Je viens de tomber sur une initiative qui m’a fait lever un sourcil et qui a été somme toute assez peu relayée : GOG a lancé la semaine dernière FreedomToBuy.games, une réponse directe au climat de censure qui frappe actuellement aussi le jeu vidéo. En offrant pas moins de treize jeux NSFW pendant 48 heures début août 2025, la plateforme sans DRM prend position pour défendre notre droit de jouer à ce qu’on veut. Et franchement, ça mérite qu’on s’y arrête et qu’on prenne la portée de ce qui se joue aussi avec notre média préféré.

L’idée est simple mais percutante et symbolique. Des institutions de paiement comme Visa ou Mastercard, poussés par des groupes comme Collective Shout, forcent des plateformes à retirer des jeux, souvent étiquetés NSFW, mais aussi des titres aux thématiques sensibles.

On a vu disparaître de nombreux jeux de Steam, mais surtout de itch.io. Et on peut comprendre : quelle plateforme de vente voudrait voir disparaître ses moyens de paiements ? Ces jeux n’enfreignaient aucune loi, pourtant ils ont disparu. GOG, parangon de la propriété des jeux, a refusé de jouer ce jeu-là. En distribuant des titres comme Postal 2 ou HuniePop, la plateforme affirme qu’un jeu légal doit rester accessible. Point.

Ce qui est marquant, c’est l’élan collectif. En 24 heures, un million de joueurs ont réclamé ces jeux, obligeant GOG à prolonger l’offre pour gérer l’afflux. Ce n’est pas juste une histoire de cadeaux : c’est un message. Nous refusons que des décisions arbitraires dictent ce qu’on peut ajouter à nos bibliothèques. Et avec l’absence de DRM, une fois ces jeux téléchargés, ils sont à vous pour toujours.

« Certains jeux disparaissent. Pas parce qu’ils enfreignent la loi, mais parce que quelqu’un a décidé qu’ils ne devraient pas exister. » – FreedomToBuy.games

En creusant un peu, j’ai découvert que cette initiative ne se limite pas à une simple distribution. GOG a ouvert une porte aux développeurs et éditeurs pour proposer leurs propres jeux dans de futurs bundles, via un formulaire sur le site FreedomToBuy.games. Cela laisse présager une continuité, une volonté de faire de cette démarche un mouvement durable. J’imagine déjà d’autres vagues de jeux, peut-être moins NSFW, mais tout aussi menacés par cette censure insidieuse. L’idée me plaît : une plateforme qui se bat pour que chaque jeu, qu’il nous parle ou non, ait sa place. Voici les jeux qui ont été offerts dans le cadre de cette campagne :

Bien sûr, tous les jeux offerts ne sont pas des pépites – certains, comme Agony, divisent par leur qualité ou leur provocation. Mais là n’est pas la question. Ce qui compte, c’est le principe. Aujourd’hui, ce sont des jeux érotiques ou violents qui disparaissent. Demain, qui sait ? Un RPG avec une intrigue politique jugée trop clivante ? Un jeu d’horreur accusé de troubler les âmes sensibles ? Un titre indépendant aux thématiques féministes ? Si des processeurs de paiement ou des groupes de pression peuvent dicter ce que nous pouvons acheter, plus rien n’est à l’abri.

Ça sent néanmoins la réaction épidermique. Certains jeux proposés divisent, et pas seulement à cause de leur contenu explicite. Leur qualité inégale pourrait détourner l’attention du message principal, on pourrait y voir une certaine glorification de titres médiocres plutôt qu’une défense de principe. De plus, GOG prend un risque : en s’affichant comme porte-étendard de cette cause, la plateforme pourrait elle-même devenir une cible pour les groupes activistes. Enfin, la focalisation sur les jeux NSFW pourrait limiter la portée du débat, alors que la censure menace des œuvres bien plus variées.

Je vois ça comme une prise de position essentielle contre une forme de censure financière, où des institutions comme Visa ou Mastercard influencent ce que nous pouvons consommer, sans passer par des lois ou des juges. Pour ma part, je retiens surtout l’élan collectif : un million de personnes ont répondu présent, et ce n’est pas rien. Cela me rappelle que le jeu vidéo, comme tout art, mérite d’être défendu dans sa diversité, même et surtout quand il dérange. Gardons cette bonne vieille notion de nuance, dans un monde devenu dangereusement manichéen.

Si GOG parvient à fédérer plus de développeurs et à élargir son initiative, FreedomToBuy.games pourrait devenir un refuge pour les jeux bannis ailleurs. Mais le défi est de taille : les institutions de paiement, sous la pression de groupes comme ce Collective Shout, ont un pouvoir énorme. Certains, comme l’International Game Developers Association, appellent déjà à plus de transparence et d’équité dans la modération des contenus. D’autres, comme Yoko Taro, le créateur très respecté de NieR: Automata, alertent depuis des années sur cette dérive. Je me demande si nous, joueurs et joueuses, serons assez nombreux pour peser dans la balance.

Cette initiative m’a rappelé pourquoi je tiens au jeu vidéo. C’est l’un des dernières espaces où tout doit pouvoir exister, même et surtout ce qui dérange (entendons-nous bien, tant que ça n’enfreint pas la loi – mais il faut savoir bousculer les choses quand la censure abusive pointe son nez). En réclamant ces treize jeux, un million d’entre nous ont dit non à la censure. Et si ce n’est qu’un début, j’ai hâte de voir jusqu’où ce combat nous mènera. Car une fois qu’un jeu disparaît, le retrouver devient une quête bien plus ardue. Et si comme moi, vous avez raté l’offre, restez à l’affût : GOG semble prêt à remettre le couvert.

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Titiks

Quadra assumé, daron de 3 apprenties gameuses, fan de tout ce qui est capable de raconter une bonne histoire. Touche-à-tout, mais surtout de bonnes aventures qui savent surprendre, et dévoué à l'univers console depuis que Sega était plus fort que tout, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée #2AMFather.

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