Quand FromSoftware a lâché Demon’s Souls en 2009, nous avons vécu sans le savoir une transition vers une nouvelle ère dans le jeu vidéo. Chaque recoin dissimulait une embuscade, chaque pas pouvait mener à une mort brutale, et le studio japonais a enchaîné depuis une série de titres qui ont marqué les esprits. Dark Souls II et III ont affiné la formule, Bloodborne a injecté une dose de gothique victorien, Sekiro a imposé ses duels au katana avec une précision chirurgicale. Puis arrive Elden Ring en 2022, fruit d’une collaboration inattendue entre Hidetaka Miyazaki et George R. R. Martin, et le monde s’est littéralement ouvert : des plaines balayées par les vents aux cryptes enfouies, un univers où la mort n’est qu’un détour. Le jeu explose les compteurs, dépasse les 30 millions d’exemplaires vendus d’après les chiffres d’avril 2025, et nous laisse tous en demande de plus.


Shadow of the Erdtree débarque en 2024 pour combler ce vide, une extension qui nous propulse dans un territoire neuf gorgé de secrets et d’abominations. Des millions d’heures passées à fouiller ses recoins, à affronter des boss encore plus monstrueux, à décrypter les mystères tissés par l’équipe. Une fois l’aventure bouclée, la nostalgie frappe fort, ce sentiment d’avoir quitté un monde qui continue de vivre sans nous. Mana Books saisit cette opportunité et publie L’Art de Elden Ring Shadow of the Erdtree, un artbook officiel sorti le 16 octobre 2025, 320 pages au format 210 x 297 mm, proposé à 39,90 €, en nous invitant à revisiter visuellement ce que nous avons exploré manette en main.
Nous sommes donc invité à replonger tête la première dans l’Entre-Terre, mais cette fois à travers le prisme pur de l’art. Presque aucun texte ne vient perturber le flux, juste quelques légendes en français pour guider le regard. Les illustrations dominent, souvent étalées sur double-page, et nous confrontent à des paysages tourmentés où la lumière peine à percer les voiles d’ombre. Imaginez à nouveau des vallées fissurées par des forces anciennes, des châteaux en ruine envahis par une végétation maléfique, des horizons où le ciel semble peser sur la terre comme une malédiction. Ces environnements, nés des crayons de talents comme Masanao Katayama, Tsutomu Kitazawa ou Hirotaka Touyama, révèlent leurs concepts initiaux : croquis rapides qui capturent l’essence d’un lieu avant qu’il ne prenne forme dans le jeu. Nous voyons les itérations, les ajustements qui transforment une idée brute en un tableau vivant où chaque détail raconte une histoire.

Le bestiaire occupe une place centrale, et là, l’artbook déploie une galerie de créatures qui nous ont fait suer sang et eau. Les dessins conceptuels montrent les étapes de création, des silhouettes basiques aux versions finales bardées de textures organiques et métalliques. Les ennemis mineurs ne sont pas en reste, avec des variantes qui enrichissent le lore : des spectres errants aux armures fissurées, des insectes géants aux carapaces luisantes. Chaque illustration met en lumière les choix artistiques, comme l’usage de tons gris et noirs pour accentuer la désolation, fidèle à l’univers de FromSoftware où la beauté naît souvent de la laideur.



Les personnages suivent, et nous redécouvrons ces figures qui ont croisé notre route dans l’extension. Des alliés ambigus aux traits marqués par les épreuves, des antagonistes dont les armures racontent des batailles oubliées. Les armes et objets ferment la boucle : épées courbées aux lames irrégulières, boucliers ornés de symboles runiques, artefacts imprégnés de magie ancienne. Artistes comme Yusuke Kitai, Yuma Wakisaka ou Ryusuke Nagano signent ces designs, coordonnés par des studios tels que Creek & River Co. ou Visual Flight Co. Le collectif transpire dans chaque page, une synergie qui élève l’ensemble au-delà d’une simple compilation.


L’ouvrage se structure donc en six chapitres qui dissèquent méthodiquement cet univers. Le premier nous immerge dans les galeries de paysages, où les ambiances du Royaume de l’Ombre s’étendent sans fin. Viennent ensuite les concepts d’environnements, révélant les brainstormings initiaux. Le bestiaire suit, puis les sections sur les personnages, armes et objets, chacune offrant une profondeur qui invite à la contemplation prolongée.
La production suit le rythme : papier épais qui résiste, impression nette qui capture les subtiles dégradés, reliure solide qui permet de feuilleter sans crainte. À 39,90 €, il s’intègre parfaitement dans une bibliothèque aux côtés de figurines ou d’autres artbooks, un trophée tangible pour ceux qui ont vaincu Messmer ou exploré les profondeurs de l’Abysse.
Pourtant, tout n’est pas parfait. Les tons dominants, ce noir profond et ces gris anthracite, restent loyaux à l’esthétique du jeu, mais sur papier, ils absorbent parfois la lumière. Dans une pièce tamisée, certains détails se fondent dans l’ombre, demandant un éclairage ajusté pour pleinement émerger. Un choix cohérent avec l’univers, mais qui peut frustrer un peu.
Nous tenons entre nos mains un fragment du Royaume de l’Ombre, un portail visuel qui ravive les souvenirs de quêtes ardues et de victoires arrachées. Pour quiconque a arpenté ces terres, c’est un retour essentiel, et pour les curieux, une nouvelle porte d’entrée vers ce que FromSoftware excelle à créer.