Le premier opus, sorti en 2021, m’avait déjà un peu surpris avec son mélange improbable de rythme, de RPG et d’absurdité existentielle. Everhood 2 promettait de pousser le concept encore plus loin. Et franchement, il ne ment pas sur la marchandise : entre ses combats dopés à l’adrénaline, ses visuels qui vous explosent littéralement la rétine et une narration qui semble écrite sous acide, le jeu m’a embarqué dans un périple déroutant. Mais pour être honnête, tout n’est pas rose dans cet univers bariolé.

Un point de départ qui donne le ton

Dès les premières minutes, Everhood 2 vous balance dans le grand bain sans bouée, dans la peau d’un être lumineux. À peine a t-on le temps de s’habituer qu’un corbeau mystérieux, Raven, vous sauve d’une rencontre fâcheuse avec le noyau du mal universel. Oui, rien que ça. En échange,il vous demande de devenir plus fort, terrasser un dragon, et ensuite vous attaquer à ce mal absolu. Simple sur le papier, mais la réalité est bien plus tordue. Direction une ville étrange, avec un hôtel dont les chambres sont des dimensions de poche abritant des figures comme Carl Jung ou Raspoutine. Ça part fort, loin, et ça ne s’arrête jamais.

Ce qui perturbe, c’est le mélange des tons absurdes et philosophiques. On dirait un trip dans lequel on se forge sa propre identité, un peu comme si le jeu demandait de sculpter votre personnalité à coups de décisions et de combats. Mais parfois, il retourne tout ça avec une ironie mordante, comme pour vous dire que rien n’a vraiment de sens. Tout compte, et quand tout compte, plus rien ne compte vraiment. Ça m’a fait cogiter, mais ça m’a aussi laissé un goût d’inachevé.

Si le premier Everhood m’avait marqué avec ses combats basés sur le rythme – esquiver des notes colorées façon Guitar Hero inversé –, cette suite revoit la formule en profondeur. Fini le simple “absorbe deux notes et tire”. Ici, nous pouvons accumuler autant de notes que l’on veut d’une même couleur pour balancer des attaques dévastatrices. Chaque arme a ses spécificités – la hache rouge cogne dur, les dagues bleues misent sur la vitesse – et absorber la bonne couleur décuple les dégâts. Ça donne une couche stratégique qui oblige à rester alerte, loin du pilotage automatique du premier jeu.

En empilant les notes, on débloque des effets spéciaux : brise-armure, vol de vie, ou des coups surpuissants capables de plier un boss en une frappe. Lors de première rencontre certains boss, on peut passer du temps à peaufiner une stratégie, alternant entre absorption prudente et prises de risques pour maximiser les combos. Ça peut être assez éprouvant. Mais mémorable.

Mais tout n’est pas parfait. Les combats plus avancés jouent avec vos sens : flou, contrastes qui dansent, visibilité réduite. Si ça renforce l’ambiance psychédélique, ça m’a aussi valu des erreurs bêtes, surtout quand les notes s’enchaînent à un rythme infernal. Mes yeux ont pris cher, et même avec l’option d’accessibilité pour les sensibles aux flashs, ça reste intense. On sent que Foreign Gnomes a voulu repousser les limites, mais parfois, ça frôle l’excès.

Parlons musique, parce qu’un jeu rythmique sans une bande-son solide, c’est comme une Nintendo sans Mario. Everhood 2 livre un cocktail éclectique : des beats électro entêtants, des riffs métal qui cognent, et des mélodies tordues qui collent à l’ambiance. Le thème du dragon, avec ses basses lourdes et ses montées brutales, m’a scotché à chaque tentative. Pareil pour les affrontements contre Lucy ou les slimes sanguinaires – chaque piste a une personnalité qui donne vie aux combats.

Cela dit, certains morceaux abusent des effets de distorsion et de static. J’aime bien l’idée d’une bande-son qui reflète le chaos du jeu, mais quand le mix devient trop brouillon, ça perd en clarté. Et puis, plusieurs ennemis partagent des thèmes similaires avec juste des ajustements mineurs. À force de boucler sur les mêmes régions, j’ai senti une pointe de lassitude. Dommage, parce que le potentiel est là.

