En 1999, L’Amerzone : le Testament de l’Explorateur déboule sur PC et PS1, porté par Microïds et la vision de Benoît Sokal. Un point’n click qui fleure bon les CD-ROM et les nuits à bidouiller sur Windows 95. Vingt-six ans plus tard, ce titre intrigue toujours, jouable pour quelques euros sur Steam. Et en 2025, un remake ambitieux tente de lui redonner vie, avec des résultats… disons mitigés. Embarquez pour un voyage dans un monde sauvage, entre regrets, énigmes, et hydraflot très capricieux.
Un Trésor des Années 90 : Les Racines de l’Amerzone
Fin des années 90. Les catalogues vantaient Tomb Raider ou Resident Evil, mais L’Amerzone sortait du lot avec son aura unique et ses nombreuses pubs dans les magazines PC. Développé par Microïds, ce point’n click a débarqué en 1999, en plein âge d’or du genre. À la manœuvre, Benoît Sokal, un dessinateur belge connu entre-autre pour Syberia et sa BD Les Enquêtes de l’Inspecteur Canardo. D’ailleurs, L’Amerzone tire son nom d’une de ces BD, où un pays en ruines croule sous une dictature. Le jeu, lui, choisit une voie plus douce, presque onirique, transformant ce décor sombre en une jungle féérique. Si vous avez aimé l’ambiance de Syberia, vous chavirerez sans doute pour celle de l’Amerzone.

Sokal s’inspire de H.G. Wells et surtout de Myst pour tisser une aventure d’exploration. À l’époque, la boîte du jeu fait saliver : quatre CD-ROM, des visuels exotique, rien que l’ouvrir était comme décrocher un ticket pour l’inconnu. Mais derrière cette promesse, le jeu proposait une mécanique brute et une histoire qui demandait de l’attention. Pas de tutoriel, pas de guidage. Juste vous, un carnet, et une mission improbable.
L’aventure s’ouvre dans un phare délabré. Vous jouez un journaliste anonyme, envoyé interviewer Alexandre Valembois, un explorateur brisé par le temps et la culpabilité. Ce vieux loup raconte son expédition de 1932 en Amerzone, une contrée sauvage où il découvrit non seulement l’amour, mais aussi des oiseaux blancs étrange – des créatures sans pattes, aux ailes immenses. Fasciné, il en déroba un œufs avant de s’enfuir seul en Europe. Une erreur fatale car malgré l’oeuf, ersonne ne le crut, sa carrière fut brisée, et il finit seul, rongé par la culpabilité.

Quand vous le rencontrez, il est mourant. Il vous confie son carnet de voyage, un œuf fossilisé, et une dernière volonté : ramenez cet œuf en Amerzone. C’est quand le vieil homme s’éteind que votre périple commence vraiment. Le carnet devient votre guide, dévoilant les notes, croquis et regrets de Valembois. Vous traversez jungles, marais, et villages écrasés par une dictature. Chaque indice révèle un peu plus de cet homme hanté et de ce pays oublié.

Le but ? Retrouver les oiseaux blancs et boucler la boucle. Mais le voyage prime sur l’arrivée. Vous croisez des animaux étranges, des machines rouillées, des habitants méfiants. L’Amerzone vit, respire, intrigue. Une question persiste : pourquoi cet œuf obsède-t-il Valembois ? La réponse se dessine doucement, entre lignes griffonnées et cinématiques énigmatiques.
L’Amerzone ne vous fait pas de cadeaux. Dès le phare, vous fouillez, testez, cogitez. Une lampe traîne sur une étagère ? Empochez-la. Une carte gît dans un tiroir ? Étudiez-la. L’inventaire reste basique : sélectionnez un objet, tentez votre chance sur le décor, et croisez les doigts. La plupart des items n’ont qu’une utilité, mais deviner laquelle demande du flair.

