Test : Call of Cthulhu – Celui qui Dort et Attend

Succomberez-vous à l'Appel ?

Si il y a bien un projet à-même de se casser la figure, c’est bien l’adaptation du Mythe de Lovecraft au premier degré. Ce ne sont pas les projets influencés par l’auteur qui manquent, mais rares sont ceux ayant pris le risque de l’aborder frontalement. Pour ma part, je dois remonter jusqu’au diptyque Shadow of the Comet / Prisoner of Ice.  C’est pourtant ce qu’a tenté le studio bordelais Cyanide (à qui nous devons déjà l’excellente série Styx ou l’adaptation en jeu de rôle Game of Throne) avec Call of Cthulhu, sous la bénédiction de Chaosium, sévère détentrice des droits de la licence. On ne pouvait tout simplement pas résister à l’appel.

Le Culte est au centre de l’intrigue… mais qui se cache derrière ?

Cthulhu fhtagn!

Et je vais être honnête d’entrée de jeu : Cyanide a à mon sens parfaitement compris l’essence du Mythe dans cette adaptation. Attendue depuis longtemps, fantasmée par les fans, Call of Cthulhu ne tombe pas dans le piège de la modernité – comment cela aurait-il pu être possible avec des écrit autant ancré dans leur époque ? – et livre ici un vrai jeu d’enquête et d’aventure narrative à l’ancienne qui risque d’en rebuter plus d’un. Néanmoins, tout ceux qui ont un attrait pour le Mythe ne pourront que plonger les yeux fermés dans cette histoire qui mêle enquêtes, énigmes, infiltration et horreur. Tout débute le plus simplement du monde avec un cauchemar putride, et un réveil dans le bureau d’Edward Pierce, vétéran de la première guerre mondiale, mais aussi détective blasé et en proie à des crises d’angoisse.

Votre arrivée sur Darkwater se présentait plutôt bien

Néanmoins, il est contraint, pour garder sa licence, de traiter certaines affaire, ce qui l’amena à s’entretenir avec un riche industriel désireux de faire la lumière sur la mort de sa fille Sarah Hawkins, morte lors de l’incendie de son manoir sur l’île de Darkwater. Ce qui n’était qu’une enquête de routine sur une île de pêcheur va bien vite se transformer en cauchemar pour Pierce car quelque chose sur l’île et dans son passé va déterminer l’avenir même du monde.

On retrouve dans le jeu de Cyanide le personnage du détective parti mener une enquête somme toute assez banale, et confronté à une communauté décrépie qui semble soumise à une volonté supérieure. Peu à peu, nous faisons la connaissance des habitants, de l’histoire de l’île et de son industrie baleinière autrefois florissante, dont les habitants chérissent encore le souvenir de la “pêche miraculeuse” qui amena pour un temps la prospérité sur l’île. Mais alors que les circonstances de la mort de Sarah Hawkins se précisent, des faits troublants surviennent, liés aux oeuvres peintes par la jeune femme. Art et mort se mêlent dans cette aventure paranormale, alors même que le Sanatorium local, l’institut Riverside, semble mener des expériences macabres et étranges sur certains patients.

Cyanide offre aux fans du Mythe une adaptation à la hauteur des attentes

Le scénario étant une partie essentielle du jeu, je vais m’en tenir là pour les implications. On garde néanmoins en tête que la population a le sommeil perturbé et qu’un Culte mystérieux a élu domicile sur l’île, prônant le réveil d’une entité inconnue.

Diverses intrigues s’entremêlent, dont celle du Vagabond

C’est là que Cyanide a fait un excellent travail narratif. Divers arcs se mêlent à l’histoire principale avant de se regrouper dans une dernière partie apocalyptique. Cependant, comme je le disais plus haut, le titre aura du mal à convaincre les foules car il rappelle davantage les ancien jeux d’aventures que les productions plus modernes. A la fois Walking Simulator, jeu d’enquête avec des reconstitution à opérer et des énigmes à résoudre, jeu d’infiltration et jeu de rôle avec dialogues à choix qui influence le déroulé du jeu, Call of Cthulhu varie ses séquences de jeu au service de l’histoire et non l’inverse. Hérésie pour certain, mais seule voie viable pour adapter des écrits qui mettent en scène l’indicible et une lente descente dans le paranormal.

