Je me suis plongé dans System Universe, le premier tome d’une série signée SunriseCV, et je dois dire que l’expérience m’a surprise. Ce roman, ancré dans le genre LitRPG, m’a embarqué dans son action, mâtinée de stats, tout en m’offrant une réflexion sur ce que signifie être un héros dans un monde où les règles du jeu dictent la survie. Si vous cherchez une aventure avec un héros surpuissant mais humain, cette série publiée chez Lorestone pourrait bien vous parler.
Un monde fracturé par le système
Imaginez un monde où tout à coup, des écrans de stats, des points de vie, de force ou de dextérité s’affichent dans votre tête, où des monstres surgissent de nulle part, et où chaque action peut vous faire grimper de niveau. C’est le point de départ de System Universe. La planète entière devient un terrain de jeu mortel, où les humains doivent s’adapter à ces nouvelles règles pour survivre. Mais l’intrigue assez classique ne s’arrête pas là.
Derek Hunt, le héros, se retrouve projeté dans un autre monde, avec un système différent, où tout ce qu’il a construit – ses niveaux, ses compétences – s’effondre. Enfin, presque. Car Derek conserve ses statistiques monstrueuses, équivalentes à celles d’un personnage de niveau 150, tout en redémarrant à zéro. Ce twist m’a tout de suite accroché et rapelle les New Game + de nombreux jeux.
Ce nouvel univers, très médiéval avec ses royaumes, ses nobles arrogants et ses villages rustiques, contraste violemment avec la Terre moderne d’où vient Derek, qui se balade en jeans et t-shirt. J’ai aimé cette sensation d’un héros qui ne s’intègre pas tout à fait, mais qui impose sa marque par sa force brute et son sens de la justice. Le monde est vaste, vivant, et les descriptions, bien que simples, suffisent à planter le décor. On sent les odeurs de la forêt, la tension des combats, et l’injustice sociale qui hérisse Derek. C’est un cadre parfait pour une histoire qui ne s’encombre pas de détails inutiles, mais qui va droit au but.
Parlons du héro. Ce type, c’est une montagne. Sur Terre, il frôlait le sommet de la hiérarchie, avec un niveau 87 et des stats dopées par des récompenses uniques – premiers donjons, exploits héroïques, vous voyez le topo. Mais ce n’est pas juste un bulldozer. Derek est un mec qui a toujours tout fait en solo, que ce soit dans la vie ou dans ce « jeu » qu’est devenue l’existence. Pourtant, quand il atterrit dans ce nouveau monde, quelque chose change. Il croise Thomas, un gamin de douze ans poursuivi par des loups, et décide de le sauver. Ce geste, presque instinctif, marque le début d’une transformation. Derek, le guerrier endurci, commence à tisser des liens. La mère du gamin, ses grands-parents, quelques survivants d’une horde de bêtes – tous deviennent, peu à peu, des gens qui comptent pour lui.
C’est intéressant de voir la façon dont Derek gère cette nouvelle responsabilité. Il n’est pas du genre à couver ses protégés. Pour lui, la force vient de l’intérieur. Il aide, oui, mais il attend de vous que vous vous releviez et que vous appreniez à vous battre. Ses méthodes d’entraînement, disons-le, ne sont pas tendres. C’est un héritage du Shonen : un héros qui ne se contente pas de jouer les sauveurs, mais qui pousse les autres à se dépasser. Derek n’est pas parfait, loin de là. Sa logique froide, presque brutale, peut rebuter. Mais dans un monde où la faiblesse équivaut à la mort, son pragmatisme fait sens.
L’intrigue de System Universe suit un rythme sans temps mort. Derek explore ce nouveau monde, découvre les rouages de son système – différent de celui de la Terre – et cherche à obtenir des classes et compétences rares, voire légendaires. C’est presque une quête d’ingénierie : il analyse, expérimente, et manipule le système pour en tirer le maximum. Ce côté stratégique m’a beaucoup plu. On n’est pas dans une aventure linéaire où tout tombe du ciel. Derek calcule, planifie, et parfois, il échoue. Mais ses échecs sont rares, car ses stats surhumaines lui donnent un avantage écrasant. Est-ce un problème ? Pas vraiment. Le roman assume son héros cheaté et s’amuse avec cette dynamique. On suit Derek dans ses combats contre des hordes de bêtes, des nobles corrompus… Chaque affrontement est une montée d’adrénaline, avec juste ce qu’il faut de violence, mais sans gore excessif.
