Test : A Plague Tale – Innocence

Quand Hugo Délire...

Dire qu’on attendait le jeu d’Asobo est bien peu dire : trailer alléchant, gestion d’une foule de rats voraces, France du XIVème siècle, infiltration, énigme et Olivier Derivière à la musique… bref, rien n’était à jeter dans la présentation du jeu et c’est tel un rat affamé que je me suis jeté sur A Plague Tale – Innocence.

Un long voyage débute dans un monde monstrueux

Peste soient ces rats

Si c’est utile, on va s’attarder rapidement sur le contexte du jeu : A Plague Tale prend place dans la France du XIVème siècle, tandis que la famille noble De Rune coule des jours heureux dans leur domaine. Enfin… presque heureux puisque l’aînée de la famille, Amicia, doit compter avec un petit frère malade qu’elle ne voit jamais, mais qui accapare sa mère et oblige son père à gérer le domaine seul tandis qu’au loin, l’invasion anglaise, des rumeurs de morsures et une étrange épidémie se répandent. C’est donc en pleine de Guerre de Cent ans et pendant la Peste Noire que nous débutons notre joyeuse aventure.

La religion est très présente à cette époque

Après une introduction parfaitement réalisée et l’arrivée de l’Inquisition au domaine des de Rune, Amicia va devoir prendre soin de son petit frère Hugo, qu’elle ne connaît que peu et à qui elle voue une certaine rancœur. Sa maladie ne semble pas contagieuse et pour une raison qui lui échappe, la terrible Inquisition ne reculera devant rien pour mettre la main sur lui – quitte à torturer et passer la famille de Rune au fil de l’épée.

Premier constat à la fin du prologue : A Plague Tale est un beau jeu. Oh, bien entendu, sur cette version PS4, on pourra noter quelques chutes de framerate à certains moments, un effet de flou sur les bords et parfois des textures qui tardent à charger, mais chaque lieu a fait l’objet d’un très grand soin, que cela soit au niveau du détail ou des effets de lumière. Si les expressions faciales sont réussies, mais pas non plus extraordinaires, les personnages prennent vie grâce à l’excellent doublage – français – effectué.

Comme c’est assez rare, on va le souligner, le doublage de A Plague Tale est une vraie réussite au niveau des personnages principaux (parfois un peu moins lors des conversations des gardes, mais c’est un détail).

Hugo aura de fréquente crises

Il faut également souligner une autre chose : le titre du studio Asobo est un jeu narratif, linéaire et dirigiste. Cela s’est un peu perdu ces dernières années au profit des mondes ouverts ou des cartes aux multiples possibilités (coucou Styx), mais ce n’est pas le cas ici. Amicia et Hugo vont suivre des couloirs tout au long du jeu avec très peu d’exploration, hormis dans quelques décors où l’on pourra découvrir les collectibles du jeu sous forme d’objets à collectionner et fleur à cueillir. La plupart des zones représentent plutôt des puzzles à résoudre pour passer en toute sécurité, puisque à la moindre alerte – à quelques exception près – c’est la mort assurée. Il faut sans cesse se cacher, et faire en sorte de jouer avec les éléments de décors et les différentes munitions à disposition pour passer les gardes de l’Inquisition ou les hordes de rats agressifs… et parfois les deux en même temps.

Les décors sont en grande majorité magnifiques et glauques

Heureusement, cette progression linéaire est plutôt bien réalisée, permet de maîtriser le rythme narratif et on n’a jamais l’impression d’être cloisonnés. Amicia et son petit frère doivent fuir le domaine de Rune pendant toute la première moitié du jeu, et cette fuite en avant les fait traverser des décors de plus en plus sombres et envahi par la maladie et la guerre.

Qu’on se le dise : A Plague Tale ne nous épargne pas grand chose : exécution, bûchers, personnes dévorées vivantes, peste bubonique… mais tout cela est fait de manière à rester fascinant sans dégoûter. De la volonté d’Asobo Studio, on évolue dans un univers de conte médiéval, cru, assez réaliste, mais aussi mystique. Il n’y a pas de gore putassier, alors qu’il aurait été facile de tomber dans cet écueil. On assiste à énormément d’horreur, peu de choses nous sont cachées, que cela soit dans les situations ou les décors parfois abjects traversés, mais rien n’est gratuit ou appuyé exagérément.

Escorte

Comme cela nous avait été promis pendant toute la campagne de promotion du jeu, A Plague Tale nous place dans la peau de la jeune Amicia devant escorter et protéger son petit frère Hugo bien désemparé.

