Aujourd’hui c’est dimanche, comme chaque dimanche (du moins à l’heure où ces lignes sont publiées). Mais ce dimanche est un peu particulier. Vous l’avez peut-être remarqué si par un fortuit hasard vous suiviez cette chronique, ce 25 Janvier il n’y a pas d’épisode du 3615 Usul. Car le week-end dernier (le 19 Janvier 2014, donc), Usul a mis fin à sa chronique hebdomadaire qu’il tenait depuis deux ans. Je m’apprête ainsi là à accomplir un acte quasi-irrévérencieux de nos jours -aussi quittez la page si vous êtes cardiaque- mais néanmoins nécessaire dans le présent cas: faire l’éloge dune personne, sans retenue aucune ! Et sans objectivité, cela va de soi.

Évidemment, nous rétorquerez-vous assez justement, non sans une pointe d’agacement aussi soudaine que compréhensible, si on devait consacrer un article à tous les chroniqueurs qui nous plaisent, il nous faudrait plusieurs vies. Et comme à la rédac’ on ne croit pas en la réincarnation (encore que, le rédac’ chef a toujours été un peu étrange, donc on peut s’attendre à tout), on a décidé de se concentrer sur un seul youtubeur, et pas n’importe lequel.

Usul, c’est Usul. Si vous ne le connaissez pas, le meilleur conseil qu’il me resterait à vous donner serait bien sûr de foncer voir ses chroniques sur jeuxvideo.com -a qui on ne pourra retirer le mérite de l’avoir fait connaitre- et sur Youtube. Si tenter de coucher sur un article la pertinence de ses nobles pensées et la justesse de sa céleste plume serait aussi pertinent que résumer la Bible sur une feuille A4, il est néanmoins de bon ton de rendre hommage à ce petit OVNI de l’Internet moderne, à une heure où Squeezie et Norman cartonnent. Certains considèrent l’Usul comme « un bobo chevelu qui tape sur tout le monde, parfois juste et parfois à côté de la plaque » (quand on vous dit que le rédac chef est étrange…), là où d’autres voient en lui un génie tel que le monde depuis Einstein n’avait su en féconder (ça c’est de moi, objectivi-quoi ?).

Là où certains se contentent de jouer à des jeux vidéo, Usul, lui, réfléchit. Il s’interroge sur l’essence même de notre passion, ses enjeux, ses procédés tantôt habiles, tantôt maladroits, ses conséquences, ses mécaniques et ses rouages. Les énigmes, la langue, la poésie, l’humour, la localisation des jeux, leurs intros, le doublage, les conditions de jeu, la majorité des domaines inhérents au jeu vidéo sont décortiqués. Et non sans humour, il fixe la caméra de ses yeux habillés de rondes lunettes, et s’adresse à nous, pauvres joueurs dénués de tout sens critique. Avec pour principales armes son bagage culturel, ses vannes, ses chansons, sa réflexion et ses acolytes (les non-moins géniaux Dorian, 6coups6mouches, CoeurDeVandale, Realmyop, Karim Debbache), Usul créé son petit univers, à base de personnages parodiques (Unul le jeune youtubeur crétin, Louis-Emile de Reac la caricature du « mec de droite véreux », Etienne Lantier le développeur indépendant gauchiste…) caricaturant à merveille les protagonistes du milieu du jeu vidéo.

http://www.youtube.com/watch?v=0cO_BblQHV8

Au-delà de ça, il y a cet aspect satirique qui en rebutera certains (on en revient là au bobo gauchiste qui ne plait clairement pas à tout le monde). Il y a dans la plume d’Usul une volonté d’éveiller les consciences, et de dresser les joueurs face à ce que lui considère comme des tares dans le monde vidéo-ludique. Ainsi, avec les griffes acérées et l’oeil perçant du faucon, il n’hésite pas à foncer avec ses armes -celles énoncées plus haut- pour attaquer ses proies: les journalistes et les éditeurs. Car si d’autres personnes sont parfois les cibles de ses attaques scénarisées et provocatrices (certains youtubeurs « vendus », notamment), ce sont principalement ces deux corps de métiers qui sont ciblés. Pour l’anecdote, dans un épisode intitulé Les éditeurs (voir ci-dessus, peut-être le meilleur épisode de l’émission), Usul révèle la supercherie marketing qui se cache derrière le très bon Sleeping Dogs. En allant un peu loin dans cette raillerie des éditeurs de jeux vidéo, jeuxvideo.com a vu Electronic Arts s’en prendre au chroniqueur, visiblement mécontent du sort que ce dernier leur avait réservé. Mécontent au point de couper les ponts avec JVC, en rompant toute publicité apparaissant sur le site et rompant, ainsi, tout financement. Ça rigole pas, chez EA. Vous comprendrez les raisons de cette douce colère en regardant la chronique ci-dessous, forte en sarcasmes et en ironie.