Une narration qui part dans tous les sens

Côté histoire, je vais être franc : j’ai du mal à savoir ce que j’ai vécu. Dans le premier Everhood, je suivais Red, un être qui libérait des immortels lassés de leur existence éternelle. Le récit avait un début, un milieu, une fin, et une vraie réflexion sur l’immortalité. Ici, c’est une autre paire de manches. Je traverse des dimensions, je libère une civilisation alien d’oppresseurs comme des requins anthropomorphes, je participe à une révolte dans un royaume végétal, je deviens “Juice Master” dans un tournoi absurde… et tout ça avant même d’affronter le dragon, que je peux techniquement défier dès le début – mais bonne chance pour gagner sans préparation.

Le jeu oscille entre absurdité pure et questionnements profonds sur la vie, la mort, ou la conscience. Un moment, je discute avec des êtres interdimensionnels dans un musée d’art ; l’instant d’après, je me bats contre des tigres en costard. Ça m’a amusé, mais ça m’a aussi perdu. Contrairement au premier opus, où chaque personnage avait une histoire qui s’imbriquait dans le tout, ici, les rencontres – Sam, Irvine, Lucy – semblent jetées au hasard.

J’ai essayé de recoller les bouts, surtout avec ces faux endings qui me ramènent sans cesse au début. Le bus du premier jeu refait une apparition fugace, comme un clin d’œil, mais ça ne suffit pas à me raccrocher. À force, je me suis demandé si le but était justement de me laisser dans le flou, de me pousser à trouver mon propre sens.

L’exploration dans Everhood 2 m’a d’abord séduit. Les couloirs tordus, les clubs de danse psychédéliques, les ascenseurs secrets – chaque zone a une vibe unique. Les sprites minimalistes et les portraits détaillés des personnages en combat montrent un vrai soin artistique. J’ai aimé me perdre dans ces dimensions, croiser des références à des créateurs de contenu ou des memes qui m’ont arraché un sourire. Mais à la longue, ça tourne en rond. Les mêmes ennemis reviennent trop souvent, et les missions de survie de 15 minutes – qu’on peut esquiver en échouant volontairement – m’ont gonflé. J’ai passé une dizaine d’heures à chercher des secrets, débloquer des chemins cachés, et pourtant, je n’ai jamais eu l’impression d’avancer dans une direction claire.

D’un côté, les combats m’ont scotché avec leur intensité et leur évolution maligne. Les moments où je terrassais un boss d’un coup bien placé, bercé par un riff métal, restent gravés dans ma mémoire. De l’autre, l’histoire m’a largué, et pas toujours dans le bon sens. Là où le premier jeu m’avait ému avec ses immortels désabusés, celui-ci m’a noyé sous un déluge de concepts sans fil conducteur.

Everhood 2


SupportsPC, Switch
GenreAventure, Rythme
Date de sortie4 mars 2025
ÉditeurForeign Gnomes
DéveloppeurChris Nordgren
Jordi Roca
MultiNon


  • Les combats rythmiques, plus stratégiques et dynamiques que jamais.
  • Une bande-son variée qui colle à l’ambiance, avec des thèmes mémorables.
  • Une direction artistique qui ose.
  • Des moments de pure adrénaline, surtout contre des boss comme Lucy
  • Une narration éclatée qui peine à trouver un sens.
  • Des visuels parfois trop agressifs.
  • Une répétitivité dans les ennemis et les zones.
  • Certains effets sonores trop distordus.
  • Un manque de lien avec le premier jeu, malgré quelques clins d’œil.

Everhood 2

Titiks

L’avis de Titiks sur PS5

En bref

Si vous avez adoré le premier Everhood, cette suite vaut le détour pour son gameplay affûté et ses éclats de génie. Mais si vous cherchez une expérience aussi cohérente et poignante que l’original, vous risquez de rester sur le carreau.

3.5
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Titiks

Quadra assumé, daron de 3 apprenties gameuses, fan de tout ce qui est capable de raconter une bonne histoire. Touche-à-tout, mais surtout de bonnes aventures qui savent surprendre, et dévoué à l'univers console depuis que Sega était plus fort que tout, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée #2AMFather.

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