De nombreuses phases de reconstitution vous permettront e comprendre les événements

A plusieurs reprise, nous pourrons même incarner d’autres personnages en d’autres lieux, pour varier un peu les enjeux et comprendre les tenants et les aboutissants de l’histoire, en essayant de ne pas perdre trop de santé mentale.

Car oui, à l’image des jeux de Chaosium, la santé mentale est une variable à ne pas négliger. Car au plus on assiste à des événements paranormaux, plus la jauge de salubrité mentale baisse, fermant certaines voies de dialogues tout en en ouvrant de nouvelles. Ces événements scriptés sont repris dans l’interface et certains de vos choix en jeu influeront directement aussi l’accès ou non à ces événements. A certain moment, il vous sera proposé de lire ou non des livres découverts, leur contenu pouvant égratigner la santé mentale de Pierce, mais aussi lui apporter un savoir utile. Car Edward Pierce dispose de plusieurs caractéristiques qu’il est possible de faire évoluer.

Ponctuellement, le jeu vous octroie des points d’expérience à dépenser dans un arbre un peu spécial, réparti entre la psychologie, l’investigation, une sensibilité accrue pour trouver les Objets cachés, la Force (bien que le jeu soit exempt de combat, la force vous permettra de forcer des mécanismes ou d’être plus agressif lors des dialogues), l’éloquence pour persuader et manipuler vos interlocuteurs, la Médecine et l’Occultisme.

Vos statistiques détermineront les informations que vous pourrez récupérer

Ces deux dernières caractéristiques ne peuvent évoluer qu’en trouvant des ouvrages dédiés en cours de jeu, d’où l’importance de bien fouiller tous les environnements, certains objets ne pouvant être découverts qu’à la lueur de votre lanterne ou de votre briquet. Elles déterminent aussi votre capacité à analyser un corps ou des composants étranges, voire de vous rapprocher du Mythe et de la Vérité… avec un prix toutefois élevé à payer. Car comme dans l’oeuvre de Lovecraft, le savoir humain est bien trop limité pour pouvoir comprendre la Vérité qui le domine.

Les références à l’auteur sont bien entendu légion

Bien que l’action soit presque inexistante dans le jeu, il reste tout à fait possible de mourir en se faisant attraper lors des séquences d’infiltration ou en restant trop longtemps dans le noir – car oui, quelque chose vagabonde dans les ténèbres. Il faut bien comprendre que Call of Cthulhu est avant tout un jeu d’aventure et d’enquête paranormal, et il ne faut pas s’attendre à se promener avec des armes pour tirer sur des membres du culte. Non, même si une séquence scriptée de la sorte est présente dans le jeu, la majorité du temps, vous tenterez de vous enfuir d’un lieu, d’en comprendre sa logique, d’échapper à une créature et fouillerez bon nombre d’étagères et de mécanismes pour trouver des informations sur les forces qui sont en présence.

Et la production de Cyanide d’essayer de varier toutes ces séquences pour nous surprendre et nous mener à la fin du récit. Plusieurs fins sont d’ailleurs possibles, dont certaines disponibles uniquement si votre santé mentale est assez haute… ou assez basse. A titre d’exemple, j’ai pu atteindre 3 fins en rechargeant ma partie au dernier chapitre, mais d’autres fins me sont restées bloquées car ma santé mentale était encore trop haute.

Même en prison, vous ne serez pas à l’abris de son regard…

Pour parler rapidement de ces fins, elles pourraient paraître expédiées à certains, néanmoins, elles sont en parfait accord avec le style de Lovecraft qui laisse des choses en suspens au terme de ses récit. Mais que les fans se rassurent : si il est très absent durant l’aventure – en effet, le Grand Ancien plane sur le récit plus qu’il ne se montre, et c’est normal – vos choix pourront vous mener à sa rencontre. Néanmoins, il est davantage ici question d’une autre entité en rapport qui sera familière aux fans du Mythe.

