Un jeu mobile épisodique porté sur console ? Houlà, tu commençais assez mal, mon cher République. Mais avouons une chose : il ne s’agit pas d’un simple portage, mais d’une belle refonte, tant graphique qu’au niveau du gameplay. Mais qu’est-ce que République au juste ? Un simple titre d’infiltration ? Vraiment ?

Metamorphosis

L’année dernière, le ministre de l’intérieur français Bernard Cazeneuve affirmait que ses projets de loi relatifs aux Renseignements ne remettaient pas en cause les libertés individuelles, mais avouait qu’il y avait bien des articles qui remettaient en cause la vie privée, scindant alors maladroitement les notions de libertés individuelles et de vie privée. En cette période trouble où le choc des idéologies vient frapper jusque dans nos pays, la politique sécuritaire est plus que jamais au cœur de l’actualité. C’est dire si le titre de Camouflaj tombe à pic pour nous offrir la vision d’une nation soumise à la surveillance constante et à l’enregistrement sans limite des données personnelles.

Tout est conservé, archivé, stocké... Bienvenue à Métamorphosis
Tout est conservé, archivé, stocké… Bienvenue à Métamorphosis

Tout débute par un appel téléphonique. Le visage d’une jeune fille apparaît à l’écran, l’air apeuré. Elle vous supplie de l’aider, elle ne veut pas être recalibrée. Elle s’appelle Hope, et vous êtes son seul espoir (Obi-wan Kenobi).

Bien que bloqué dans les caméra, vous disposez de nombreuses capacités pour aider Hope
Bien que bloqué dans les caméras, vous disposez de nombreuses capacités pour aider Hope

Très vite le gameplay s’impose : la touche R1 sert à passer en vue d’analyse, figeant le temps pour vous permettre de regarder comme bon vous semble par l’oeil de la caméra. En balayant du regard les environnements, vous remarquez d’autres caméras ou dispositifs vidéos, que vous pouvez investir en quelques secondes pour profiter d’un autre point de vue. C’est ainsi que du téléphone, vous vous déportez sur la caméra présente dans la chambre de Hope – ou 390-W comme ils l’appellent. “Ils” ? Les Prizraks, la force de sécurité de la République. Ils emmènent la jeune fille de force sous prétexte qu’elle a posé les yeux sur un Manifeste falsifié de la République, prônant les idées révolutionnaires d’un rebelle mort, et ce, la veille de l’Avènement. Une fois en prison, vous la libérez grâce à vos capacités de piratage. Il vous incombe maintenant de faire évader Hope de cette étrange République nommée Métamorphosis, en récoltant des informations sur celle-ci, ses plans, ses dirigeants, le tout coincé dans l’oeil d’une caméra…

Terminus

Voilà le coeur du gameplay : vous, spectateur pouvant passer d’une caméra à une autre, scanner des fichiers ou pirater quelques ordinateurs, et elle, physiquement présente dans la République, essayant de fuir en évitant les gardes vers un monde extérieur qu’elle ne connaît pas. Les ambitions de République sont réservées aux joueurs les plus attentifs, car l’histoire ne vous est pas contée, elle transpire de chaque texte, photo, discussion ou situations que vous rencontrez. Le premier épisode est d’ailleurs assez peu représentatif de la qualité globale du titre.

Avec ses plans fixes (bien que vous puissiez bouger la caméra sur son axe), République multiplies les angles de caméras qui mettent les décors en valeur.
Avec ses plans fixes (bien que vous puissiez bouger la caméra sur son axe), République multiplies les angles de caméras qui mettent les décors en valeur.

Le rythme y est lent, les enjeux flous et les limites de l’intelligence artificielle un peu trop prononcées. Cette dernière possède en effet des œillères efficaces et semble complètement dépourvue de vision périphérique, rendant l’infiltration assez simple. Asperger un Prizrak de gaz au poivre l’aveuglera le temps de fuir, mais sans autre conséquence, le garde reprenant alors son poste normalement.  Comme elle ne peut pas se battre, Hope doit esquiver – avec votre aide – les Prizraks présents sur son chemin. Si par malheur (ou maladresse surtout) elle venait à se faire repérer, il lui reste toujours la possibilité d’user d’une bombe au poivre pour aveugler temporairement son assaillant, voire l’électrocuter avec un taser. Si elle ne possède aucun de ces objets de défense à usage unique, elle sera ramenée dans l’une des nombreuses cellules, d’où elle pourra s’échapper en quelques secondes.

Le Directeur se dispense de collecte de données sur sa personne... De quelque façon que çe soit.
Le Directeur se dispense de collecte de données sur sa personne… De quelque façon que ce soit.