Visuellement, on reste dans un univers très sombre qui ne tombe jamais dans le putassier

Je vous sens frémir d’ici à l’évocation du terme “escorter” puisque ce sont en général les pires séquences de gameplay dans un jeu. Il y a pourtant ici une promesse quelque peu rompue de la part des développeurs, mais on les en remercie grandement, puisque ce petit boulet d’Hugo ne provoque aucune frustration pendant la partie. Si la séquence d’introduction nous présentant les mécaniques d’infiltration laissait entrevoir que les deux enfants allaient parfois devoir être séparés et que cela risquait de le faire paniquer Hugo et trahir notre présence, il n’en est absolument rien. En effet, si il est possible de laisser Hugo en arrière, puis de l’appeler pour nous rejoindre une fois le danger écarté, je ne me suis jamais servi de cette option. Jamais.

Il est en effet bien plus pratique de tenir l’enfant par la main, puisqu’il servira parfois à activer des mécanismes que lui seul peut atteindre, et de toute façon, une fois sa main dans celle d’Amicia, les deux personnages sont considérés comme un seul. Parfois, Hugo s’enfuira et il vous faudra le rattraper, mais ces séquences sont scriptées et ne représentent pas de danger.

La mort est rarement très pénalisante

Vous serez par contre assez rapidement rejoint par d’autres personnages qui vous aideront dans votre quête, et eux seront par contre de véritables escortes, heureusement assez débrouillardes pour ne pas devenir un poids, sauf si vous les laissez se faire tuer par les gardes ou dévorer par les rats. Le décès d’un alliés est d’ailleurs tout aussi synonyme de Game Over que votre propre échec, puisque ces derniers sont indispensables à l’histoire grâce à leurs différentes capacités. Un petit côté Goonies médiéval plutôt agréable, et ne se refusant pas un peu d’humour à certains moment, même si le ton général du jeu reste grave.

Vous allez mourir assez souvent d’ailleurs. Soit en vous approchant un peu trop des sympathiques rongeurs, transpercé par une flèche ou une lance venue d’un garde éloigné ou passé au fil de l’épée de l’Inquisition. Aaaah ces fichus archers… Dites-vous bien que vous vous ferez repérer si vous passez dans une ligne de vue d’un soldat, qu’il soit éloigné ou non, ce qui est somme toute logique, mais assez rarement mis en oeuvre dans les jeux d’infiltration. Et si vous pouvez littéralement vous faire abattre d‘une flèche venue de loin, vous êtes tout de même prévenu visuellement quand un ennemi vous détecte, vous laissant tout de même une petite marge de manœuvre pour éviter le décès… ou l’abattre avant qu’il ne vous tue.

A Plague Tale Innocence ravira les amoureux de jeux solo narratifs

Car si Amicia est redoutable avec sa fronde, elle est complètement désarmée au corps à corps. Et une fois détectée par un ennemi, ce dernier accourra vers elle pour l’embrocher. Fort heureusement, de très nombreux checkpoint vous permettent de recommencer la séquence en cours sans perdre de progression, accentuant le côté “puzzle” à passer, puisque chaque segment traversé sera automatiquement sauvegardé.

Thierry la Fronde

Ce qui nous amène au système de combat du titre, puisque assez tôt dans le jeu, la jeune Amicia sera forcée de tuer ses assaillants pour protéger son frère. Pour cela elle est armée d’une fronde assez redoutable, mais surtout de munitions adaptées. Si vous débutez l’aventure avec de simples cailloux et parfois un pot à jeter pour distraire les gardes, vous gagnerez au fil du scénario différentes munitions à utiliser intelligemment.

Les établis vous permettent d’améliorer votre équipement, ne gâchez pas vos ressources !

Si les premiers gardes sont assez simple à tuer avec une pierre entre les deux yeux, des gardes équipés de casques, ou d’armures complètes feront rapidement leur apparition.Il vous faudra alors user de munitions élaborée par alchimie comme le Devorantis pour rendre leur casque brûlant – les forçant à le retirer -, allumer des brasiers éphémères pour écarter les rats, ou au contraire éteindre les flambeaux pour les attirer, voire même les attirer grâce à une substance dont ils raffolent.