L’histoire prend aussi des allures de slice of life par moments. Entre deux batailles, Derek passe du temps à comprendre ce monde, à aider ses nouveaux amis à se renforcer, à naviguer dans les intrigues des royaumes. Ces moments plus calmes, où il discute avec Thomas ou conseille la mère du gamin, apportent une touche plus humaine au personnage. On sent que l’auteur veut nous montrer un héros qui évolue, non pas en puissance, mais en lien avec les autres. Vers la fin, quelques révélations sur les systèmes – celui de la Terre et celui du nouveau monde – laissent entrevoir des enjeux plus vastes. Je ne vais pas spoiler, mais disons que l’univers s’agrandit, et ça promet pour la suite.
Le style d’écriture de SunriseCV va droit au but. Pas de longues descriptions poétiques, pas d’introspection interminable. La LitRPG veut parler aux joueurs qui lisent sans doute moins que les autres. Les dialogues portent l’histoire, les combats sont nerveux, et les explications sur le système – stats, classes, compétences – sont claires sans être envahissantes. J’ai apprécié cette simplicité. On n’a pas besoin de trois pages pour comprendre un paysage, quelques lignes suffisent, et on passe à l’action. Cela dit, le style peut sembler un peu brut de décoffrage. Si vous cherchez des envolées littéraires ou des dilemmes existentiels, vous risquez de rester sur votre faim. Mais pour un LitRPG, c’est exactement ce qu’il faut : une prose qui cogne, qui avance, et qui ne vous laisse pas reprendre votre souffle. Le but du genrez n’est-il pas de mener ensuite les lecteurs vers des oeuvres plus denses ?
Ce n’est pas un roman parfait. Le rythme peut fatiguer, et certains personnages secondaires, comme Thomas ou sa mère, manquent un peu de profondeur. On sent que l’auteur mise tout sur Derek et son parcours, au détriment des autres. Mais dans un premier tome, ça passe. L’univers est encore en construction, et les bases posées sont solides.
Ce qui m’a marqué dans System Universe, c’est sa capacité à rendre un héros surpuissant attachant, davantage que dans des oeuvres comme Solo Leveling. Derek n’est pas qu’un tas de muscles avec des stats absurdes, c’est un mec qui apprend à se connecter, à protéger sans materner. Le monde médiéval, avec ses injustices, donne du relief à ses actions. Et le système, avec ses classes et ses compétences, est un vrai terrain de jeu pour les amateurs de stratégie.
Le style minimaliste ne plaira donc pas à tout le monde. Si êtes déjà un lecteur assidu de Frank Herbert ou de Tolkien (oui, je viens avec les gros sabots), et que vous aimez les descriptions riches ou les personnages complexes, vous trouverez peut-être l’ensemble un peu léger. La violence, bien que modérée, peut surprendre un public plus jeune, même si le roman reste accessible dès l’adolescence.
Bref, si vous aimez les aventures où l’action ne s’arrête jamais, où un héros badass mais humain navigue dans un monde hostile, System Universe est fait pour vous. Ce n’est pas de la grande littérature, mais ça ne prétend pas l’être. C’est un roman qui vous attrape et ne vous lâche pas, comme une partie de jeu vidéo qu’on ne peut pas quitter. La série compte déjà quatre tomes, et SunriseCV semble sortir un livre tous les six mois environ, ce qui promet de belles heures de lecture à venir.
La LitRPG et System Universe
J’ai creusé un peu pour mieux comprendre le genre LitRPG et le contexte de System Universe. Le genre, popularisé par des œuvres comme Ready Player One ou des séries russes comme The Way of the Shaman, mélange les mécaniques de jeu vidéo avec la narration romanesque. System Universe s’inscrit dans cette vague, mais se distingue par son héros introspectif et son approche terre-à-terre de la survie. Les fans apprécieront la progression stratégique de Derek et l’évolution de ses relations, même si on note un manque de nuance dans les personnages secondaires.