Ces “zones sauves” permettent aussi de recharger son téléphone portable – dont la batterie est souvent utilisée pour actionner des mécanismes – et d’accéder au Courtier de Données, personnage mystérieux vous permettant d’améliorer les capacités de votre téléphone en échange de données collectées. Vous pourrez ainsi brouiller les émetteurs radio des gardes, prédire leurs déplacements, recharger votre batterie sur n’importe quel appareil ou lire les eMails à distance. Métamorphosis étant cloisonné par différents niveaux de sécurité, vous devrez aussi parvenir à mettre à jour votre logiciel OMNI au fil du jeu pour accéder à des zones auparavant inaccessibles. Le jeu est alors plutôt linéaire dans son approche scénaristique, mais il vous est possible de revenir dans d’anciennes zones quand vous le désirez pour les explorer à nouveau. Il y a tant à découvrir !

En somme, la difficulté est assez peu présente dans les 3 premiers chapitres. L’occasion pour Camouflaj de poser son univers et de vous intriguer assez pour vouloir continuer, d’autant que les thématiques liées à la presse et à la manipulation des données du chapitre 3 sont réellement bien pensées et parviennent à vous mettre mal à l’aise.

En parallèle, vous pourrez aussi voler les gardes et  récupérer des disquettes de jeux vidéos que les développeurs apprécient (à travers le personnage de Cooper), retrouvez des livres proscrits par le Dirigeant de Métamorphosis, des enregistrements audio d’un révolutionnaire ou des grandes pontes même de la ville. De quoi récompenser encore plus l’exploration tout en complétant votre culture générale sur des ouvrages traitant majoritairement de dystopies ou de la Liberté en général.

Le chapitre 4 par contre tranche réellement avec le reste de l’aventure. Il est toujours question d’infiltration et de quelques énigmes, mais vous ferez face à un genre de némésis plutôt flippant et répondant au doux nom de Mammoth qui n’aura de cesse de vous traquer pour vous tuer à travers un cimetière et un labyrinthe très glauque. Les règles changent alors complètement, faisant de Mammoth un être invincible et mortel, évoluant comme bon lui semble à travers les niveaux, et réagissant promptement au moindre bruit.

Un chapitre 4 déroutant, à la limite du survival horror... mais attendez, il n'y a pas quelque chose qui cloche ?
Un chapitre 4 déroutant, à la limite du survival horror… mais attendez, il n’y a pas quelque chose qui cloche ?

De nombreux documents audio et écrits sont à découvrir pour comprendre les tenants et aboutissants de République, certains étant même codés ou ne pouvant être écoutés qu’à des endroits cachés bien précis. Une des forces de République est de nous placer au même niveau que Hope, totalement ignorant du monde dans lequel on évolue, du monde extérieur et des événements en cours, tout en faisant du joueur un acteur à part entière de l’intrigue. Grâce à ses quelques personnages ciblés, clairement identifiés et une écriture de qualité, République parvient sans peine à captiver tout au long de ses 5 épisodes, jusqu’à un final magnifique et sobre concluant l’aventure exactement comme il le fallait.

Conclusion

Construit comme une série avec un cliffhanger de fin à chaque fois, République puise sa force dans le talent des doubleurs (David Hayter fera plaisir à certains), dans son écriture maîtrisée, dans ses thématiques très contemporaines et exploitées correctement, dans la relation entretenue avec le joueur (jusque dans la signature des articles de presse)  mais surtout dans la sobriété du tout. Hope n’est pas une héroïne, vous non plus. Vous assistez, subissez et survivez dans un monde que vous ne connaissez pas. Vous n’êtes pas non plus l’objet de toute les convoitises, en cette veille d’Avènement, mais un contretemps. En une nuit, pourtant, vous allez défaire les mailles du mensonges et lever le voile de la terrible vérité cachée derrière Métamoprhosis, 390-W et des différents protagonistes rencontrés. Messieurs de Camouflaj, c’est quand vous voulez pour votre prochain titre !

République

  • Développeurs Camouflaj
  • Type Infiltration narrative
  • Support PS4, PC
  • Sortie 25 Mars 2016

Y’a bon!

  • La narration
  • La quantité de données intérssantes à trouver
  • Les doubleurs font bien leur boulot
  • Les thématiques bien exploitées
  • La relation au joueur
  • Un petit prix en boîte

Beuargh!

  • Les oeillères de l’IA, très limitée
  • Les temps de chargement trop long entre les caméras
  • Un chapitre 4 déroutant

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Xavier Henry - Titiks
Xavier Henry - Titiks

Joueur trentenaire assumé et 2AM Father confirmé, fan de tout ce qui est capable de lui raconter une bonne histoire, touche à tout invétéré et dévoué à l'univers console depuis la MegaDrive de sa jeunesse, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée.

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