Quand j’ai lancé cette seconde cassete de Lost Records: Bloom & Rage, j’étais curieux de savoir si le jeu allait tenir ses promesses. Encore une fois, la qualité de Life is Strange a placé la barre très haute, à mi-chemin entre les relations humaines et le surnaturel. Si la première cassette m’avait clairement laissé sur ma faim, je voulais retrouver Swan, Kat, Nora et Autumn lors d’un été rempli de musique, de rébellion et d’amitié. Après des heures passées sur les deux cassettes, je suis partagé. Le jeu offre des vrais moments humains, mais ils sont gâchés par un rythme bancal, des éléments surnaturels trop mal exploités et quelques faux pas narratifs.

See you in Hell

Le cœur de Lost Records: Bloom & Rage, ce sont ses personnages et leurs liens. En 1995, on rencontre Swan, une fille discrète et introspective, tout juste arrivée à Velvet Cove alors que sa famille s’apprête à déménager à nouveau. Elle se lie à Kat, la meneuse audacieuse et un peu autoritaire de leur groupe de musique improvisé, Bloom & Rage ; Nora, l’optimiste et la tête brûlée du groupe ; et Autumn, plus réservée et parfois distante. Ensemble, elles passent l’été à jouer de la musique, à improviser des concerts et à explorer les bois, où elles tombent sur un phénomène mystérieux qu’elles nomment l’Abysse. En 2022, ces adolescentes sont devenues des femmes, et elles se retrouvent après des années de silence, déclenchées par un colis qui les force à affronter leur passé. Le récit entrelace ces deux époques, utilisant 1995 pour construire leur amitié et 2022 pour en dévoiler l’effritement.

Les moments les plus forts viennent de l’accent mis sur Kat, dont l’arc narratif domine la cassette 2. Après le grand concert de la cassette 1, la révélation sur la leucémie de Kat brise l’insouciance de leur été. Alors que l’on attend un drame surnaturel, c’est une catastrophe très terre à terre et d’autant plus terrible qui touche le groupe d’amies. Le jeu n’esquive pas la douleur brute de son diagnostic, montrant comment il affecte tout le groupe. Swan, Nora et Autumn réagissent chacune à leur manière, entre tristesse et repli, et l’écriture capture leur difficulté à encaisser un tel choc à un si jeune âge. Une scène de la cassette 2, où Swan s’infiltre dans la maison de Cat pour l’aider à couper ses cheveux, comme un acte de défi face à sa maladie, dégage beaucoup de tristesse. La naïveté de leur jeune âge se confronte à l’inéluctibilité de la fin prochaine de la jeune fille et de ses réactions face à son impuissance.

Cela dit, le récit ne maintient pas souvent ce niveau de maîtrise. La cassette 1 passe beaucoup trop de temps à poser les bases du groupe. Je comprends bien pourquoi Dontnod a insisté sur ces moments ; ils voulaient qu’on ressente leur lien avant de le briser. Mais le rythme traîne, avec de longs passages de dialogues et d’activités quotidiennes qui n’avancent pas l’intrigue.

La cassette 2 accélère le rythme, plongeant dans les conséquences du diagnostic de Kat avec l’urgence qu’il faut, mais elle apporte ses propres problèmes. Certaines décisions des personnages semblent incohérentes, voire absurdes. Par exemple, la quête de vengeance de Kat contre Corey mène à des actions trop extrêmes comme du vandalisme et un incendie. J’aurais voulu pouvoir m’opposer à ça, me demandant pourquoi ces filles, jusque-là crédibles, basculaient soudain dans des comportements aussi extrêmes. Seule Autumn semblait garder la tête sur les épaules. Dans un jeu basé sur les choix, on m’a retiré tout contrôle, me forçant à suivre un chemin qui ne collait pas avec des personnages que je pensais connaître.

Les scènes de 2022, où les femmes réfléchissent à leur passé, sont poignantes, surtout quand s’ouvre enfin le coffre de Kat. Dans ma partie, seule Swan a eu le cran de l’ouvrir, ses amie ayant fuit les lieux, oppressées par leurs souvenirs. Ces instants m’ont arraché des larmes, en voyant comment leur amitié avait été sérieusement abimée. Mais les transitions entre passé et présent sont parfois abruptes, et le jeu s’attarde trop sur l’exposition dans les deux époques. J’aurais aimé que la cassette 2 se concentre davantage sur les retombées de la maladie de Kat plutôt que de revenir sur les bases posées dans la cassette 1.

