Test : Kingdom Come Deliverance – Henry le fils du forgeron est venu vous chercher

La Bohême finie à la truelle

Un RPG médiéval qui se targue d’être très fidèle et réaliste, voilà ce que promettait Kingdom Come Deliverance, premier titre de Warhorse. En tout honnêteté, je m’attendais à un titre en monde ouvert un peu buggé et fort vide, doté d’un système de combat très complexe le tout dans un souci de réalisme qui aurait pu embourber le jeu. Et à ma grande surprise, et sous sa montagne de problèmes, il n’en est rien.

Apprêtez-vous à incarner Henry, un simple fils de forgeron illettré en quête de vengeance

Henry le fils du forgeron

On va toute de suite évacuer le sujet du Whitewashing, que Warhorse aurait pu opérer sur la population de la Bohême médiévale. Alors je suis sans doute naïf, mais sous ses explications foireuses, je doute réellement que Daniel Vávra  – fondateur de Warhorse – se soit lancé dans un révisionnisme volontaire en excluant toute population de couleur ou d’ethnie différente des 15 kilomètres carrés que constituent le terrain de jeu de Kingdom Come Deliverance. Chacun se fera une idée précise à l’aune de ses connaissances historiques, les miennes étant insuffisantes pour m’enfoncer dans le débat, et ce n’est pas le sujet de cet article. Le jeu est bel et bien réaliste dans son approche, mais comme on va le voir, pas forcément dans les faits.

L’intro nous place rapidement dans le contexte historique

La recréation de la région de Bohême du XVème siècle semble en tout cas assez éloignée des poncifs vidéoludiques habituels pour y trouver un réel intérêt. On y incarne Henry, un simple et quelque peu oisif fils de forgeron dans un petit village tchèque alors que le jeune roi Wenceslas Ier est victime d’un coup d’état orchestré par son frère Sigismond de Hongrie, que les nobles – courroucés par le comportement irresponsable de leur dirigeant – sont venu chercher. Mais Sigismond y voit là une parfaite opportunité d’envahir la région et mettre main basse sur les terres de son frères, pillant et rasant plusieurs villages, dont celui d’Henry, qui y voit périr parents et promise.

Le titre prend bien le temps d’installer son histoire et de nous immerger dans la peau d’Henry. Et sans doute de la manière la plus douloureuse qu’il soit, puisqu’en quelques heures, nous aurons déjà fuit le village, échappé aux gardes, volé un cheval et parcouru des lieues poursuivi par les envahisseurs avant de trouver un petit refuge. L’occasion pour tous les systèmes de jeu de se mettre peu à peu en place de manière naturelle. Mais ne vous imaginez pas que cela sera un prologue assisté et une partie de plaisir. La simple fuite de son village m’a causé plusieurs morts frustrantes car – à l’image d’Henry – nous sommes lâchés dans la nature avec une épée dont nous ne savons pas nous servir et poursuivis par des soldats qui voient en vous une menace à éliminer. Si j’ai pesté dans ce prologue, je me rend compte avec le recul à quel point il était bien pensé.

Le Codex est très fourni et vous prodiguera tout un tas d’infos utiles

Il nous fait oublier en quelques heures toutes nos habitudes de jeux dans des RPG traditionnels pour nous confronter à des situations plus réalistes. Nul Geralt de Riv ici capable d’occire une bande de brigand sans transpirer. Juste Henry, qui fait comme il peut face à un seul adversaire. Nous voilà bien vite sur les routes bien décidé à enterrer ses parents, à fouiller les cadavres à la recherche de quelques objets ou nourritures utiles en affrontant ça et là quelques voleurs venus profiter du chaos.

Réalisme

Courrir derrière le cheval de mon seigneur à l’aube pour la chasse… j’en rêvais

Là où Kingdom Come Delivrance peut sans doute troubler, c’est sur l’emploi du terme “Réalisme”. On aura tôt fait de trouver des éléments erronés historiquement parlant mais, comme dans à peu près toute oeuvre, des concessions ont été faites pour que le titre soit plus agréable à parcourir. Ainsi, on verra vite qu’il est impossible pour un fils de forgeron illettré d’intégrer en l’espace de quelques jours la garde privée d’un seigneur local. Néanmoins, un véritable travail a été réalisé sur un très grand nombre de paramètres pour que toute action ou situation réponde à quelque chose de réaliste. Ainsi, inutile d’essayer de lire une recette : Henry est illettré, il lui faudra d’abord trouver quelqu’un susceptible de lui apprendre à lire. Inutile aussi de s’attendre à être gratifié d’une épée pour ses beaux yeux (au-delà du prologue) puisque les armes coûtent cher. Il vous faudra la gagner ou la voler, mais attention… si la première épée qui m’a été donnée n’était qu’un genre de hachoir de chasse (offerte lors d’une sortie alors que je courais derrière le cheval d’un noble parti aux aurores à la chasse- si je vous jure) j’ai bien tenté d’en voler une aux gardes pendant la nuit, mais les lieux étant interdit à tout étranger et que les gens s’offusquent quand on rentre chez eux fouiller leurs placards, impossible de repartir avec le moindre butin.

