Qui dit Made In Asia dit souvent invités Japonais d’exception. L’édition printanière de Made in Asia 2025 n’a pas fait défaut à cette règle avec deux légendes qui ont contribué à divers opus de la licence Dragon Ball : Katsuyoshi Nakatsuru (Dragon Ball Z, Dragon Ball GT ou encore Daima) et Chikashi Kubota (Dragon Ball Super, Dragon Ball Super Hero, Dragon Ball Super Broly, Dragon Ball Daima).

Cet article retranscrit la conférence que ces 2 artistes ont donné le samedi 8 mars et vous fait un petit compte-rendu des quelques mots échangés pendant les séances de dédicaces.

Un vendredi dédicace pas comme les autres

Quand je vais au salon Made in Asia, j’ai pour habitude de passer mon vendredi à tenter d’obtenir des dédicaces des invités Japonais afin de pouvoir échanger quelques mots et rapporter un souvenir spécial à la maison. En effet, je trouve toujours incroyable d’avoir la chance de rencontrer en Belgique des gens qui ont travaillé sur les séries qui ont marqué notre enfance là où ce serait quasiment mission impossible de les rencontrer au Japon.

Je pense que la plupart des gens qui ont fait le déplacement pour rencontrer ces invités venaient pour leur parler de Dragon Ball en long et en large. Cependant, je voulais échanger avec eux sur deux séries un peu moins connues: Medabots (une des premières séries en tant qu’animateur de Chikashi Kubota) et Dr.Slump (Katsuyoshi Nakatsuru a contribué au remake fait en 1997 de l’animé original). En bon Pisuké, j’avais apporté des shikishis mais aussi mes classeurs de celluloids de ces 2 séries.

J’ai d’abord commencé mon vendredi par la file de Kubota sensei. J’ai eu de la chance qu’il y avait assez peu de monde et ai pu discuter quelques minutes avec lui sur les celluloids de Medabots que j’avais apportés. Il m’a par exemple appris que les cels qui portaient un numéro encerclé dans le coin supérieur droit représentent des key frame (moments clé d’une scène) ou qu’on peut parfois arriver à reconnaitre une copie de cel lorsque les lignes noires de contour des personnages semblent être faites au pinceau plutôt qu’à la machine. J’avoue que c’était un grand moment pour moi qui collectionne ces peintures depuis quelques années de pouvoir avoir confirmation de la part d’un animateur qu’elles semblent authentiques.

Un des cels sur lequel on a pu discuter et qui lui avait plu

Shikishi kishi kishi shi tantan

J’aurais déjà été très content si je n’avais pu dire que cela mais mes yeux ont fait des étoiles lors du moment de la dédicace. J’avais suggéré de signer sur un des cels mais il a m’a directement arrêté en disant que ce serait dommage « d’âbimer une pièce unique » avec sa signature (alors que moi je voyais ça comme un level-up …). De fait, n’ayant rien d’autre à part un shikishi sous la main, je lui ai tendu en me disant que je repartirais avec sa signature et un petit mot. Quelle a été ma surprise quand il m’a proposé de me dessiner un petit Goku. Ca restera un super souvenir pour moi tant il est rare que les invités prennent le temps de dessiner lors des conventions.

Pisuke est comblé avec ce Goku signé Chikashi Kubota

Tout heureux, je me dirige alors vers la file de monsieur Nakatsuru en n’étant pas trop sûr si je pourrais le rencontrer vu le monde présent. Double coup de bol: je ne suis pas en dehors du nombre maximum de gens dans la file et il accepte également de dessiner sur un shikishi après avoir échangé quelques mots sur Dr Slump et sur un de mes cels de Dragon Ball Z. J’avais acheté il y a quelques années un cel de C-18 de la fameuse scène où elle se penche vers Krillin pour l’embrasser. Je me disais que la probabilité qu’il soit authentique était assez mince mais j’ai quand même tenté ma chance car c’était une des scènes qui m’avait marqué étant petit.

Quelle aura encore été ma surprise quand il m’a dit qu’il pensait que le cel était en effet authentique et qu’il a accepté de me dessiner C-18 sur un shikishi. Pendant qu’il dessinait, il m’a confié qu’Akira Toriyama pouvait dessiner directement tous les personnages au stylo sans faire un premier tracé au crayon. Ici, il a d’abord fait un sketch rapide au crayon, passé au marqueur puis gommé le crayon. Toutefois, il m’a également dit qu’il n’avait pas trop de mal à dessiner à peu près tous les personnages de Dragon Ball vu qu’il venait de boucler le travail sur Daima.

