Poser une enceinte sur son dossier de chaise et l’appeler « immersive cushion », voilà qui aurait de quoi faire sourire n’importe quel joueur un peu blasé des gadgets RGB. Et pourtant, c’est très exactement ce que propose Razer avec le Clio – un objet qu’il est difficile de classer proprement quelque part.
Razer, depuis quelques temps, aime sortir des sentiers battus. Après un coussin haptique Freya, la marque est revenue avec ce drôle de mélange entre appui-tête et enceinte. Deux haut-parleurs de 43 mm, une vraie mousse de coussin et au milieu, ce logo Razer légèrement en relief qu’on ne sent même pas quand on pose la tête dessus. Sur le dos, les membranes sont protégées par une couche de silicone plutôt que par du plastique. En haut du boîtier, on trouve tous les réglages : volume, alimentation, un bouton EQ pour basculer entre les préréglages films, musique et jeux, et un sélecteur de source entre Bluetooth et une connexion 2,4 GHz via dongle USB-C. Côté autonomie, Razer annonce 14 heures, ce que je confirme globalement dans les faits par une semaine d’utilisation. La recharge prend deux à trois heures pour retrouver de quoi tenir une dizaine d’heures de plus.




Une histoire… de sangles
Avant toute chose, je veux mettre un truc au clair : Un simple élément risque de poser problème, et il arrive vite au moment de fixer le Clio à son siège. Il y a deux sangles à l’arrière, ajustables, avec un petit clip en plastique. Sur le papier, rien de sorcier. Mais dans la réalité, tout dépend de la chaise. Sur un modèle plus petit, une seule sangle suffit à positionner correctement le coussin au niveau des épaules. Mais sur mon siège par exemple (un Trust Riye) seule la sangle du haut parvient à s’accrocher. Résultat : le Clio pend, mal aligné, et il faut carrément se tasser dans son siège pour profiter de l’angle prévu par les ingénieurs. Debout, ou plutôt assis droit, la tête tape directement sur la partie rigide plutôt que sur le rembourrage. Clairement, ce n’est pas adapté à tous les sièges, même si on peut suivant les cas moyenner un peu…

Même chez ceux dont la chaise accepte les deux sangles, un autre souci revient : l’appareil dépasse un peu trop vers l’avant. Résultat, quand on se cale bien au fond du siège, le bas du coussin vient presser dans la nuque. La parade ? Ajouter un coussin derrière soi pour combler l’espace. Mais c’est vraiment tributaire de votre chaise.
Une fois casé (tant bien que mal), le Clio se pilote depuis Synapse. Là, deux façons de l’utiliser : en mode primaire, comme une simple paire stéréo gauche-droite, ou en mode surround, associé à d’autres enceintes classiques par exemple. Dans ce second cas, le Clio prend le rôle du canal arrière. On peut alors régler indépendamment le volume et l’égalisation de chaque enceinte, avant et arrière, ajuster l’alignement temporel si besoin, même si, dans les faits, ce dernier réglage s’avère rarement nécessaire, les deux sources restant naturellement synchronisées.
Le vrai potentiel du Clio se révèle avec THX Spatial Audio. Utilisé seul comme source principale dans l’application, l’appareil délivre un son étonnamment convaincant, capable de faire illusion sur un film entier. Car oui, comme à mon habitude, je me suis dis « hey, ça pourrait être sympa de le fixer sur un gros coussin moelleux, de me coucher dessus dans mon canapé et de me refaire Fast and Furious ». Ne me jugez pas, c’est pour la science… hem… On profite bien des vrombissements des moteurs, des vibrations générées par les enceintes, d’une certaine spatialisation, et surtout, les voix sont correctement gérées, sans être éteinte par les musiques ou la bande sonore. J’en ai également profité pour regarder le dernier V/H/S:Mixtape et Distorsion, j’ai passé un bon moment je dois dire, et ça a l’avantage de pouvoir profiter du son d’un film sans réellement trop déranger votre entourage.
Sur le terrain du gaming, les jeux à ambiance sonore travaillée tirent clairement leur épingle du jeu. Sur Cyberpunk 2077, les passants et la circulation se déplacent bien à travers les canaux en fonction de l’orientation de la tête. Sur Resident Evil 2, un zombie qui grogne se fait entendre distinctement, tantôt à gauche, tantôt à l’arrière droit, selon la caméra. Sur Ace Combat, on se sent un peu dans TopGun. La contrepartie, sans surprise : les basses et médiums restent en retrait par rapport à une vraie config de bureau, le Clio assumant surtout un rôle d’appoint spatial plutôt que de porteur principal du mixage. Notez que le Clio se branche avec un dongle USB-C pour éviter toute latence, donc prévoyez un adaptateur si comme moi vous comptez l’utiliser sur NVidia Shield…


Utilisé en mode Bluetooth pur, en autonome, avec une console portable, le Clio change complètement de registre. Là, plus de comparaison avec un système surround, juste une petite enceinte nomade, bien pratique pour un peu de Diablo ou de Mario Kart sans réveiller toute la maison. Le léger délai Bluetooth, inévitable sur ce type de connexion, passe totalement inaperçu sur des jeux sans dialogues synchronisés à l’image.
Niveau logiciel toujours, Synapse traîne son lot de petites contrariétés: un volume affiché au maximum alors que le son reste anormalement bas, des réglages qui ne semblent pas toujours se répercuter correctement selon la source active. Rien de rédhibitoire, mais assez pour rappeler que l’expérience logicielle Razer n’a jamais été son point fort.
Reste la question qui fâche : le prix affiché à 200€. Une somme conséquente pour un accessoire qui ne remplace ni un vrai casque, ni un vrai système d’enceintes, mais qui vient plutôt se glisser entre les deux. Sur ce terrain, la comparaison avec un casque milieu de gamme tourne vite à l’avantage du casque en matière de fidélité sonore pure. Le Clio se justifie ailleurs : dans le confort d’un usage prolongé sans rien sur les oreilles, dans l’appoint surround pour qui n’a pas la place ou l’envie d’installer des enceintes arrière physiques, ou tout simplement dans le plaisir un peu absurde d’un gadget qui sort des sentiers battus du clavier-souris ou du casque.
Le Clio n’est clairement pas pour tout le monde. Il lui faut la bonne chaise, la bonne installation, et une bonne dose de patience avec Synapse. Mais une fois ces conditions réunies, il tient une promesse qu’on n’attendait pas forcément : celle de transformer un simple fauteuil de bureau en dossier qui, littéralement, vous enveloppe de son.