Test : Crossing Souls – J’ai 8 ans

Les Goonies

Hey toi là, avec ta femme, ton job et tes deux gosses à l’école primaire ! Oui toi, le nostalgique trentenaire qui se dope à Stranger Things en se remémorant les aventures de Guybrush Threepwood au son des synthés de Jean-Michel Jarre, c’est à toi que je m’adresse, tout comme Crossing Souls et ses développeurs de chez Fourattic.

Ça vous rappelle pas une certaine course en tapis volant et un certain film d’Amblin ?

80’s is new Sexy

Qu’on se le dise, l’ambiance fantasmée des années 80 est fort présente en cette seconde décennie du XXIème siècle. Et quelque part, c’est un peu normal. Couleurs fluorescentes, magie de l’informatique naissante, soulagement général de la fin de la guerre froide… quel contraste avec notre période actuelle où tout semble joué et où l’avenir ne s’envisage qu’avec appréhension. Ceux qui ont pu voir le film de Disney Tomorrowland ont pu avoir un aperçu de cette sensation oppressante de spirale néfaste tirant le monde vers le bas, là où l’optimisme et la conviction d’un meilleur lendemain rafraîchissent nos humeurs. Et comme l’avenir semble sombre, pourquoi ne pas revenir dans ce passé très coloré et encore un peu naïf pour y puiser l’optimisme nécessaire pour avancer ? Crossing Souls, au-delà de ses mécaniques de gameplay somme toute assez simples, a été développé pour nous renvoyer à cette époque, à grand renfort de plans iconiques ou de situations inscrites dans la pop-culture.

Les combats de boss sont tous intéressants… et renvoient aussi à des références 80’s

On citera ça et là E.T. pour ce premier plan surplombant la ville, tout comme la séquence d’infiltration dans la maison du héros pour échapper aux agents du gouvernement, à plusieurs films quand les jeunes doivent fuir à bicyclette poursuivis par les voitures de police (séquence que Stranger Things reprendra aussi dans sa première saison), la boutique du vieux chinois à qui il ne manque qu’un Mogwai, le cimetière tout droit sorti du Retour des Morts-Vivants (sans la punkette dansant nue sur les tombes), les gangs de punks menés par un ersatz de Prince, des méchants tout droit sortis de Shadaloo, une relique égyptienne que n’aurait pas reniée la série Stargate et enfin la fine équipe de Goonies composée du héro joueur de baseball, de son meilleur ami de couleur d’une grande force physique, de la rouquine un peu garçon manqué, du petit génie informatique et enfin du petit frère un peu énervant. Fidèles aux productions Amblin et de Spielberg de manière générale de l’époque, les adultes sont au mieux insignifiants, sinon menaçants.

Crossing Souls est bien plus que la somme de ses références

Douât d’honneur

Madeleine de Proust vidéoludique sous pixel-art maîtrisé et truffé de détails référentiels, Crossing Souls n’oublie heureusement pas d’être un jeu vidéo. Chaque personnage – que nous pouvons incarner à la volée d’une simple touche – possède ses propres compétences – pour pimenter les phases de combats façon Street of Rage (ou Double Dragon si vous êtes de l’autre école). L’un manie la batte de baseball, peut sauter et grimper sur certains murs, l’autres possède un fusil laser et peut flotter quelques instants dans les airs grâce à des chaussures spéciales, la troisième joue du fouet tout en étant une pro de l’esquive tandis que le dernier peut déplacer des objets lourds grâce à sa force herculéenne et bloquer les coups.

Bienvenue dans la culture pop des années 80, gamin

L’idée de retour en arrière est même présente dans le scénario, puisque les héros ne tardent pas à faire face à la mort dans tous les sens du  terme : un cadavre en décomposition dans la forêt et la découverte d’un objet leur donnant accès à la Douât, le monde des morts. Présenté comme une dimension parallèle à la nôtre, le monde des morts côtoie le nôtre, les disparus ne sont jamais bien loin et bientôt, la nécessité d’avoir l’objet à portée se fait sentir. Non pas dans un premier temps pour contrecarrer les plans diaboliques des méchants, mais pour une raison plus personnelle. Le jeu ose en effet quelque chose d’assez moderne sous son enrobage rétro et le deuil s’invite rapidement, notamment lors d’une séquence intimiste dans la chambre du héros qui ne parvient pas à surmonter sa peine. Mais bien vite, l’espoir et l’optimisme si caractéristique des années 80 reprend le dessus et les enjeux se dessinent.

