Contrefaçon rétrogaming : différencier le vrai du faux ?

Le rétro, de la démesure à ses dérives.

Depuis environ une dizaine d’années, les prix des consoles qualifiées de rétro, allant de la bonne vieille Atari à la GameBoy Advance SP Pikachu, ne cessent de fluctuer et de grimper. Si pour certains il s’agit d’une passion ou d’une quête perpétuelle du full set absolu avec l’achat à outrance, d’autres ont bien compris que ce milieu de collectionneurs comprend aussi une récente vague de « teenagers » qui n’ont connaissance que de 20% des machines existantes et qui se mettent à acheter pour suivre la mode de leurs aînés. Peu scrupuleux, ce sont des proies parfaites pour acheter des objets contrefaits par simple curiosité ou par inadvertance. Nous pouvons remercier ce regain d’intérêt grâce aux nombreuses émissions peu qualitatives qui tentent maladroitement d’aborder le sujet dans des revival des années 80 ou 90. Je ne vais pas me pencher sur l’entièreté de cette bulle spéculative ni sur les différents types de collectionneurs car seul un aspect m’intéresse depuis quelques années : La contrefaçon rétrogaming qui est en somme caractérisée par la reproduction d’un élément protégé, visant à créer une confusion dans l’esprit du consommateur.

N-JOYPAD au look d’une Playstation avec de faux CD-ROM…

Famiclone et acolytes

« Power System 64 Games » ou « The super 64 » *

Depuis une trentaine d’années, il est relativement simple de mettre la main sur des copies de jeux ou de consoles, on retrouve énormément de « Famiclone » et autres consoles de l’URSS, véritable ovni du patrimoine vidéoludique. La raison de leur existence ? Dans certains pays, en particulier dans l’ancienne Union soviétique, en Afrique du Sud et en Equateur, la NES n’a jamais été officiellement commercialisée par Nintendo. Ces clones étaient alors les seuls systèmes disponibles.
Niveau spécificité, très souvent au design kitch et fusionnant plusieurs autres systèmes, les Famiclone sont des consoles-clone compatibles avec des jeux Famicom (Notre NES au Japon) et NES, mais c’est plutôt rare. Elles peuvent aussi intégrer une série de jeux hackés dérivés de Mario, Alex Kidd ou encore de Sonic. Les fameux « 100 games in 1 ». Parfois on y mixe deux licences pour donner des Pokémons Mario Like ou encore un Mario sous champi capable de carburer à la vitesse de Sonic dans un « Green Hill Zone » extended. Au final, très peu de ces systèmes sont ouvertement commercialisés comme « compatibles avec NES ». Certains des éléments de leur packaging comprennent des captures d’écran de systèmes plus récents et plus puissants qui sont des leurres pour duper l’acheteur. *Famiclone de Nintendo 64 où la manette est la console. Capable de lire les jeux Famicom authentiques et dotée d’une soixantaine de roms hackés. La manette ressemble un peu à la Namco NegCon pour PlayStation.

Alors c’est qui le véritable mougeon de l’histoire ?

Et ça se passe encore de nos jours ! Jetons un rapide coup d’œil aux récentes Nes Mini et Super NES Mini victimes de leur succès..
Ah, la folie du rétro ! Au vu des multiples sold out et de la spéculation grotesque qui s’en est suivie sur les sites d’enchères, pourquoi les copycat devraient s’en priver alors qu’il y a du bifton à se faire? Il n’aura fallu que quelques semaines pour voir les premières imitations de Nes Mini et SNES Mini apparaître au prix de 10 à 35$. Etant donné que ces copies de consoles sont très loin d’être autorisées et légales, leur qualité est variable, souvent des Plug n’ Play au nom à rallonge, les boites plagiées contiennent la console, dotée de deux manettes et une liste sans fin de roms hackées. La plupart de ces copies sont fabriquées extrêmement bon marché mais n’en sont pas moins d’excellentes petites consoles de salon si on omet qu’il s’agit tout de même de contrefaçon d’une marque ou de jeux. Nous ne sommes plus en 1990, les usines disposent d’une copie du master pour les moules et n’hésitent pas à faire fuiter des données techniques entre elles. Cela explique parfois la bonne qualité des sujets falsifiés, il y a toujours un peu de vrai dans le faux.

Famiclone de Mini Famicom avec 400 jeux intégrés, sortie AV achetée pour le comparatif avec l’originale.

Un novice pourrait s’y méprendre et facilement acheter une de ces nombreuses contrefaçons en pensant qu’il s’agit de l’originale. C’est ce qu’il se passe en ce moment avec de vraies fausses boites et des consoles chinoises bien imitées qui se retrouvent en vitrine de magasins spécialisés et même disponibles dans certaines grosses enseignes sous commande… Le comble non ?

Les finitions des manettes sont assez agréables, de bien meilleure qualité que la console en elle-même.

