Je suis sorti de mon visionnage d’Until Dawn, le film adapté du jeu vidéo éponyme, avec un mélange de satisfaction et de frustration. En tant que fan du jeu de Supermassive (qui a récemment connu une refonte graphique), j’espérais une œuvre qui prolonge son univers tout en offrant un chouette film d’horreur. J’ai découvert un film d’horreur pop-corn, sans temps mort et divertissant, mais qui peine à exploiter le potentiel de son univers. Si vous cherchez une soirée conviviale avec des potes, bières et pizzas, un peu de tension et quelques scènes mémorables, ce film pourrait vous plaire.
Quand on parle d’adaptations de jeux vidéo au cinéma ou à la télévision, on touche un sujet brûlant. Depuis des réussites comme la série Fallout ou la première saison de The Last of Us (mouais… surtout Fallout en fait), la qualité tend à monter de plus en plus. Le jeu Until Dawn avait marqué les esprits avec son ambiance de slasher horrifique mâtinée de mythologie amérindienne terrifiante. On y controllait un groupe d’amis coincés sur une montagne maudite, où chaque choix pouvait mener à la survie ou à la mort de chacun.
Le film, lui, promettait un « univers étendu », dans la même temporalité que le jeu, mais avec une nouvelle histoire. J’étais prêt à accepter un écart par rapport à l’œuvre originale, tant qu’on me proposait quelque chose de cohérent et d’audacieux. Malheureusement, le film opte pour la prudence, et ça se ressent dès les premières minutes. Fan du jeu, vous allez avoir vos (tout petites) petits clins d’oeil au jeu original, prouvant que nous sommes bien dans le même univers, néanmoins, il faudra faire preuve de pas mal de suspention d’incrédulité.
L’histoire suit Clover, une jeune femme à la recherche de sa sœur disparue, accompagnée d’un groupe d’amis. Leur quête les mène dans une vallée isolée, où ils explorent un centre d’accueil abandonné d’une ancienne ville minière enfouie. Le lieu est déjà très beau et impressionnant, et une anomalie météorologique donne déjà de quoi s’interroger au bout de quelques minutes. Rapidement, ils se retrouvent traqués par des menaces variées, et chaque mort déclenche un retour à la veille au soir, forçant le groupe à revivre la nuit avec des dangers différents à chaque itération, avec la mémoire et parfois les stygmates de leur violent trépas. L’idée est séduisante sur le papier : une relecture du concept de choix et de conséquences du jeu, où les personnages deviennent des « joueurs » conscients de leur situation et n’hésitant plus au fil du film à provoquer des « game over » pour relancer la partie, tout en essayant de garder tout le monde en vie.
Mais là où le jeu construisait une mythologie complexe autour des Wendigos et des légendes amérindiennes, le film se contente de clins d’œil timides et d’une boucle temporelle jamais vraiment expliquée. Une ligne de dialogue donne à peine une piste, mais rien de plus, et j’avoue ne rien avoir compris au pourquoi du lieu, ni même à la représentation du sablier qui contrôle le temps « jusqu’à l’aube ». Qui l’a mis là ? Comment fonctionne-t-il ? Je suis resté grandement sur ma faim dans le dernier quart du film.
La montagne du jeu transformait les cannibales en Wendigos, suivant un mythe amériendien, mais la vallée, pourquoi vous enferme-t’elle dans une boucle temporelle ? Et quel rapport avec les Wendigos alors ? Je n’ai toujours pas compris leur insertion dans cet vallée. Ça aurait pu créer un univers cohérent, avec des références aux traditions amérindiennes ou à des totems, comme dans le jeu. Mais non, le film esquive toute tentative d’approfondir l’univers. C’est comme si les scénaristes avaient peur de s’éloigner trop loin du jeu tout en refusant de s’y plonger complètement. Résultat : un film qui se veut dans la continuité de l’univers, mais qui crée plus de confusion que de clarté.
Cela dit, gardons raison : Until Dawn version cinéma n’est pas un mauvais film. Loin de là. Si vous cherchez un blockbuster horrifique à regarder avec des amis, il remplit parfaitement son rôle. Le film mise sur un rythme ininterrompu, enchaînant les menaces à un train d’enfer. On passe d’un tueur masqué à des créatures surnaturelles, en passant par des Wendigos (bien que sous-exploités). Cette vitesse empêche l’ennui, mais elle a un coût : on n’a pas le temps de s’attacher aux menaces ou de réellement en profiter. On n’a d’ailleurs aucune information sur la plupart d’entre-elles.
Un esprit qui possède les gens ? Une sorcière qui échange des corps ? Un tueur masqué super résistant ? À part les Wendigos, dont on a partiellement une explication de leur présence, les autres menaces ne sont jamais expliquées. En plus du mystère de la boucle temporelle, cela fait beaucoup de choses à accepter. Un écueil que la « Cabane au fond des bois » avait parfaitement évité.
