Après deux opus marquants, la saga « Life is Strange » revient avec « Double Exposure », une nouvelle aventure qui ramène Max Caulfield, héroïne du premier jeu, sur le devant de la scène. Développé par Deck Nine Games, ce nouvel épisode tente de recréer l’esprit unique du jeu original tout en explorant de nouvelles mécaniques narratives et de gameplay.

Mon amie Safi Schrödinger

Max Caulfield, dix ans après les événements d’Arcadia Bay, a bien changé. Elle n’est plus l’adolescente timide d’autrefois, elle est désormais enseignante (enfin je crois) de photographie à l’université de Caledon, dans le Vermont. Max a laissé derrière elle les souvenirs douloureux de Blackwell, d’Arcadia Bay et mène une vie relativement tranquille dans un charmant cottage avec vue sur les paysages enneigés du Vermont, offert par la directrice de l’université. Nos profs aimeraient avoir le même traitement. Ses nouveaux amis, Moses et Safi, sont des personnages centraux de cette nouvelle intrigue, la soutenant dans sa nouvelle vie.

Notez que le jeu vous demandera naturellement quel a été votre choix final dans le premier jeu, de manière à s’adapter à la suite. Pour ma part, ayant trouvé le personnage de Chloé insupportable, j’étais parvenu à m’en débarrasser maintes fois dans le jeu original (une balle perdue, un train…), pensez donc si j’ai hésité entre elle et Arcadia Bay…

Cette petite tranquillité s’effondre rapidement lorsque Max découvre un soir le corps sans vie de Safi, sa nouvelle meilleure amie ma foi aussi pétillante que sympathique. Ce drame ravive non seulement ses souvenirs d’Arcadia Bay mais aussi ses pouvoirs latents. Cette fois, au lieu de manipuler le temps, Max a le don de voyager entre des réalités parallèles, une capacité qui se révèle cruciale dans sa quête pour élucider le mystère de la mort de Safi. Max a donc la capacité de « déchirer le voile » entre deux réalités : une « Mort », dans laquelle Safi a été assassinée, et une autre, plus joyeuse, où son amie est toujours en vie. L’ambiance change drastiquement entre les deux dimensions, même si une menace pèse tout de même sur Safi.

Dès les premières minutes de jeu, « Life is Strange: Double Exposure » parvient à capturer l’atmosphère immersive qui caractérise la série. Caledon, recouvert d’un épais manteau blanc en ce début de décembre, offre un cadre magique rappelant à la fois la beauté mélancolique d’Arcadia Bay et la chaleur de l’été indien de Haven Springs dans « True Colors« . L’université, aux allures de château de Poudlard, respire une ambiance festive avec ses décorations de Noël et ses étudiants qui s’affairent dans les couloirs ou dans le café du coin. Nul doute que ce nouveau Life is Strange cultive l’ambiance « chill » et cozie des opus précédents. Tant mieux, puisque c’est exactement ce qu’on vient y chercher.

L’aspect communautaire est omniprésent, créant un sentiment de familiarité et d’intimité propre à la série. Les interactions entre les personnages et les conversations entendues en arrière-plan ajoutent une vie supplémentaire à l’environnement et semblent toutes naturelles, bien qu’un brin « cul-cul la praline ». Les personnages sentent la guimauve et dégoulinent peut-être un peu trop de bienveillance.

On ouvre une parenthèse malheureusement nécessaire, et on aborde un point sensible mais Ô combien au cœur de l’actualité des joueurs / clients. Les réfractaires à l’inclusivité et au progressisme vont très vite soupirer en constatant que le jeu lance Max d’emblée dans une relation homosexuelle (trajectoire qui vous est tout de même possible d’éviter, merci la cohérence avec le jeu original), et qu’un professeur transgenre (qui ne suscite aucun questionnement intra ou extra diégétique) s’invite bien vite dans les relations de Max, entre autres toilettes non genrées, drapeaux et représentations de minorités qui habillent le monde de Life is Strange. Il ne fait d’ailleurs pas bon être juste blanc, hétéro et masculin non plus, le destin des deux seuls représentants de ce type n’est guère enviable. J’aurais largement préféré une meilleure histoire.