Merci d’avoir pris le temps

Conférence hommage à Akira Toriyama

Pour finir cet article j’ai voulu essayer de retranscrire la conférence du samedi après-midi où ces 2 artistes ont répondu aux questions partagées en amont par les fans. Vous pourrez peut-être retrouver sur internet une vidéo de l’événement, mais ici je vous donne plutôt un paraphrasé des questions/réponses de la conférence. C’était un moment assez marquant où on sentait le profond respects des invités pour Akira Toriyama malgré les réponses très humbles et sobres.

@Nakatsuru: Vous étiez un artiste proche d’Akira Toriyama et êtes considéré comme un des rares qui a réussi à capturer son essence graphique. Comment avez-vous fait pour arriver à ce résultat.

Nakatsuru: Principalement car j’ai eu la chance de pouvoir travailler longtemps avec lui (ndlr: ce genre de réponse humble me fait toujours sourire de le part de grands artistes)

@Kubota: Pouvez-vous parler de la différence artistique entre les derniers Dragon Ball Super et Broly.

Kubota: Avec Broly, on était encore sur du dessin à l’ancienne là où Dragon Ball Super a introduit la 3D. Le plus difficile pour moi a été de reproduire les oeuvres de Toriyama en 3D avec un sentiment de relief.

@Nakatsuru: Comment avez-vous imaginé la création du Super Saiyan Jin 4 ?

Nakatsuru: J’ai eu énormément de pression de passer après la création du SSJ3. J’ai appris au moment de Dragon Ball GT qu’il fallait créer cette nouvelle transformation SSJ4 et que ce serait à moi de le faire. C’est surtout ce sentiment de responsabilité qui a guidé le processus de création.

@Kubota: Quels sont les élément essentiels pour rendre une scène de combat percutante comme vous savez si bien le faire?

Kubota: J’aimerais avoir la recette (rires). Trouver quels éléments ajouter est une constante remise en question. Par exemple, dans le dernier épisode de Daima, j’ai du faire un kamehameha. J’ai d’abord fait un raw (ndlr: première esquisse) alors que je n’avais pas encore entendu le son qui allait accompagner cette scène. Après l’avoir entendu, j’ai trouvé que le dessin ne collait pas et n’était pas assez percutant. Je l’ai donc repensé sur base des effets sonores pour le rendre encore plus dynamique et punchy.

@Nakatsuru: Quelle a été votre liberté sur le design du SSJ4 ?

Nakatsuru: J’ai à la fois eu la responsabilité sur le série et sur le personnage. J’ai du réfléchir au moins 24heures à comment faire plus puissant que le SSJ3. Selon moi, le concept du SSJ tient du grand singe. J’ai donc essayé de faire ressortir le côté bestial tout en gardant l’apparence de Goku. Ca a demandé beaucoup d’investissement pour y arriver.

@Kubota: Quelle est la scène d’action de la saga Dragon Ball qui vous a le plus marqué?

Kubota: Une scène du film Broly animée par Ryo Onishi. Cette scène a demandé entre 100 et 200 cuts. J’ai été réellement époustouflé lorsque je l’ai vue au cinéma.

@Nakatsuru: Pourriez-vous décrire quelle était l’ambiance dans le studio d’animation à l’époque de l’âge d’or de la saga Dragon Ball?

Dans le temps, on passait toute la journée tous ensemble au studio à dessiner. On était tous jeunes et il y avait une ambiance émulatrice constante car on était tous fans de l’oeuvre du maître (ndlr: Akira Toriyama). On était tous impatient chaque semaine de recevoir les nouveaux croquis de sa part et pouvoir apporter notre contribution.

@Kubota: Vous avez également travaillé sur One Punch Man. Est-ce que votre travail sur Dragon Ball a inspiré celui sur One Punch Man d’une certaine façon?

Kubota: C’est assez difficile de mettre le doigt sur quoi, mais il y a sûrement eu une influence des séries l’une sur l’autre. C’est dur de donner un cas précis mais je pense que les éléments humoristiques et les gags des 2 séries ont servis d’inspiration.

@Nakatsuru: Quel personnage aura été le plus difficile à animer pour vous et pourquoi?

Nakatsuru: Daima dans son ensemble aura été un vrai challenge car la série remet en scène les personnages étant enfants. J’ai moins d’expérience à dessiner des personnages jeunes qui partent ensemble à l’aventure.