L’ambiance générale, le gameplay et l’expérience globale compensent les trop nombreux bugs

Sans être éblouissant, le jeu est agréable à regarder

Et encore, si par chance je parvenais à crocheter un coffre et  m’emparer de son contenu, je devais faire des lieues à la recherche d’un meunier pour refourguer les objets de mon larcin, sous peine d’être fouillé et que les objets volés soient reconnus en ville. Aussi, je devais faire attention à mes interlocuteurs. Être propre et soigné avant de s’adresser à des nobles est la base, là où être sale et avoir des vêtements tachés de sang impressionne les voyous et effraye les paysans… Tout un tas de petits sous-systèmes viennent soutenir l’expérience de Kingdom Come Deliverance comme autant de situations logiques dans la vie réelle, à l’image du simple fait de boire, manger, dormir et se soigner. L’argent ne se trouvant pas non plus sous les sabots d’un cheval, les transactions avec les marchands permettent – à la revente comme à l’achat – de négocier les prix dans une certaine mesure. Restez ici réaliste en demandant une petite ristourne et elle sera le plus souvent acceptée. Poussez le bouchon un peu trop loin et le marchand vous tournera le dos. Usez et abusez du marchandage, vous gagnerez à chaque fois une ou deux piécettes qui viendront bien à point plus tard.

Même constat pour les combats, puisque ceux-ci répondent à un système précis et un peu abrupte pour les joueurs. Loin des habitudes du genre, les combats demandent au joueur de rester sans cesse en mouvement, de parer les coups d’épée et de frapper en tranche ou en estoc son adversaire tout en feintant et en surveillant son endurance. Très ingrat au départ, les combats en 1 contre 1 se révèlent assez grisant et gratifiants au fil des heures, et une mauvaise rencontre sur la route n’est jamais anodine ou simple à gérer. De même, partir à l’assaut d’un camp de brigand seul relève du suicide et l’on privilégiera sans doute l’approche fourbe en empoisonnant leur nourriture pendant leur sommeil et revenir plus tard fouiller les cadavres.

Apprenez bien les bases du combat, cela devient après quelques temps un véritable plaisir

Chaque action menée aura des répercussions en Bohême mais aussi dans votre feuille de personnage. Si – à l’image de la lecture ou le vol à la tire – certaines capacités sont d’abord à apprendre de quelqu’un, le reste de vos compétences gagneront en efficacité au fil de leur utilisation. La chasse, l’éloquence, l’équitation et  bien d‘autres évolueront suivant une règle simple : plus une compétence est utilisée – même mal – plus elle évolue et plus vous pourrez y dépenser des points pour apprendre de nouvelles spécialités. Le combat ne fait pas exception, puisque votre maîtrise d’une arme découlera directement de votre expérience avec elle et débloquera des bottes secrètes et des combos.

La loi de l’épée

A l’image de For Honor, Kingdom Come Deliverance propose un système de combat un peu particulier. En effet, une fois un combat engagé, une étoile apparaît au centre de l’écran. Si l’estoc permet de frapper droit devant vous et permet d’agresser de manière continue votre adversaire, les coups peuvent être portés suivant l’angle d’une des 5 branches de l’étoile. A vous de lire les mouvements de votre adversaire, de vous défendre au bon moment et de porter un coup là où sa garde est faible. Il est également possible de feinter, en levant par exemple votre arme au-dessus de votre tête et en modifiant l’angle au moment de porter l’attaque. Particulièrement efficaces, ces feintes prennent un peu de temps à être maîtrisées, et peuvent en outre être accompagnées de combos à débloquer avec vos points de compétences.

N’oubliez pas de conter fleurette à la fille du Meunier…

On ne saurait d’ailleurs que trop vous conseiller l’utilisation de hallebardes surpuissantes, mais très compliquées à se procurer. Même constat pour l’archerie puisque – souci de réalisme oblige – aucun pointeur ne viendra vous aiguiller, vous devrez viser à l’oeil. Les plus acharnés et experts useront des flèches pour tuer un ennemi de loin avant de s’attaquer aux autres, mais comme dans la vie réelle, cela va demander beaucoup de pratique.