Les séquences avec les Wendigos, par exemple, sont un régal visuel. Les costumes et le maquillage rendent hommage au cinéma d’horreur old-school, avec un travail artisanal qui transpire l’amour du genre. Quand ces créatures apparaissent, leur gestuelle inquiétante et leur design soigné donnent des frissons. Certaines menaces sentent le réchauffé, comme si elles sortaient tout droit d’un autre film d’horreur générique, sans explication. Pourtant, même ces moments plus stéréotypés restent efficaces, grâce à une mise en scène qui sait jouer sur la tension. Quelques plans dynamiques, notamment dans les séquences de poursuite, retranscrivent bien l’angoisse d’être traqué.
Le film brille aussi par ses moments iconiques et ces passages rappellent pourquoi on aime le cinéma d’horreur : cette montée d’adrénaline, ce mélange de peur, d’incompréhension et de plaisir. Mais ces moments sont trop rares, et le film retombe souvent dans une routine prévisible. Mais comme je le disais, malgré mes critiques, comparé à bon nombre de productions récntes (donc le nouvel opus de Fear Street : Prom Night, qui est à fuir absolument), Until Dawn se hisse au-dessus du lot grâce à son énergie et à son respect pour les codes du genre.
Clover et ses amis forment un groupe crédible, avec une alchimie qui donne l’impression qu’ils se connaissent depuis des années. Leurs blagues, leurs chamailleries et leurs moments de vulnérabilité sonnent justes. Ella Rubin apporte une intensité crédible à cette héroïne déterminée à retrouver sa sœur. Contrairement au jeu, où des personnages comme celui d’Hayden Panettiere évoluaient grâce à nos choix, le film donne à Clover une arc narratif plus linéaire. Elle commence comme une figure classique de Final Girl, mais gagne en profondeur au fil des boucles, apprenant de ses erreurs pour survivre, avant d’en avoir clairement raz-le-cul de la situation et décide d’en finir.
Ses compagnons, eux, restent en retrait. Certains ont des moments de bravoure ou des répliques mémorables, mais d’autres servent de chair à canon (ou de ballons explosifs) sans qu’on ait le temps de s’y attacher. Le film aurait gagné à leur donner plus d’espace pour respirer, peut-être en allongeant un peu sa durée et çà leur donner à chacun un petit arc d’évolution.
J’aurais bien aimé voir les personnages analyser leurs erreurs, comme des joueurs qui optimisent leur stratégie. Au lieu de ça, les boucles s’enchaînent sans qu’on comprenne vraiment comment ils progressent, et on assiste parfois àd es choix terriblement stupides de leur part. Un totem, un flashback ou une référence à la mythologie amérindienne aurait pu lier ces boucles à l’univers du jeu, mais le film préfère rester en surface.
Visuellement, Until Dawn a des atouts. Les séquences nocturnes, en particulier, tirent parti d’un éclairage soigné, avec des contrastes profonds et des touches de bleu qui rappellent l’esthétique du jeu. Les décors du centre d’accueil abandonné, avec ses couloirs poussiéreux et ses salles envahies par la végétation, créent une ambiance oppressante. Mais les scènes en extérieur, filmées en plein jour proposent une colorimétrie trop générique. J’aurais aimé une direction artistique plus audacieuse, avec des changements d’ambiance pour marquer les différentes boucles. Un passage sous la neige, par exemple, aurait pu renforcer le sentiment d’isolement et rappeler le jeu (même si on a un rappel du jeuen toute fin de film).
Au final, J’ai l’impression d’avoir passé un bon moment, mais aussi d’être passé à côté de quelque chose. Until Dawn est un film d’horreur rythmé, divertissant et avec quelques scènes qui restent en tête. Mais il souffre d’un manque d’ambition. Là où le jeu surprenait, le film se contente d’effleurer son univers. La boucle temporelle, bien que centrale, n’est jamais expliquée, et les liens avec le jeu sont trop ténus pour satisfaire les fans. J’espérais une mythologie plus riche, peut-être ancrée dans les légendes amérindiennes ou dans une exploration des totems, mais le film préfère jouer la carte du divertissement accessible.
Si vous n’avez jamais joué à Until Dawn (ben jouez-y !) ou si vous cherchez un film à voir en groupe, vous passerez un bon moment. Les moments de tension, les costumes et les relations des personnages suffisent à rendre les 1h40 sympas et riches en hémoglobine. Mais le film ne prend aucun risque, et c’est son plus gros défaut. Il avait tout pour étendre l’univers du jeu et en faire une pièce de puzzle, mais il se contente d’être simplement un film d’horreur sympathique.
Je ne peux pas nier que j’ai passé un bon moment. Si vous cherchez un film d’horreur sans prise de tête, à regarder avec des potes pour sursauter et rigoler, il fait le job. Mais si vous espérez une adaptation qui enrichit l’univers du jeu, vous risquez de repartir frustrés.