Les énigmes rythment l’aventure. Certaines titillent votre sens de l’orientation – comme ce moment où vous tournez en rond dans le phare. D’autres testent votre patience. Prenez l’hydroglisseur – renommé « Hydraflot », une machine transformable qui vous balade dans les marais… mais tombe en panne sans arrêt. Plus d’essence ? Une pièce cassée ? À vous de dénicher la solution. Ça peut frustrer – certains y verront une répétition presque comique –, mais ça pousse à explorer chaque recoin du jeu.

Aucun guidage ne vient vous aider. Les cinématiques, sublimes pour l’époque, larguent souvent plus de questions que de réponses. En 6-7 heures, vous bouclez l’histoire – moins si vous êtes un pro du genre. Ce rythme lent, cette liberté brute, forge une immersion unique. Vous avancez à l’instinct, comme un vrai explorateur, et ça colle parfaitement au thème. Les développeurs ont choisi de conserver le gameplay d’époque, lent et sur des rails, ce qui impose un certain rythme dont on n’a plus l’habitude en 2025. Pourtant, comme les récentes rééditions de Syberia, il y a un charme certain à replonger dans cette lenteur.

Les thèmes ajoutent de la profondeur. La mort plane – Valembois s’éteint tandis que l’Amerzone dépérit sous la dictature. La culpabilité ronge, et la quête de rédemption donne du poids à chaque pas. Le jeu ne vous assomme pas avec ça. Il suggère, intrigue, vous laisse assembler les pièces. Cette mélancolie douce, mêlée d’émerveillement, fait de L’Amerzone une expérience à part.
Petit, je tombais sur des boîtes de jeux dans les grandes surfaces. Celle de L’Amerzone me fascinait toujours avec ces images exotiques, ce titre mystérieux. Des années plus tard, je l’ai retrouvé sur Steam, à 5 euros. Une aubaine. Derrière les graphismes datés, une pépite du jeu d’aventure vous attend. On pourrait comparer L’Amerzone à un trésor déterré, une vieille histoire qu’on redécouvre malgré les défauts. Les énigmes frustrent, l’hydroglisseur agace, mais la curiosité l’emporte toujours.

En 2025, L’Amerzone reste accessible et jouable malgré son gameplay bloqué 20 ans en arrière. Ses 6-7 heures offrent une escapade parfaite pour les fans de point’n click ou les curieux du rétro. Les oiseaux blancs, simples en apparence, deviennent une obsession. Les voir enfin, après des heures d’exploration, procure une satisfaction presque enfantine. Et l’univers de Sokal, avec son mélange de beauté et de désolation, laisse une véritable trace.
En 2025, Microïds Paris tente de ressusciter L’Amerzone sur PC, PS5 et Xbox Series avec une édition physique pour les collectionneurs. Ce remake, développé sur trois ans, vise à moderniser le classique tout en rendant hommage à Sokal, créateur de Syberia. Mais le projet, repoussé à plusieurs reprises (initialement prévu pour 2024, 25e anniversaire du jeu), arrive dans un contexte difficile : le studio ferme ses portes après le lancement, laissant 30 employés sur le carreau. Un chant du cygne au goût amer.
Côté visuel, le remake divisera. Les décors, refaits sous Unity, offrent un rendu plus net – le phare brille, les jungles respirent. On s’émerveille devant ces paysages modernisés, qui subliment les décors de 1999. Mais si l’on retire notre oeil nostalgique, on constate que les graphismes se raprochent d’un niveau PS4, et perdent le charme pixélisé de l’original. Pire, l’optimisation déraille : on observe des chutes de framerate même en mode performance, et les gros patchs n’y changent rien.