Mais il y a deux moyens d’utiliser vos munitions : avec la fronde ou à la main. Si la fronde permet d’envoyer un projectile plus loin et plus fort (pour tuer un soldat par exemple), elle reste assez bruyante et nécessite de se tenir debout pour la faire tournoyer. C’est donc assez handicapant lors des phases d’infiltration. Envoyer un projectile à la main ne fera aucun dégât, mais permettra de lancer un leurre en silence  et d’éteindre ou allumer une torche sans sortir de sa cachette. Deux manière d’utiliser un même élément de gameplay, chacun avec ses forces et se s faiblesses.

Vous pourrez lancer les projectiles à la fronde, ou à la main, pour plus de discrétion

Amicia obtiendra alors des projectiles pour chaque nouvelle situation, et tout le jeu est alors de combiner cela avec les éléments du décors pour être le plus efficace possible. En effet, toutes les munitions doivent être fabriquées à la volée via un menu radial accessible depuis la touche de tranche, mais ces dernières nécessitent des ingrédients qui servent également à améliorer votre équipement sur les différentes tables à outils que vous découvrirez dans le jeu. On aura donc à cœur de ne pas trop en utiliser – même si les ingrédients sont présents en abondance dans les décors – afin de donner la priorité aux amélioration. Ces dernières peuvent augmenter la poche des munitions, la capacité maximale des ingrédients que l’on peut transporter, réduire le temps de visée à la fronde, voire permettre deux tirs à la volée. Une des amélioration les plus intéressante à mon goût est celle permettant de se passer de l’établis et de pouvoir améliorer ses équipements à la volée n’importe où.

Le jeu n’est pas extrêmement difficile, même si certains passages vous demanderont des réflexes et un peu de sang-froid (voire de la patience pour comprendre le bon enchaînement des actions), et ajuste sa difficulté non pas via un menu, mais grâce à des éléments de gameplay. Amicia pourra en effet fabriquer une poudre qui endort les ennemis si l’un d’eux venait à l’attraper, ou une substance qui brûlera tous les rats si ces derniers tentent de la submerger pour la dévorer. Ces objets uniques agissent comme une “dernière chance” et sont très coûteux à fabriquer, handicapant alors les diverses améliorations possibles des équipements. Pour ceux qui aiment sortir des sentiers balisés, sachez que 5 roulottes d’alchimistes sont cachées dans le jeu et recèlent bon nombre d’ingrédients utiles.

Le feu sera l’élément central du gameplay, pour éloigner les rats ou les faire dévorer vos ennemis

Innocence

A Plague Tale Innocence propose aussi une aventure très immersive, accentuée par la possibilité de retirer intégralement tout élément d’interface de l’écran. Vous ne saurez donc pas directement ce qu’il vous reste comme munitions, directement ou la position des ennemis, mais cela ajoute beaucoup de tension aux séquences d’infiltration et permet de se concentrer sur les décors et l’histoire. Car oui, A Plague Tale est un jeu très scénarisé qui se suit comme une série au fil des 17 chapitres du jeu qui se bouclent en environ 8 heures. Le rythme est mené tambour battant pendant une bonne moitié du jeu, puis le titre prend un peu le temps de se poser pour exposer un peu ses enjeux avant de repartir de plus belle jusqu’à la fin. De ces 17 chapitres, il faut souligner qu’ils sont d’une longueur et d’une intensité inégale. Un ou deux sont presque exclusivement narratifs, avec un peu d’exploration, mais la majorité sont constitués d’infiltration dans des décors souvent magnifiques, bénéficiant d’effets de lumière très réussis. Plus le titre avance, plus on bascule dans un style irréel, que cela soit visuellement ou scénaristiquement.

On compte également quelques combats de boss – 3 en tout – qui ont la bonne idée d’être bien intégrés et très différents dans leur approche, même si chacun est découpé en 3 phases qui impliquent toutes de la méthode pour parvenir à les vaincre. Il a déjà été évoqué dans des séquences vidéos la possibilité d’enlever les pièces d’armure d’un soldat pour le tuer, cela ne fait pas partie du jeu, mais représente le premier combat de boss. Je ne parlerai pas des deux autres, mais ils disposent chacun de leur mécanique propre qui font appel autant à nos réflexes qu’à de la stratégie et se révèlent assez spectaculaire (mention au dernier d’ailleurs).