Les quatre filles sont véritablement l’âme de Lost Records. Swan commence comme une solitaire réservée, filmant la nature avec son caméscope. Dans la cassette 2, son arc l’emmène dans des directions inattendues, de l’infiltration légère de maisons à la défense de ses amies. J’ai bien aimé la faire évoluer, mais la rapidité de sa transformation – en à peine un été – m’a parfois semblé exagérée. Kat, elle, passe d’une figure inégale et autoritaire dans la cassette 1 à une personnalité plus émotionnelle dans cette cassette 2.

Sa lutte contre la leucémie lui donne une intensité, et je n’ai pas pu m’empêcher de la comprendre, même quand ses choix me déconcertaient. Le côté décontracté de Nora et la nature introspective d’Autumn complètent le groupe, et leurs interactions, surtout dans des moments calmes comme le nettoyage après le concert, sonnent justes et vécues.

Corey, l’antagoniste par défaut du jeu, est plus mitigé. C’est un sale type caricatural, qui harcèle les filles dès le départ, et la cassette 2 amplifie sa menace, surtout quand l’Abysse semble l’influencer. Pourtant la fin de la cassette 1 et lairévélation de la maladie de Kat laissait entrevoir une autre direction pour le personnage. On ne le voyait que mauvais depuis les yeux des adolescentes. Mais au final, il reste caricatural. Il est vraiment inquiétant dans certaines scènes, comme lorsqu’il confronte Kat dans une cabane, mais ses motivations restent floues. Pourquoi déteste-t-il ces filles à ce point ? Le jeu n’explique jamais, le laissant comme un méchant unidimensionnel.

L’écriture et le doublage sont globalement solides, capturant les personnalités distinctes des filles. La performance de Kat dans la cassette 2, en particulier, porte une intensité émotionnelle qui élève l’histoire. Mais il y a des ratés. Certaines répliques, surtout celles de Corey, sonnent faux, et l’animation faciale est parfois rigide, tout comme la synchrnonisation labiale qui part aux fraises dans certaines séquences. Des contraintes budgétaires du jeu pourraient expliquer ces incohérences, et je peux le comprendre. Comparé à la distribution soignée de Life is Strange, Lost Records semble plus brut.

Lost Records: Bloom & Rage est une aventure narrative pure et dure, avec un gameplay axé sur l’exploration, les choix de dialogues et des puzzles très légers. La mécanique du caméscope est un point fort, notamment dans la séquence de la maison de Kat dans la cassette 2, où l’on signale à Kat par sa fenêtre pour s’infiltrer. C’est une façon astucieuse et tangible de lier le gameplay à l’histoire, qui donne l’impression de participer à une vraie opération.

Mais le gameplay n’est pas sans défauts. Certaines séquences s’étirent, comme la scène dans la maison de Kat où Swan et elle discutent pendant des plombes malgré l’urgence de la situation. J’ai souri devant l’absurdité de les voir papoter alors que Nora distrait la famille de Kat en bas – c’est un choix narratif qui sape la tension. Les choix de dialogues, bien qu’ils influencent les relations, mènent parfois à des résultats qui semblent hors de contrôle, comme les actions extrêmes de Kat dans la cassette 2.

Et l’Abysse, qui aurait pu être un élément de gameplay fascinant, est à peine exploité. On le rencontre quelques fois, mais c’est plus un décor visuel qu’une mécanique, ce qui semble une occasion manquée. Quelle frustration ! Ou alors il s’agit d’un élémnt très métaphorique comme Kat le suggère parfois, mais sa nature réelle m’échappe.