@Kubota: Quel a été votre rôle et vos défis sur Dragon Ball Daima?

Kubota: J’étais directeur d’animation sur la série. Cependant, j’avais aussi d’autres projets en parallèle. J’étais comme le chef d’orchestre des animateurs. La difficulté sur cette série a été le ressenti de toujours pouvoir faire mieux après coup. J’ai un peu de regret de ne pas avoir mieux fait certaines choses.

@Nakatsuru: Dragon Ball Daima donne un souffle nouveau à la saga animée Dragon Ball. Qu’est ce qui caractérise Daima selon-vous par rapport aux anciennes séries Dragon Ball?

Nakatsuru: Daima est principalement basé sur les planches les plus récentes d’Akira Toriyama. Daima a essayé d’exprimer l’evolution graphique des planches de Toriyama dans une forme animée. Il est donc normal de voir la différence graphique par rapport aux premiers tomes de la série.

@Kubota: Quelles ont été les influences des évolutions techniques sur votre travail?

Kubota: L’iPad Pro a été un vrai game changer. Avant Dragon Ball Super, même si il y avait déjà la numération des planches, on devait dessiner sur du papier et des celluloïd. Avec l’iPad, on utilisait moins de papier et il y avait également moins de cels à numériser (scanner). De plus, il devenait possible de travailler de partout, plutôt que de se rendre obligatoirement au studio. Sur une scène avec un travelling (ndlr: la caméra qui défile le long d’une « grande » image), on faisait ça avec des feuilles A4 qu’on collaient les unes aux autres. C’était très fastidieux. Avec l’iPad ces contraintes n’existent plus.

@Nakatsuru & Kubota: Qu’est ce qui différencie Dragon Ball des autres séries sur lesquelles vous avez travaillées?

Nakatsuru: Après avoir quitté la Toei et été travailler ailleurs, dessiner reste dessiner mais il est sûr que l’expérience acquise (chez Toei) a été mise à profit pour faire Daima.

Kubota: Avant Dragon Ball Super, mes projets étaient toujours un peu en dents de scie et je n’avais jamais été particulièrement demandeur pour des séries spécifiques. C’était une période un peu difficile et c’est là où l’offre de travailler sur Dragon Ball Super est arrivée lorsque j’avais 45 ans. Cette offre m’a permis de comprendre avec le recul qu’il y a des choses à faire et d’autres pas.

@Nakatsuru: Comment caractériseriez-vous le style de Toriyama?

Nakatsuru: J’ai appris le character design de la part de Toriyama. Chacun de ses personnages a des caractéristiques propres, et ce aussi dans les jeux vidéo. Même si l’écran est tout petit (ndrl: et les personnages pixelisés), un seul petit détail de son character design vous permettait de reconnaitre le personnage d’un coup d’oeil.

@Kubota: Vu le style simple mais riche de Toriyama, comment avez-vous fait pour le retranscrire en animation?

Lors de la réalisation de Dragon Ball Super, ça a a été particulièrement difficile. Une fois les premiers croquis reçus, je ne voyais pas bien comment faire ce passage en animation. J’ai eu besoin d’avis d’autres artistes comme de Nakatsuru sensei afin de profiter de leur expérience. J’aurais bénéficié que Daima ait déjà été fait à ce moment car le design de cette série a apporté (après coup) pas mal de réponses aux questionnement de design que je me posais sur Super. J’ai énormément appris du design de Nakatsuru sensei.

@Nakatsuru: Quelle a été un des moments marquants de votre collaboration avec Toriyama?

Nakatsuru: Ce sont surtout des souvenirs autour du SSJ4. Par exemple, la boite d’un des DVD était faite avec une des mes illustrations du SSJ4. Toriyama a vu ce dessin et m’a complimenté. En revenant sur Daima, j’ai eu l’impression d’être reconnu encore un peu plus par Akira Toriyama.

@Kubota: Quel est selon vous l’héritage de Toriyama sur le monde actuel de l’animation en général?

Kubota: il a laissé une influence même aux gens qui n’ont pas travaillé avec lui. Sans Dragon Ball, je n’aurais par exemple jamais pensé à travailler dans ce milieu. Voilà le genre d’influence qu’il laissera sur les générations (ndlr: donner envie aux nouvelles générations de se lancer dans ce milieu).

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Papayou

Amateur de japonaiseries en tous genres, rédacteur et correcteur sur pxlbbq.com

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