Le gameplay tente un équilibre entre fidélité et modernité. L’hydroglisseur, rebaptisé “hydraflot”, gagne en détails rétro-futuristes, avec disquettes et ordinateurs qui nous renvoient à la bonne époque des débuts du PC familial. On apprécie aussi les quelques ajouts : un journal enrichi avec des pistes d’enquête, des options d’accessibilité (indices, curseur agrandi, mode “voyage” ou “aventure”), et un déplacement rapide pour zapper les nombreuses transitions. Ces touches facilitent l’accès aux nouveaux joueurs, tout en valorisant l’exploration. Mais qu’on se le dise : la maniabilité reste archaïque. Bouger demande de tapoter une flèche, rendant chaque pas laborieux. Si on ne rentre pas directyement dans l’ambiance du jeu rétro, après quelques heures, ça lasse. Les énigmes, souvent similaires, et les allers-retours répétitifs ne sauvent pas la mise.
L’ambiance sonore, elle, oscille entre hauts et bas. La bande-son, signée par les mêmes talents que Syberia : The World Before, charme par ses mélodies discrètes. Mais elle se fait trop rare, laissant un vide pendant toute l’aventure. Les bruitages de jungle restent immersifs, et le doublage, porté par des voix comme Philippe Peythieux (Homer Simpson en VF), tient la route. Pourtant, nous avons bel et bien un héros totalement muet. Face à un serpent ou un accident, il reste stoïque, vidant les interactions de vie. Avec seulement 3-4 PNJ, l’Amerzone semble déserte, un défaut pardonné en 1999 pour toutes les raisons technique que ça imposait mais inexcusable en 2025.

La narration, elle, démarre fort en Bretagne, avec Valembois et son phare. Les petites cinématiques mettent en valeur le carnet et l’histoire tragique de l’explorateur. Mais après le phare et le moment du départ, le scénario patine. La suite de l’intrigue se réduit à un Post-it pour une fin expédiée en quelques instants, et on manque de nouveaux personnages ou chapitres pour enrichir l’original. On pourra voir dans ces choix une fidélité respectueuse, mais j’admets que j’aurais aimé que l’histoire me surprenne.
À 40-50 euros, le remake peine à justifier son prix. Ses 7 heures (et 30 trophées faciles) déçoivent face à un tel tarif, surtout avec ses quelques ratés techniques. Pourtant, pour les fans, il offre une chance de redécouvrir l’Amerzone avec des atouts : un journal mieux structuré, des visuels parfois saisissants, et une accessibilité accrue. Mais il ressemble plus à un remaster qu’à une véritable refonte ambitieuse.

L’Amerzone : le Testament de l’Explorateur reste une pépite rétro. Si vous cherchez de l’action ou des graphismes dernier cri, passez votre chemin. Mais si vous aimez les histoires lentes, les mondes immersifs et les défis qui font cogiter, l’original vaut le détour. Pour 5 euros sur Steam, il offre une escapade unique, carnet à la main, œuf dans le sac.
Le remake de 2025, lui, divisera. On sent très clairement un hommage sincère, avec des décors modernisés et des ajouts intéressants, mais c’est un peu insuffisant. On ne peut occulter les problèmes techniques et un certain manque d’ambition.
L’Amerzone Le Testament de l’Explorateur
| Supports | PC, PS5, XBox Series |
| Genre | Aventure |
| Date de sortie | 25 avril 2025 |
| Éditeur | Microids |
| Développeur | Microids |
| Multi | Non |

Un Remake un peu trop timide qui sonne comme un chant du cygne et ramène un monument du jeu d’aventure au devant de la scène.
On a aimé
- Un véritable hommage respectueux au titre d’origine
- Quelques bonnes idées d’amélioration
- L’hydraflot
- Une ambiance nostalgique qui transpire
On a moins aimé
- Ce n’est pas vraiment un Remake…
- Les soucis techniques
- Le gameplay est d’époque…
- Un peu cher pour la durée de vie et le gameplay
- Aucun réel ajout dans l’aventure
L’Amerzone Le Testament de l’Explorateur
Titiks

En bref
En 2025, L’Amerzone prouve que certaines quêtes restent intemporelles, mais son retour sous les projecteurs manque d’éclat. Alors, original ou remake ? À vous de choisir. Peut-être que, comme moi, vous sourirez en croisant ces oiseaux blancs, quelle que soit la version.
À propos de l’auteur
Titiks
Quadra assumé, daron de 3 apprenties gameuses, fan de tout ce qui est capable de raconter une bonne histoire. Touche-à-tout, mais surtout de bonnes aventures qui savent surprendre, et dévoué à l’univers console depuis que Sega était plus fort que tout, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée #2AMFather.