Personnellement, j’ai tendance habituellement à laisser ça de côté, et je suis assez persuadé que c’est le cas de la plupart des gens, sauf quand ces éléments me sont littéralement jetés en plein visage de manière aussi subtile qu’une balle de Jokari lancée dans un magasin de porcelaine.

Ca fait grincer des dents au niveau de la récurrence et de l’obsession qui semble prendre le pas envers et contre tout dans les productions actuelles. Un peu comme en cuisine, toutes les épices ne vont pas à tous les plats. Tout choix doit servir la narration et non être jeté à la truelle pour cocher des cases. En l’état, ça semble être le cas, tout est gratuit et Life is Strange y va à fond les ballons tout de Queer vêtu.

Pour en revenir au jeu, en dépit de l’atmosphère très – voire trop – chaleureuse, une tension sous-jacente s’installe rapidement après le décès de Safi, nous plongeant dans un mystère où chacun devient un suspect potentiel. J’avais vraiment adoré le premier Life is Strange. Entre le cataclysme annoncé pour Arcadia Bay, l’enquête sur l’assassinat de Rachel et les pouvoirs temporels de Max, le tout diffusés en épisodes à intervalles réguliers, Life is Strange m’avait passionné. Ce Double Exposure tente de recréer cette magie – en offrant au pré-acheteur 2 semaines d’avance sur les 2 premiers épisodes, choix très curieux – et y parvient en partie, en nous proposant une fois de plus la petite bourgade américaine idéalisée, la jeunesse parfaite et progressiste tout droit sortie de l’Upper East Side, l’ambiance cocooning de Noël, un meurtre et des pouvoirs paranormaux. Si on sait ce qu’on vient chercher, c’est plutôt pas mal.

La grande nouveauté de « Double Exposure » réside donc dans les capacités de Max à passer d’une réalité à l’autre. Ce pouvoir apporte une dimension (ah-ah !) supplémentaire au gameplay, permettant au joueur de naviguer entre deux versions du monde de Caledon. Dans une réalité, Safi est bien vivante, et dans l’autre, elle est violemment décédée.

Ce contraste entre les mondes permet à Max de recueillir des indices pour en savoir plus sur le sort de son amie d’un monde à l’autre, de pouvoir écouter des conversations « camouflée » dans une autre dimension, voire de… ramener des objets d’un monde à l’autre. Et quoi de plus pratique que de pouvoir discuter avec la victime de son propre meurtre ? Ça frôle parfois l’incohérence, mais l’un dans l’autre, cette mécanique de changement de dimension (uniquement disponible à certains endroits, c’est un peu dommage) fonctionne et retourne un peu nos méninges.

Malgré un début prometteur, le scénario de « Double Exposure » met vraiment du temps à démarrer. Les deux premiers épisodes se concentrent principalement sur l’introduction des nouveaux personnages et la mise en place du mystère entourant la mort de Safi. Ce n’est qu’à la fin de l’épisode 2 que l’intrigue prend une tournure plus captivante, avec des développements narratifs plus intéressants dans les épisodes suivants. C’est donc à l’épisode 3 que Life is Strange Double Exposure va vous faire vous relever de votre chaise avec des mystères et des développements inattendus.

Mais maheureusement, le soufflé retombe assez rapidement, et les enjeux paraissent dérisoires, avant de retomber totalement dans un dernier chapitre aussi long que peu passionnant. Enfin, Deck Nine semble vouloir donner du liant avec cet épisode en nous teasant non seulement une suite avec Max, mais aussi – et je m’avance peut-être – tous les anciens protagonistes des précédents jeux. Est-ce une bonne idée ? Avec une bonne écriture, ça peut, mais avec un récit aussi puéril et léger que ce Double Exposure, ça risque surtout d’être ridicule.