De façon surprenante, le jeu est très scénarisé et on voyage en Bohême au fil des histoires et de la centaine d’affaires à résoudre, une carte de 15km², on ne reste jamais perdu à ne savoir que faire puisqu’il y a toujours quelque chose à découvrir, une quête à lancer ou quelque chose à apprendre dans Kingdom Come Deliverance. Le Codex est lui-même très fourni avec pas moins d’une vingtaine de tutoriels, des fiches de personnages très complètes, des fiches sur les lieux, l’histoire générale, les us et coutumes de l’époque… bref tout pour se familiariser avec l’univers du jeu. A noter que la carte – visuellement très jolie au demeurant – propose des voyages rapides sans toutefois user de la téléportation puisque voyager comme cela vous affichera Henry évoluer sur la carte du monde, au gré des rencontres, jusqu’au lieu visé.

La carte du monde se rempli et se dévoile au fil de vos voyage et est une vraie réussite visuelle

En terme plus technique, sur PS4 standard du moins, le jeu reste joli et agréable, même si les textures tardent à s’afficher, que le jeu passe inexplicablement en anglais lors de certains dialogues et que le système de sauvegarde est assez restrictif les premières heures. En effet, pour sauvegarder votre partie, Henry devra passer une nuit complète dans une chambre lui appartenant (ce qui nous donnera l’occasion d’aller compter fleurette à Thérèse une fois de temps en temps) – et j’insiste sur le mot “complète” puisqu’une simple sieste ne suffira pas, ou compter sur le Schnaps du Sauveur, une boisson rare à usage unique qu’il est possible d’acheter parfois ou de créer soi-même avec les compétences ad hoc et qui permet de sauvegarder à n’importe quel moment…

Voir Henry dispenser un sermon à l’église complètement bourré est un moment de pur malaise

Mais passé le prologue, les choses sont moins rébarbatives et le jeu étant au final très scénarisé, il sauvegardera tout seul après certaines séquences de manière plus rapprochée. Les musiques aux sonorités d’époque sont très agréables à l’oreille et les doublages français sont de qualité avec notamment les doubleurs français d’Elijah Wood, de JCVD (Yay \o/), de James Franco, Jack Black, Liam Neeson, Michelle Rodriguez. En bref, des doubleurs qui connaissent leur travail, et non des amateurs. Il fallait bien utiliser le budget pharaonique récolté sur Kickstarter par Warhorse qui – pour rappel – dépassait le million.

Pour finir, et même si l’ambiance générale, le gameplay et l’expérience globale compensent largement, les trop nombreux bugs en feront rager plus d’un, tout comme l’IA parfois complètement demeurée, parfois hyper agressive, les temps de chargement très longs, le crochetages à la limite du supportable manette en main et les approximations visuelles (textures qui chargent tardivement, apparition tardive du décor, dialogues dans des positions excentriques…).

Conclusion

On a pesté sur Kingdom Come Deliverance, mais ses indéniables qualités et l’originalité de la proposition de Warhorse prennent le pas sans mal sur les carences techniques qui seront réglées au fil des mois à coups de patches. Oui, le jeu aurait gagné à avoir quelques mois de développement supplémentaires (les 30Go de patch Day One sont là pour en témoigner), mais une fois l’aventure en main, il devient très difficile de décrocher, Henry menant sa petite vie sur la vaste carte, au grès des rencontres, et des découvertes. C’est sans doute le premier jeu qui réussit si bien à retranscrire un sentiment de réalisme sur la plupart des éléments de gameplay tout en offrant beaucoup d’informations sur les lieux et l’époque. A ce titre et parce qu’il est vraiment bien fichu, on vous recommande Kingdom Come Deliverance, malgré ses tares.

Temps de lecture : environ 7 minutes

Kingdom Come Deliverance

  • Développeurs Warhorse
  • Type RPG
  • Support PS4, PC, Xbox One
  • Sortie 13 Février 2018
Kingdom Come Deliverance à notre sauce
8/10
Kingdom Come Deliverance à notre sauce
Y'a bon
  • Le moyen-âge comme si on y était
  • La qualité des doublages
  • Des systèmes pertinents pour tout
  • Une grosse durée de vie
  • Le rythme général
Beuuuuwark
  • Des bugs... partout \o/
  • Le système de sauvegarde un peu casse-co**lle
  • Réaliste sauf quand ça l'arrange
  • Technique
    5/10
  • Esthétique
    8/10
  • Ergonomie
    6/10
  • Audio
    9/10
  • Contenu
    9/10
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Tests jeux
Xavier Henry - Titiks

Joueur trentenaire assumé et 2AM Father confirmé, fan de tout ce qui est capable de lui raconter une bonne histoire, touche à tout invétéré et dévoué à l'univers console depuis la MegaDrive de sa jeunesse, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée.
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