. Et une fois n’est pas coutume, on retrouve la belle Zoé Castillo dans le coma de son lit d’hôpital suite aux événement onirico-familiaux de Dreamfall.

Après une introduction aussi mystérieuse que magnifique – et tout le  jeu sera servi par une bande originale somptueuse et quelque fois une mise en scène travaillée – on reprend le contrôle de Zoé, coincée dans un monde onirique alors que son corps dépérit à Stark, son monde technologique d’origine. N’ayant rien à faire de ses journées, elle aide les rêveurs à retrouver le monde réel, et leur évite de rester coincé dans le monde onirique. En effet, une multinationale a imposé à tous le port d’un casque à rêves, qui agit comme une puissante drogue et provoque une accoutumance. Tout le monde à Stark en possède un et ses effets sont dévastateurs sur la population tant et si bien que l’on ne compte plus les junkies du rêve qui jonchent misérablement les rues d’Europolis.

Les casques à rêves sont une cochonnerie lobotomisante… un peu comme TPMP

Dans le monde magique d’Arcadia, on retrouve Kian Alvane condamné à mort dans les geôles d’une tour sombre, la veille de son exécution, devenu gênant pour certains dignitaires Azanis. Une insurrection orchestrée par les rebelles magiques opposés au régime totalitaire Azadis lui permet de recouvrer la liberté, mais il devra prêter main-forte au peuple opprimé, tout en essayant de gagner leur confiance… En effet, son haut rang d’Apôtre lui confère toujours la sympathie des plus hautes instances de son peuple, mais les événements ayant menés à la mort d’April ont remis en question la foi aveugle en ses dogmes.

Souder, souder, souder

Deux mondes et des problématiques similaires, puisque que sur Stark, la surveillance acharnée de l’ŒIL et les manigances politiques despotiques poussent la population à rester enfermée chez elle, à utiliser le casque à rêve tandis qu’Arcadia est sous le joug des fanatiques Azadis, dont les pratiques ne sont pas sans rappeler les heures les plus sombres de notre histoire, avec purges et déportations de masse vers des camps. Au  milieu de tout cela, une Zoé Castillo privée de sa mémoire suite aux événements de Dreamfall qui tente de se reconstruire dans une dystopie oppressante.

Entre rêve et réalité, Dreamfall Chapters conte l’histoire de deux âmes liées par leur destin pour sauver l’existence elle-même.

Les trahisons et relations interdites vont bon train à Arcadia, avec Kian au cœur des manigances

Les fans en sauront plus que moi ici, bien entendu, mais sachez que les nouveaux venus ne seront pas trop perdus, puisqu’à chaque nouveau personnage introduit, on vous propose un rapide historique de la personne, ce qui permet de poser les éléments scénaristiques importants, même si le mystère reste de mise. On regrette par contre la modélisation des personnages, à l’exception des héros principaux, et leurs animations quelque peu rigides. Heureusement, le travail de doublage en anglais est lui de qualité, ce qui permet à l’histoire de prendre (on est loin de Syberia 3 par exemple, qui restera un mètre-étalon dans le genre), tout comme l’écriture des dialogues, souvent drôles (même avec l’inénarrable Robot de merde).

Si l’aventure de Kian nous fait voir du pays, l’évolution de Zoé dans la ville d’Europolis peut rapidement devenir une plaie tant la carte fournie est inutile. Si les objectifs sont clairs et accessibles d’une touche, la carte ne porte absolument aucune mention utile des quartiers ou lieux-dit. On arpente alors les rues tentaculaires de la petite portion de la ville en mémorisant les différents endroits, mais il faudra quelques heures pour véritablement se sentir à l’aise. Si l’on ajoute le système de visée peu pratique car trop précis pour son utilisation, la prise en main n’est pas réellement optimale de prime abord, mais se laisse assez vite apprivoiser.

CE PLAN NE SERT A RIEN !!!

Livré d’un bloc mais conservant son chapitrage d’origine, Dreamfall Chapters fais également la part belle aux choix d’importance puisqu’à divers moments, le jeu vous demandera de choisir entre deux options qui influeront plus tard sur la partie. Difficile de voir quel réel impact cela a sur le récit sans refaire un second run, mais à chaque fin de livre, le jeu vous livrera un résumé des choix opérés tout en vous indiquant si ceux-ci auront des répercussion dans l’épisode suivant ou de manière beaucoup plus globale, ainsi que la gravité de ceux-ci. Une option assez angoissante dans le fond puisque vous n’avez – comme dans la vraie vie – aucun moyen de savoir à l’avance quelles seront les conséquences de vos actes. Au joueur d’agir alors en son âme et conscience vers ce qu’il pense être le mieux, quitte à décevoir ses amis, trahir son peuple ou laisser filer un pédophile pour le bien commun.

Chaque choix important sera notifié et mémorisé

Les thématiques abordées dans Dreamfall Chapters sont d’ailleurs assez sombres et ce n’est pas pour rien que le titre s’ouvre majestueusement sur une séquence d’enterrement. Manipulation politique, oppression, sacrifice, état militaire, déportation, agression sexuelle sur mineures, extinction de races… on est globalement surpris par tant de noirceur par moment, mais sitôt le chapitre d’introduction bouclé, on est rapidement happé dans la  narration qui – si elle souffre de quelques errances dues aux déplacement parfois laborieux – parvient à rester réellement intéressante sur la longueur.

Et comme cela avait déjà été évoqué, d’un Point’n Clic, la série The Longest Journey a dérivé vers le jeu d’aventure à la troisième personne, avec pas mal d’aller-retours et quelques énigmes relativement simples à base d’objets à ramasser et à combiner, ou de dialogues à mener. Toutefois, certaines pourront vous faire tourner en rond, car elles correspondent à un style de jeu qui n’existe plus, requérant de réfléchir à une solution qui ne vous est pas clairement indiquée. Il évite cependant l’écueil des production actuelles voulant que tout soit facilement accessible et pointé avec une grosse flèche rouge, laissant le joueur errer un peu, observer et s’approprier les environnements.

Conclusion

Dreamfall Chapters est l’occasion de rattraper le train en marche et – pourquoi pas – découvrir les aventures étranges et oniriques imaginées à la base au début des années 2000. Bien écrits et doublés, les destins croisés de Kian et Zoé, reliés par les rêves, dans un univers souillé par l’oppression sauront vous captiver si tant est que vous prenez le temps d’apprivoiser le titre et sa progression. Le mystère parvient à nous maintenir en haleine, notamment avec les incursions de Saga au terme de chaque livre, tandis que les choix réussissent à être impliquants même s’il reste difficile d’en estimer correctement la portée. Stigmates d’une production plus modeste, les animations et la fluidité sur console sont encore très perfectibles, mais rien qui ne soit handicapant pour ce type de production.

Dreamfall Chapters

  • Développeurs Red Thread Games
  • Type Aventure
  • Support PS4, PC, XBox One, WiiU
  • Sortie 05 Mai 2017
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Xavier Henry - Titiks
Xavier Henry - Titiks

Joueur trentenaire assumé et 2AM Father confirmé, fan de tout ce qui est capable de lui raconter une bonne histoire, touche à tout invétéré et dévoué à l'univers console depuis la MegaDrive de sa jeunesse, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée.

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