L’évolution du personnage de Max reste un point central du récit, mais elle est parfois éclipsée par l’envie de Deck Nine de lui attribuer des caractéristiques qui ne collent pas toujours à la Maxine originale. Elle est certes plus âgée, et marquée par les événements d’Arcadia Bay, mais on dirait par moment un tout autre personnage. Deck Nine, pour rappel, n’est pas DontNod, et Maxine et son entourage semblent bloqués dans une adulescence un peu nulle. Si j’a bien compté, les protagonistes doivent approcher la petite trentaine, on dirait qu’il en on 10 de moins.

Graphiquement, « Double Exposure » marquent une nouvelle évolution par rapport aux précédents jeux, tout en conservant cet aspect artistique distinctif qui définit « Life is Strange ». Les décors enneigés et les détails architecturaux de l’université de Caledon sont particulièrement réussis. Les animations faciales sont parfois saisissantes de réalismes et de micro-mimiques sur les personnages principaux, ce qui dénote parfois avec les personnages secondaires qui ont profités de moins de travail. Life is Strange limite certes ses environnements, mais il les réussi bien.

La bande-son, quant à elle, reste fidèle à l’esprit de la série avec une sélection de morceaux indie qui s’harmonisent parfaitement avec l’atmosphère mélancolique du jeu. Encore une BO qui tournera dans vos oreilles pendant des mois. Conscient de cela, les développeurs ont eu la bonne idée de directement mettre le nom des groupes et les titres des morceaux directement à l’écran. Pratique, même si ça nous sort parfois de moments scénaristiques clés.

« Life is Strange: Double Exposure » se présente comme un retour en demi-teinte pour la série, marquant une tentative de retrouver la magie de l’original tout en explorant de nouvelles mécaniques de gameplay. On retrouve bien cette pette ambiance particulière, les mystères entrelaçés et très prenant (si l’on accepte quelques petites incohérences), et j’ai bien aimé le fait de pouvoir « gaffer » en évoquant des sujets avec des personnages dans la mauvaise dimension menant à quelques petits dialogues amusants.

Mais les enjeux peu passionnants, le progressisme forcé au chausse-pied qui ne raconte rien et la dernière partie qui fait tout retomber laissent un goût amer, si l’on se remémore le premier Life is Strange.

Life is Strange Double Exposure


SupportsPC, PS5, XBox Series, Switch
GenreAventure
Date de sortie29 octobre 2024
ÉditeurSquare-Enix
DéveloppeurDeck Nine
MultiNon


  • Le retour de Maxine comme personnage principal
  • D’excellents doublages français
  • Bande-son indie encore une fois excellente
  • Nouveaux pouvoirs bien intégrés au gameplay
  • Visuellement très réussi
  • Lenteur dans la montée en puissance du scénario, et retombée navrante dans la dernière partie
  • Redondance des mécaniques de changement de réalité, qui peuvent devenir lassantes
  • Mécaniques sous-utilisées
  • Très peu de lieux à visiter
  • Le DEI très visible et très forcé, voire ridicule
  • Certaines incohérences dans l’écriture du personnage de Max par rapport aux opus originaux.

Life is Strange Double Exposure

Titiks

L’avis de Titiks sur PS5

En bref

Pour les fans présents depuis le début et se souviennent de la narration épisodique, le retour de Max et une déclinaison de ses pouvoirs dans un nouveau thriller adolescent sont des raisons suffisantes pour s’enthousiasmer, même si certains choix de narration pourront surprendre et décevoir. Caledon n’est certes pas Arcadia Bay, et Deck Nine a visiblement été bien plus préoccupé à noircir les cases du DEI au forçing qu’à concevoir une véritable histoire mêlant thriller, voyage dans le temps, dans les dimensions et traîtant d’inclusion.

2.5

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