La série Lovecraft Country ne cesse de nous surprendre, semaine après semaine, et ce sixième épisode ne fait pas exception. On quitte Chicago pour la Corée et on fait la connaissance de la mystérieuse Ji-Ah, dont Atticus nous parle depuis le tout premier épisode.

Vous vous souvenez, dans le manoir des Braithwhite, à Ardham ?

Attention, cette critique va forcément révéler des moments de l’intrigue globale de Lovecraft Country épisode 6 « Meet Me in Daegu  »

Si je vous parle de la guerre de Corée, vous allez certainement lever un sourcil tant c’est un moment de l’histoire peu représenté dans les films ou les séries.

Rapide leçon d’histoire pour commencer : En 1945, les Soviétiques occupent le nord de la Corée jusqu’au niveau du 38e parallèle, ligne qui sépare la Corée du Nord de la Corée du Sud, où se sont installés les Américains. Vous sentez déjà le contexte un peu tendu. Ce qui a mené à cette situation, ce sont les conditions dans lesquelles ont été établis les deux gouvernements coréens en 1948 au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Le gouvernement du Nord a refusé de reconnaître la légitimité de celui du Sud, sous l’égide des Nations unies; celui du Sud se targue d’être le seul gouvernement légitime de la Corée, se sentant protégé par la tutelle de l’ONU. Dès lors, chacune des parties va commencer à attaquer l’autre pour assurer sa suprématie.

« Nous sommes là pour vous sauver, n’ayez pas peur »

En 1950, l’armée de la Corée du Nord soutenue par les russes pense qu’une courte guerre surprise donnerait une victoire facile, avant que les Américains aient le temps d’intervenir et franchissent la ligne de démarcation. La Corée du Nord refusant les demandes de cessez-le-feu des Nations unies, celles-ci recommandent aux États membres de l’ONU d’aider la république de Corée du Sud et le président américain Truman engage les divisions américaines stationnées au Japon au nom des États-Unis.

D’autres américains vont s’engager volontairement dans cette bataille, dont Atticus, fuyant comme on le sait déjà, les violences de Montrose.

On se souvient qu’Atticus a pu traduire un morceau des pages manquantes du Livre des Noms, et qu’un présage de mort l’a totalement paniqué, au point qu’il appelle immédiatement Ji-Ah en Corée, pour savoir “comment elle pouvait être au courant”.

Avec “Meet Me in Daigu”, on remonte un peu le temps pour faire la connaissance de la belle et mystérieuse Ji-Ah, quelques temps avant sa rencontre avec Atticus, alors soldat en Corée. Il se passe tellement de choses dans cet épisode qu’il va être difficile de faire court.

On y découvre une jeune femme rêveuse, fan des films de Judith Garland, vivant seule avec sa mère et en pleine formation d’infirmière avec d’autres femmes de son âge.

L’immersion est totale, la première moitié de l’épisode ne nous présentant que le quotidien de Ji-Ah, doublée en coréen tandis que les forces armées américaines arrivent pour les “protéger”.

L’histoire nous a appris les nombreux débordements de l’armée en cette période et une chape sourde semble tomber sur le pays à l’arrivée des chars alliés. Nous sommes alors en pleine opposition USA/URSS, où la chasse au communiste était presque un sport national et sujet à de nombreuses violences côté américain.

Young-Ja sera étrangement un solide soutien moral pour Ji-Ah

Dans ce contexte, on suit Ji-Ah qui se débat avec sa mère Soon-Hee Meeh, veuve et en disgrâce dont la seule manière de “retrouver une famille” est que sa fille “ramène des hommes”. Une discussion anodine entre une mère et sa fille qui interpelle : après Montrose, c’est la mère de Ji-Ah qui fait office de parent toxique, forçant apparemment sa fille à participer à des speed-dating en vue de ramener fréquemment des hommes dans sa couche. A quelles fins ? Si la prostitution était votre première idée, je vous arrête là. On reste dans Lovecraft Country, je vous rappelle et les apparences sont trompeuses. En effet Ji-Ah n’est pas ce qu’elle semble être et une entité que je ne nommerai pas a autrefois été invoquée dans son corps par sa propre mère pour se venger de son père incestueux.

Je vous laisse le plaisir de la découverte

Mais le marché avec l’entité est plus pernicieux : certes, il a permis à Soon-Hee Meeh de se débarrasser de son mari (et beau-père de Ji-Ah), mais sa fille n’est plus là, son esprit ayant été remplacé par celui de l’entité, et il ne quittera son corps qu’après avoir tué et dévoré 100 âmes. On comprends alors mieux l’empressement de Soon-Hee Meeh à voir sa “fille” ramener de jeunes hommes séduits par ses charmes, qu’elle s’empresse de tuer à l’aide d’appendices qui sortent de son corps pour en faire une créature non plus sublime, mais grotesque. Désireuse de retrouver sa fille, et composant tant bien que mal avec l’entité qu’elle traite de monstre inapte à ressentir quoi que ce soit, l’ambiance est tendue entre les deux femmes.