Une menu radial vous servira à fabriquer et sélectionner vos projectiles

On en a peu parlé, mais les rats sont bien évidemment une part importante de A Plague Tale. Avec les récents Days Gone et World War Z, les moteurs permettant de gérer les foules sont à la mode, et c’est ici très bien exploité. Si l’on observe de très près les hordes de rats, ces derniers se chevauchent un peu maladroitement, mais l’effet de foule est saisissant. Ils grouillent sur le sol, et lorsque vous vous approchez un peu, ils se redressent ensemble et vous foncent dessus. Si vous avez le malheur de trop vous approcher ou de manquer de feu, vous finirez dévoré. De nombreux passages angoissant mettent d’ailleurs à l’honneur de lentes progression au milieux de milliers de rats qui s’écartent face à votre flamme.

Il vous faudra parfois tenir une torche pour progresser, ou profiter de celle d’un garde qui vous tourne le dos, mais d’autres moments vous imposeront de garder votre calme tandis que vous ne tenez qu’une branche qui ne reste pas enflammée très longtemps. Ces moments-là sont stressants, mais on réalise assez vite qu’Asobo a fait en sorte que les parcours ne soient pas millimétrés et que globalement, à part en perdant du temps bêtement, vous n’arriverez jamais vraiment à cours de lumière dans les pires moments.

Non mais admirez cette direction artistique ! Chaque nouveau chapitre propose son environnement magnifiquement ciselé.

Des systèmes lumineux peuvent aussi être utilisés pour diriger les rats dans certains coins pour dégager la route ou les envoyer sur des ennemis. Mais attention, les rats ne sont pas qu’une masse grouillantes. L’aspect un peu surnaturel du jeu pourrait leur donner quelques capacités surprenantes

Petit regret cependant : si la peste noire st largement mise en avant, on passe très vite sur la guerre de Cent Ans, la présence des soldats anglais n’étant même plus évoquée à partir du tiers du jeu au profit des deux figures menaçantes de l’Inquisition : Nicholas et Vitalis.

Difficile de continuer ce tests sans entrer dans les spoilers, je vais donc m’arrêter ici et vous laisser avec le trailer narratif du jeu.

Conclusion

Dire que A Plague Tale Innocence m’a conquit est peu dire. Si l’histoire est malheureusement sur des rails et ne réserve pas de grosses surprises, elle reste très bien menée et rythmée, les personnages sont attachants et parfaitement doublés, les environnements sont magnifiques et variés, les puzzles sont plutôt simples, mais le but du jeu n’était pas ici de proposer un jeu d’énigme. On traverse A Plague Tale avec une vraie fascination pour ses décors glauques, les mécaniques liées aux rats et pour le duo Amicia / Hugo, dont la relation évolue durant toute la partie. Les seconds couteaux ne sont pas en reste, et s’ils ont un petit côté stéréotypé (le gros bras, les voleurs, la grosse tête…), les dialogues les rendent très attachants également. Je n’ai pas mentionné la musique d’Olivier Derivière, compositeur attitré chez Focus, n’étant pas expert en musique, mais ais-je encore besoin de souligner que son travail sur les musiques est une fois de plus à la hauteur et que ses compositions font partie intégrante de l’expérience ? Bref, A Plague Tale ravira les amoureux de jeux solo narratifs tout au long de ses 8-9 heures de jeux. Un genre qui se perd, mais qu’on a hâte de voir revenir sous une forme proche du travail d’Asobo ! Merci aux bordelais !

Temps de lecture : environ 8 minutes

A Plague Tale – Innocence

  • Développeurs Asobo Studio
  • Type Aventure / Infiltration
  • Support PS4, PC, Xbox One
  • Sortie 14 Mai 2019
A Plague Tale Innocence à notre sauce
9/10
A Plague Tale Innocence à notre sauce
Y'a bon
  • Des environnements magnifiques
  • Le doublage français de très bonne facture
  • Un univers glauque entre conte et réalisme
  • Un rythme vraiment bien mené
  • Des personnages, tous attachants (même Hugo)
  • La diversité des projectiles et leur utilisation
  • Les rats, une vraie présence grouillante et menaçante
  • Un jeu très immersif
Beuuuuwark
  • Des effets de flous et des textures qui apparaissent parfois tardivement
  • Une histoire qui reste sur des rails
  • Ils sont où les anglais passé le tiers du jeu ?
  • Une surabondance de ressources
  • Un peu trop facile ?
  • Technique
    7/10
  • Esthétique
    9/10
  • Ergonomie
    9/10
  • Audio
    9/10
  • Contenu
    8/10
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Tests jeux
Xavier Henry - Titiks

Joueur trentenaire assumé et 2AM Father confirmé, fan de tout ce qui est capable de lui raconter une bonne histoire, touche à tout invétéré et dévoué à l'univers console depuis la MegaDrive de sa jeunesse, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée.
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