Mais ce qui rend(ait) Usul si attachant, ce n’est pas (seulement) ce discours empreint de dérision et de satire. C’est aussi et surtout sa mentalité. Celle d’un homme qui a commencé sa chronique en Octobre 2011 avec trois bouts de ficelle (regardez donc la tronche de l’éclairage à l’époque, et la tronche de post-ado paumé d’Usul lui-même) et qui aujourd’hui a réussi à en faire une émission cohérente, intéressante, baignant dans son propre univers. En Novembre 2012, Usul a ainsi mis en place un concours dans lequel les participants étaient invités à créer leur propre vidéo, dans le style (ou non) de celles d’Usul. Le tout sans récompense, sinon une éternelle gloire (le gagnant du concours jouissant désormais de sa propre chronique sur « JVC »). Le but ? Faire éclater au grand jour les idées et talents de chacun, et donner envie à tous de libérer ses capacités créatrices !

Et cet état d’esprit, cette philanthropie étalée en place publique est trop rare pour ne pas être appréciée et soulignée ! Dans son ultime chronique, Usul termine également par ces mots: Durant deux ans j’ai fait de mon mieux pour ne pas vous prendre pour des neuneus. J’espère vous avoir donné envie de faire de même. Écrivez, tournez, codez. C’est encore la meilleure réponse face à ceux qui, eux, vous prennent pour des neuneus.

Cette mentalité, voyez-vous, va clairement manquer au web. Peut-on vraiment attendre des autres podcasteurs, perdus dans leur propre manque d’idées et leur nullité intersidérale, qu’ils nous poussent ainsi à l’action, nous motivent à donner le meilleur de nous-mêmes ? Oh bien sûr, le nombre de vidéos amatrices décuple chaque jour, pour le plus grand bonheur de tous, mais ce n’est toujours pas assez ! Créons, émancipons-nous, libérons-nous de la domination culturelle des élites ! Ne critiquons plus les médias, comme disait l’autre, soyons le média ! Soyons la force créatrice de ce monde, soyons passionnés par ce que nous savons faire de mieux ! Nous sommes tous des génies en puissance, décomplexons-nous !

D’aucuns pourraient croire que nous dressons ici un portrait mortuaire du personnage et de sa chronique, comme si le Sieur Usul se retirait à jamais du monde de la vidéo. Il n’en est heureusement rien, et Usul va continuer à produire des vidéos sur Youtube. Malgré tout, cette fin du 3615 -qui devait bien arriver un jour, dira-t-on dans une piètre tentative de consolation- sonne le glas d’une époque désormais révolue, une époque bénie où chaque dimanche était pour vous et nous l’occasion de penser jeu vidéo, de vivre jeu vidéo, et même de rire jeu vidéo. Chose que vous pouvez, bien évidemment, faire sur PxlBBQ, dont l’équipe de rédacteurs n’a d’égal que le rayonnement du plus brillant des Soleils de l’univers. Mais quand même, quoi…Usul.

Usul était d’ailleurs rarement seul dans ses chroniques, souvent aidé par ses camarades qui ont quasiment tous une chronique « à eux » sur le web. Si le Joueur du Grenier avec ses tests de jeux pourris est déjà connu de tous, ainsi que Speed Game et ses jeux finis à vitesse éclair, ce n’est pas encore le cas pour la chronique ciné Crossed (quoique), mené par le pourtant très talentueux Karim Debbache. Aussi, foncez découvrir ces chroniques si vous ne les connaissez pas !

Merci Usul pour ton humour, ta culture foisonnante que tu partageais sans prétention, pour ta vision acérée du monde du jeu vidéo, parfois juste parfois fausse, mais toujours intéressante. Merci pour tes points de vues rafraichissants sur ce milieu qui nous est si cher, merci pour ton talent et ta motivation, merci de nous avoir poussé à l’action. À bientôt l’ami.

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Petit Ange Parti Trop Tôt

Parfois, un Pixel s'éteint et vogue vers d'autres horizons. Mais ce n'est pas parce qu'il ne fait plus partie de notre grand barbecue que ce qu'il a écrit disparaît !

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