De l’Asie à l’Europe

Avec toutes cette cohue autour du « retrogaming », pour des personnes mal intentionnées c’est une occasion en or pour falsifier des consoles et revendre des fausses. Ce sont peut-être les mêmes qui diront sur des groupes Facebook que c’est la crise et qu’ils doivent liquider une partie de leur collection pour subvenir à leurs besoins mais que vous reverrez dans 6 mois refaits comme des sultans.
Si vous vous baladez sur des sites de ventes et d’import à l’étranger, vous avez déjà du croiser des copies de coques GameBoy, GameBoy Advance SP, Nintendo DS, 3DS, etc… Comme vous devez vous en douter, les modèles collector s’y trouvent facilement. Si cela s’avère être une chance pour réparer sa console fétiche malheureusement rongée par le temps, certaines personnes n’auront aucun scrupule à faire passer une coque de remplacement aux couleurs d’une édition limitée pour un modèle original « mint ».

Une liste de ce que l’on peut trouver sur internet comme kit complet avec étiquette, tournevis et boutons.

Est-ce qu’il y a une astuce pour débusquer le faussaire ?

Beaucoup de magasins proposent du refurbish, en d’autres termes du « remis à neuf ». Mais quelle confiance avoir en ce produit qui orne l’apparence d’une vraie pièce collector « sans boite » et qui pourrait être une coque plagiée achetée à moins de 10$ et vendue 4 à 10x son prix une fois montée sur une console d’occasion lambda ? Il y a de quoi faire frémir les collectionneurs ! Car ce mode opératoire n’est pas nouveau et il existe depuis au moins 2010 pour les coques de DS, GBA, GBA SP, GB,…

Pour les besoins de l’article, je me suis concertée avec Mika de chez Chip’n modz qui a su mettre la main sur deux consoles GameBoy Advance SP édition Zelda: L’une est entièrement originale, et l’autre est une console GameBoy Advance SP équipée d’une coque de remplacement aux couleurs de l’édition limitée Zelda, achetée sur le web. Travaillant dans le milieu du modding de console, je suis habituée à manipuler les machines et à les repeindre. Je me base donc sur mon propre vécu et mes connaissances pour l’analyse de ces deux pièces. 

L’authentique console.

Voici les différences les plus flagrantes entre ces deux modèles :

  • Premièrement, la couleur de la console. La teinte or est très différente sur le modèle avec la coque de remplacement. Elle est plus foncée et tire sur le jaune « ambre ».

  • S’ensuit le plastique utilisé, qui dépendra d’une usine à l’autre. Sensiblement identique pour le grammage, le modèle contrefait peut être un poil plus cheap au niveau des découpes (ou du démoulage) avec quelques résidus de plastique. Les écritures en reliefs et gravure sont parfois « bavées ».
  • La console une fois entre-ouverte, on remarque la sérigraphie de la triforce qui est de piètre qualité. Attention à ne pas prendre ce détail pour une usure. Une console utilisée comporte obligatoirement des rayures et marques d’usures et pas seulement à un endroit. Vérifiez les 4 côtés de la coque.

  • Passons aux charnières, les caches de celles-ci sur les côtés sont noirs pour l’édition originale et de couleur dorée sur la copie. Le plastique utilisé sur les consoles d’origine est extrêmement robuste.

  • Les caches vis de la partie supérieure ont également une teinte différente sur les deux consoles. La coque de remplacement possède des micro paillettes en transparence tandis que la vraie est juste beige, or sale.

  • Et le détail ultime, l’étiquette ! Elle est une véritable galère à enlever sur une console originale. La colle utilisée sur les copies n’est pas terrible et parfois elle se décolle. Il n’y a pas non plus de sigle « CE » car ces étiquettes plagient les versions japonaises référencées C/1GS-JPN. Le papier est plus fin, moins brillant et il suffit de gratter un coin pour constater que l’impression est vraiment bas de gamme. Les impressions originales étaient sur un film à tendance argenté, chromé. Pour le logo faussement estampillé Nintendo sur le dessus, la finesse des lettres étant approximative ainsi que la typo utilisée démontre aussi qu’il s’agit d’une coque non officielle.

Au moindre doute lors d’un achat d’une console collector, n’hésitez pas à bien vérifier les différents points évoqués plus haut.

Le rétro du cœur

Cette comparaison citée plus haut est valable pour beaucoup de modèles, l’un des premiers signes trompeurs est la sérigraphie (l’impression) sur la coque et ensuite l’étiquette.
Bien évidemment, tout n’est pas à réfuter dans cet article, les coques de remplacement s’avèrent fort utiles pour réparer une console qui a subi des dégâts. C’est aussi le terrain de jeu des moddeurs de consoles mais il faut garder à l’esprit que tout ce que vous achetez en vrai ou sur la toile, n’est pas forcement authentique. Il est toujours bien plus agréable d’acheter une console que l’on espère vraiment neuve malgré qu’elle soit équipée d’une coque à l’origine discutable. Il est propre à chacun de préférer une console avec du vécu et certifiée vraie ou au contraire opter pour la coque de remplacement. Dans tous les cas, le plus important n’est pas la valeur pécuniaire de cet objet mais les souvenirs et le bien qu’il peut vous apporter si vous êtes vraiment un nostalgique !

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Vadu Amka

Rédactrice et tagueuse de salle de Press.
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