Des méchants « Muhahaha » comme on n’en fait plus

Visuellement, le Pixel-Art de qualité côtoie quelques cinématiques en dessin-animé de qualité VHS et animée comme à l’époque pour un plus bel effet. Le rythme garde un certain pep’s du fait de la multiplicité de lieux et de situations, même si on regrette un peu la redondance des phases de combats pour le coup malgré l’utilisation d’objets (3 au total) accessibles avec la croix directionnelle. Outre les ennemis bien vivants, la petite troupe sera souvent confrontée à des fantômes agressifs qui ne peuvent être vaincus que dans la dimension spectrale, alors que eux-même peuvent vous toucher dans la dimension normale. Attention donc durant les séquences d’exploration.

Another one bites the dust

L’irritant Kevin sera pourtant d’une grande aide

Toute la difficulté du titre tient en fait à sélectionner le bon personnage pour la bonne situation sans s’emmêler les pinceaux dans les touches. En effet, le changement de personnage se fait avec L1/LB, la sélection d’objet avec la croix directionnelle, mais leur utilisation se fait via Triangle/Y, la frappe avec Carré/B, la compétence unique avec Croix/A, le passage dans la Douât via R2/RT (avec une petite latence) et l’utilisation du cinquième personnage un peu particulier avec R1/RB (ce qui laisse le personnage sélectionné vulnérable pendant ce temps). Une complexité un peu frustrante lors de certaines phases, que certains trouveront cohérente avec le côté rétro, mais qui m’a rebuté plus d’une fois. Chaque personnage dispose de sa propre jauge de vie (qu’il est possible de soigner avec des sucettes), mais aussi sa jauge d’endurance qui limite l’utilisation de ses compétences.

En effet, les héros restent des enfants et chaque action répétée trop longtemps est à même de les épuiser. A noter que si un seul personnage passe l’arme à gauche, c’est le Game-Over direct et retour au point de sauvegarde. Quelques puzzles émaillent la progression, simples mais pas simplistes et requérant parfois une bonne prise de note, tout comme les combats de boss séquentiels, qui se plient sans mal une fois la marche à suivre découverte. Pour finir, comptez une bonne dizaine d’heures pour boucler l’aventure de Crossing Souls, durée de vie qui aurait gagnée par moment à être légèrement raccourcie, certains niveaux s’étirant parfois plus que de raison.

Conclusion

Crossing Souls est bien plus que la somme de ses références et heureusement. Fruit de développeurs nostalgique d’une époque vue comme dorée par les trentenaires et délicieusement kitch pour les plus jeunes, une période où la science réservait plus de mystères que n’en résolvait, le titre de Fourattic se laisse parcourir avec grand plaisir comme un film de Spielberg de la grande époque, avec ses codes et ses clichés renvoyant immanquablement à une pop-culture aujourd’hui assimilée.

Temps de lecture : environ 4 minutes

Crossing Souls

  • Développeurs Fourattic
  • Type Aventure
  • Support PS4, PC
  • Sortie 13 Février 2018
Crossing Souls à notre sauce
8/10
Crossing Souls à notre sauce
Y'a bon
  • L'essence des années 80
  • Visuellement très réussi
  • Bande son au top
  • Progression bien rythmée
Beuuuuwark
  • Certains niveaux un poil longs
  • Un gameplay au final pas très varié
  • Des environnements somme toute classiques
  • Technique
    8/10
  • Esthétique
    9/10
  • Ergonomie
    7/10
  • Audio
    9/10
  • Contenu
    8/10
Commentaires Facebook
Catégories
Tests jeux
Xavier Henry - Titiks

Joueur trentenaire assumé et 2AM Father confirmé, fan de tout ce qui est capable de lui raconter une bonne histoire, touche à tout invétéré et dévoué à l'univers console depuis la MegaDrive de sa jeunesse, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée.
Autres articles jeux vidéo

Dans le même genre