J’ai passé du temps avec Paranormasight: The Mermaid’s Curse, le standalone sorti le 19 février 2026 chez Square Enix sur Switch, Steam, iOS et Android. Après avoir apprécié le premier Paranormasight: The Seven Mysteries of Honjo en 2023 – qui a connu un succès culte discret malgré un marketing quasi inexistant en Occident – et cette suite ne fait que confirmer la qualité de la série

La malédiction de la sirène

Le jeu change complètement de décor : exit les rues sombres de Tokyo hantées par des yōkai urbains, on débarque sur l’île isolée de Kameshima, dans la région d’Ise-Shima en préfecture de Mie, pendant un été des années 80. Le ton reste surnaturel et mystérieux, mais avec une saveur côtière, imprégnée de légendes de ningyo – ces sirènes japonaises bien plus sombres que les versions Disney : des créatures mi-humaines mi-poissons dont la chair promet l’immortalité, souvent au prix de malheurs, de deuils interminables ou de transformations tragiques. Des récits historiques réels datant du XIIIe siècle, comme des apparitions signalées à Futami Ura, nourrissent le lore sans forcer l’expo. Pour les lecteurs de mangas, ça rapellera l’excellent Mermaid Scar de la mangaka Fumiko Takahashi.

On suit Yuza Minakuchi, un jeune de 18 ans qui rentre au village et s’entraîne à devenir plongeur ama avec sa meilleure amie Azami Kumoi. Les ama, ces apnéistes traditionnels – presque toujours des femmes – ramassent perles, algues et fruits de mer en apnée libre. Yuza attire déjà les regards pour ça, mais le vrai poids vient d’il y a cinq ans : une tempête en mer a emporté ses parents et d’autres personnes, lui seul en est revenu vivant. Le village le voit comme un porte-malheur, une malédiction née de ce drame. Dès les premières plongées, on aperçoit une version fantomatique de soi-même nous tendre la main depuis les abysses. Réveil brutal, visions, malédictions qui frappent l’île, morts suspectes. Des étrangers débarquent : une fille amnésique échouée il y a des mois, un romancier américain d’occultisme en chasse de ningyo, un exorciste anglais jeune, une femme au foyer de Tokyo qui cache clairement ses intentions. Leurs chemins se croisent autour du secret des Sirènes d’Ise.

Le gameplay conserve la formule qui a fait le succès discret du premier : investigation en point-and-click avec panoramas 360° fidèlement recréés d’après des lieux réels d’Ise-Shima (en collaboration avec la préfecture de Mie), où on pivote la caméra pour examiner chaque angle, interagir avec des objets, des persos, des documents. On remplit un journal dense de notes sur le folklore, l’histoire locale, les ama, les ningyo – j’ai dévoré ces pages, curieux de savoir si un détail servirait plus tard. Le système de malédictions force à revisiter des timelines alternatives via le Story Chart : on switch entre perspectives multiples (plusieurs protagonistes jouables), on combine infos glanées ailleurs pour éviter bad endings, on progresse en bouclant des branches. Le Storyteller guide subtilement, surtout si on avoue n’avoir pas joué au premier – un bon accueil pour les nouveaux. Les puzzles demandent de penser de travers, de relier des événements distants, et certains sont opaques, frustrants au début, mais la relecture de dialogues, le journal et les sauvegardes aident. L’échec enseigne, et quand tout s’aligne, le sentiment de réussite est énorme.

Un mini-jeu de plongée ama ajoute une couche relaxante : on gère l’air limité, on nage en cliquant, on collecte créatures marines, perles, coquillages pour monter le rang et mieux explorer. Ça ancre le jeu dans la culture locale, et j’ai passé plus de temps que prévu à plonger juste pour le plaisir, avant que le mystère prenne le dessus.

Visuellement, Gen Kobayashi (The World Ends With You) signe des designs expressifs qui collent au ton régional. Les animations minimales gagnent en vie grâce à des changements de caméra dynamiques qui installent tension ou humour. Les fonds photo-réalistes contrastent avec les persos 2D, créant une belle immersion dans cet endroit reculé. Pas de voix-off, mais la lecture personnelle rend l’expérience plus littéraire et la musique de Hidenori Iwasaki accompagne avec subtilité, thèmes discrets réactifs, ambiances sonores d’île (vagues, vent, vie quotidienne) qui tirent vers le haut. Le rythme commence lentement, est contemplatif pour poser le monde, les persos, le lore ; puis accélère dans les chapitres finaux avec révélations en cascade. Mais quelques longueurs persistent, dont des dialogues exhaustifs obligatoires (épuiser tous les sujets avant d’avancer), les théories du protagoniste qui devancent parfois le joueur, les contrôles du curseur en docké sur Switch un peu lourds (c’est bien mieux en tactile et de toute façon, ça se joue comme un bouquin).

Le récit creuse les thèmes du deuil, de la culpabilité du survivant, des traditions qui écrasent, de la pression communautaire ou encore du chagrin qui devient malédiction collective. Yuza est impulsif, intelligent, rue dans les brancard pour obtenir des réponses, tandis qu’Azami apporte de la loyauté. Les personnages secondaires gagnent en profondeur via les perspectives croisées – même les secondaires mineurs se révèlent interconnectés. Quelques touches meta nous impliquent, nous font sentir complices sans abuser. On ressort avec l’impression d’avoir appris sur les ama, les ningyo, Ise-Shima – et une envie réelle de visiter la région.

Paranormasight: The Mermaid’s Curse


SupportsPC, IOS, Android, Switch
GenreVisual Novel
Date de sortie19 février 2026
ÉditeurSquare-Enix
DéveloppeurSquare-Enix
MultiNon


  • Un lore authentique et respectueux sur les ningyo, ama et Ise-Shima, avec panoramas réels.
  • Personnages attachants aux arcs riches via leurs timelines et perspectives multiples.
  • Puzzles intelligents, mini-jeu de plongée addictif et immersif.
  • Direction artistique soignée, ambiance estivale surnaturelle unique (horreur en plein jour, folkhorror).
  • Thèmes matures sur deuil, tradition, immortalité traités avec nuance.
  • Début lent et dialogues un peu fatiguants qui freinent le rythme.
  • Contrôles du curseur en docké plutôt agaçants.
  • Des puzzles parfois trop opaques vers la fin.
  • Pas de voix-off malgré animations de bouche prononcées.

Paranormasight: The Mermaid’s Curse

Titiks

L’avis de Titiks sur Switch

En bref

Paranormasight: The Mermaid’s Curse élève la désormais série en allant plus loin dans le drame émotionnel et le folklore côtier. Square Enix prouve que les aventures narratives modestes rivalisent avec les gros titres, et c’est une bonne nouvelle. Si on aime les mystères réfléchis, les visual novels qui respectent leur culture et forcent à creuser, c’est une perle incontournable – et un standalone parfait pour sauter dedans sans le premier.

4.5
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