Un élément surnaturel qui tombe à plat

En parlant de l’Abysse, abordons le problème majeur : l’angle surnaturel du jeu est une véritable déception. Présenté à la fin de la longue cassette 1, ce phénomène lumineux et surnaturel dans les bois est teasé comme un moteur narratif clé, censé exaucer les désirs profonds des filles. Mais à la fin de la cassette 2, je n’en sais pas plus. Qu’est-ce que c’est ? Pourquoi est-il là ? Comment affecte-t-il les personnages ? Le jeu n’offre aucune réponse, utilisant l’Abysse comme un vague dispositif narratif pour justifier certains événements, comme l’agressivité accrue de Corey ou les actions en roue libre des filles. Le final aussi tease peut-être quelque chose, sans certitude, mais peut-être en lien avec la fameuse chanson de Kat. Qui sait ?

Ce manque de clarté frustre, car Dontnod sait intégrer des éléments surnaturels dans des histoires ancrées. Life is Strange utilisait le voyage dans le temps pour amplifier le lien entre Max et Chloe, mais ici, l’Abysse semble être un élément plaqué dont on pourrait se passer, et l’histoire perdrait peu d’impact. La fin en cliffhanger, qui repose fortement sur l’Abysse, ne fait qu’ajouter à la confusion, agitant un appât pour une suite sans rien résoudre. J’aime les mystères, mais celui-ci semblait retenu pour une potentielle suite, pas pour raconter une histoire. Tout comme la fausse intrigue du colis mystère, qui tombe à plat.

Visuellement, les forêts de Velvet Cove, avec leur lumière tamisée et leurs sentiers envahis par la végétation, sont une lettre d’amour aux étés de petites villes américaines. Je trouve cependant que le jeu use et abuse des gros plans sur les visages, ce qui finit vraiment par lasser.

Les scènes éclairées par la lune de la cassette 2, notamment l’infiltration dans la maison de Kat, sont d’une grande beauté, avec des jeux d’ombres et de lumière qui créent une tension palpable. Cela dit, quelques accrocs techniques – comme des angles de caméra maladroits ou des animations saccadées – brisent parfois l’immersion. Quelques scènes de la cassette 2 utilisent des gros plans pour montrer l’influence de l’Abysse, mais l’exécution est maladroite, avec des angles qui cachent plus qu’ils ne révèlent.

La bande-son, en revanche, est une réussite. Des riffs de guitare lo-fi aux pistes de piano mélancoliques, la musique amplifie chaque moment important. Les longues cinématiques de la cassette 2, soutenues par des instrumentaux, rendent des moments comme l’ouverture du coffre ou la coupe de cheveux de Kat inoubliables. Même la musique diégétique, comme les performances du groupe des filles, semble authentique, nous ancrant dans leur monde. See you in Hell.

Lost Records: Bloom & Rage Tape 2


SupportsPC, PS5, XBox Series
GenreAventure
Date de sortie11 août 2022
ÉditeurDON’T NOD
DéveloppeurDON’T NOD Montréal
MultiNon


  • Les personnages, surtout Kat dans la cassette 2, sont crédibles et attachants.
  • Des scènes clés, comme l’infiltration dans la maison de Kat et l’ouverture du coffre, offrent des moments plus mémorables.
  • L’ambiance de 1995 et la bande-son
  • Le caméscope et le système de souvenirs ajoutent des touches de gameplay
  • Le rythme est inégal, avec une cassette 1 qui traîne et une cassette 2 qui précipite des moments clés.
  • L’Abysse est un élément surnaturel mal développé qui apporte peu à l’histoire.
  • Certaines décisions, comme la vengeance de Kat, semblent disproportionnées
  • Le rôle unidimensionnel de Corey, méchant sans relief.
  • Des problèmes techniques, comme des animations raides et la synchro labiale qui nous sortent du jeu.

Lost Records: Bloom & Rage Tape 2

Titiks

L’avis de Titiks sur PS5

En bref

Lost Records: Bloom & Rage est un jeu avec des hauts et de bas. Quand il fonctionne, il frappe fort, capturant la beauté désordonnée de l’amitié et la douleur de la perte. L’histoire de Kat, le lien entre les filles et des moments comme la scène de la coupe de cheveux sont parmi les meilleurs instants narratifs du titre. Mais le rythme inégal, l’Abysse sous-exploité et les faux pas narratifs l’empêchent d’égaler la qualité de l’indétrônable Life is Strange.

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