Passons sur la partie qui fâche : la technique. Je n’ai relevé aucun bug visuel, et la direction artistique est magnifique, avec ses teintes vertes et inquiétantes, certains décors étant très réussis, mais on reste loin de la claque technique.

Bon, techniquement parlant, c’est par contre moins réussi

Les visages sont figés, pauvres en expression et les animations sont très datées. Cela n’est pas choquant et n’entache pas vraiment la qualité du titre puisque tout l’intérêt est ailleurs, mais j’oserai avancer qu’on est à une décennie en arrière sur le plan purement technique et cela pourra perturber certain, à une époque où l’aspect graphique revêt une si grande importance.

Encore une fois, je souligne que l’aspect est vraiment ailleurs, et si le jeu ne réussi pas toutes ses séquences – celles liées au Vagabond peuvent se révéler assez frustrantes – il a le mérite de ne jamais tomber dans une certaine routine et varie ses chapitres. Tantôt misant sur ses discussions, sur l’exploration, sur les puzzles, nous emmenant parfois dans d’autres dimensions, jouant sans cesse avec la santé mentale de Pierce, de plus en plus attaquée, tout comme la nôtre. Car en tant que joueur, nous avons également soif de savoir, de ne laisser passer aucun indice, quitte à perdre un peu de santé mentale et résister à la connaissance se révèle difficile, surtout quand on vous la propose sur un plateau d’argent.

Conclusion

Concluant,le jeu de  Cyanide offre aux fans du Mythe un jeu à la hauteur en terme de gameplay et de narration. D’autres le trouveront austère, lent, techniquement en retard et trop bavard, mais cela reflète au final les écrits de Lovecraft, qui prennent leur temps pour installer une situation et jouer ensuite avec son lecteur sur des détails, le plongeant de plus en plus dans la folie d’événements qui le dépassent. Sans doute à ce jeu l’adaptation retranscrivant de la manière la plus fidèle le Mythe de Cthulhu, sans se contenter de s’en inspirer comme beaucoup d’autres. En résulte un jeu atypique mais une enquête captivante ou le gameplay est mis au service de la narration, pour un résultat qui a le mérite de ne pas tomber dans la monotonie. Si les fans aimeront le traitement fait, le jeu risque cependant de laisser le grand public sur le carreau. Mais est-ce vraiment un jeu destiné au grand public ?

Temps de lecture : environ 4 minutes

Call of Cthulhu

  • Développeurs Cyanide
  • Type Aventure, enquête
  • Support PS4, PC, Xbox One
  • Sortie 30 Octobre 2018
Call of Cthulhu à notre sauce
7/10
Call of Cthulhu à notre sauce
Y'a bon
  • Une narration et une enquête maîtrisée
  • Une écriture et une enquête maîtrisée
  • Une variété de situation qui sert l'histoire
  • Les dialogues à choix et le système de progression
  • Une adaptation du Mythe très pertinente
  • Plusieurs fins dépendante de la santé mentale
  • Une dizaine d'heures pour boucler l'aventure
Beuuuuwark
  • Un aspect technique daté
  • Une construction qui ne plaira pas à tout le monde
  • Certains passages inutilement frustrants
  • Dirigiste, même si certaines situations peuvent se résoudre de différentes manières
  • Technique
    5/10
  • Esthétique
    8/10
  • Ergonomie
    7/10
  • Audio
    7/10
  • Contenu
    7/10
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Tests jeux
Xavier Henry - Titiks

Joueur trentenaire assumé et 2AM Father confirmé, fan de tout ce qui est capable de lui raconter une bonne histoire, touche à tout invétéré et dévoué à l'univers console depuis la MegaDrive de sa jeunesse, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée.
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