C’est dans ce contexte, alors que 99 âmes ont déjà été dévorées par Ji-Ah qu’elle refuse de continuer, poussée par une de ses proches amies Young-Ja – qui lui confie être communiste –  à “rester telle qu’elle est et de ne pas laisser la peur des autres lui dicter sa conduite”. Un discours sur l’acceptation de soi et le rejet d’une norme oppressante encore d’actualité, et qui convainc l’entité habitant Ji-Ah d’être ce qu’elle est sans subir les envies de sa mère. Mais un drame ne va pas tarder à subvenir, puisque les jeunes infirmières – dont la meilleure amie de Ji-Ah – vont se faire interroger de manière musclée par l’armée américaine au sujet de fuites d’informations vers “les rouges”. Découverte, Young-Ja est torturée et exécutée sans sommation par les soldats, dont fait partie un certain Atticus.

Quelques temps plus tard, Ji-Ah retrouvera Atticus, blessé dans sa clinique, et jettera son dévolu sur lui en tant que 100ème âme, qu’elle compte bien faire souffrir lentement. Mais les deux personnes finissent par se connaître, chacune étant sensible à la lecture, soumis à une pression parentale qu’il cherche à fuir et qu’au final les mauvais actes ne définissent pas.

Que de choses sur une heure de temps. Et au  final une construction qui nous laisse le temps de connaître Ji-Ah, sa situation, son drame, et la relation qu’elle tisse avec Atticus, au point d’enfin ressentir quelque chose et de tomber amoureuse et de pouvoir coucher avec lui sans que la transformation ne s’opère.

Le couple le plus mignon de 2020 (ou 1950 c’est selon)

Mais alors qu’Atticus obtient la permission de quitter cette guerre qui l’a transformé, l’amour et la peine de Ji-Ah lui font perdre le contrôle lors de leurs ébats et elle manque de le tuer. Ayant eu un bref accès à l’âme de son amant, elle pu entrevoir son funeste futur, un futur où ce n’est pas elle qui le tue. Elle le supplie alors de ne pas repartir, mais effrayé par ce qu’il vient de voir, Atticus fuit et rentre aux Etats-Unis.

Je vous ai raconté beaucoup de choses ici, mais croyez bien que je ne fais que survoler la plus belle partie, à savoir la relation entre les deux amoureux. Magnifiquement contée, encore avec de beaux moments sonnant justes, elle prend place dans un décor tout droit sorti de cartes postales d’époques, comme pour rendre le tout plus lointain et du domaine du récit qui aurait été amélioré par le temps.

On se rend alors compte que Ji-Ah a été réellement spéciale pour Atticus, un véritable premier amour (notez qu’à ce stade, on ne sait pas bien définir la nature de sa relation avec Leti, bâtie dans le sang, au contraire de celle avec Ji-Ah). Et si la partie finale de l’épisode nous fait clairement comprendre qu’on reverra la jeune femme dotée de toutes ses capacités, on ne peut que frémir quant au destin d’Atticus – encore une fois magistralement interprété par Jonathan Majors, tantôt dur, tantôt complètement vulnérable.

Oui y’a un aspect cul-cul, mais l’ensemble de leurs scènes sonne juste

A ce sujet, je vous ai souvent vanté le jeu de Jurnee Smollett dans le rôle de Leti, véritablement flamboyante, mais on assiste ici à l’arrivée de Jamie Chung qui vient la concurrencer sur son propre terrain, en tant qu’amour pour Atticus, mais aussi en tant qu’actrice, la jeune californienne d’origine coréenne exploitant tout son talent dans une palette d’émotions très variée, que cela soit dans des moments intimes, factices dans ses imitations de Judith Garland ou terribles face à sa mère qu’elle aime et hait en même temps.

Meet Me in Daegu est à ce jour sans doute le meilleur épisode de Lovecraft Country, avec “Sundown” et me rassure quant à la qualité et la variété du show à venir.

D’autant que l’aperçu du prochain épisode nous donne vraiment envie. Vous vous rappelez que nous avions laissé Hyppolita en route vers le comté de Dormont et en possession d’un planétaire un peu particulier ? Et bien il semblerait que cet objet – appartenant à Hiram – l’enverra au-delà du possible et du temps, et ce dès la semaine prochaine !

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Xavier Henry - Titiks
Xavier Henry - Titiks

Joueur trentenaire assumé et 2AM Father confirmé, fan de tout ce qui est capable de lui raconter une bonne histoire, touche à tout invétéré et dévoué à l'univers console depuis la MegaDrive de sa jeunesse, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée.

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