Attendu comme le messie depuis presque un an -date de la sortie de son trailer fracassant- Hotline Miami 2 : Wrong Number se veut suite et fin d’un trip sous psychotropes maculé d’hémoglobine. Ce second épisode remplit-il son rôle tout en en profitant pour étoffer sa recette et corriger les écueils de son grand frère ? Pour avoir la réponse, je vous propose un voyage dans le temps, via planète Miami.

Hotline Miami 2 : Wrong Number
Enfin ! Une nouvelle occasion de se défouler; et de nouveaux décors.

Lors de sa sortie en 2012, Hotline Miami premier du nom avait connu une sortie discrète ébruitée de-ci de-là par les rumeurs de violence outrancière et gratuite qui semblait le caractériser. La recette du titre, savant mélange de couleurs psychédéliques calées sur une bande-son entêtante, couplées à un gameplay frénétique intransigeant n’avaient pas tardé à l’ériger en monument du jeu indé. Le protagoniste Jacket, recevait des coups de fil cryptiques lui intimant d’aller décimer la population mafieuse terrée dans les immeubles de la ville de tous les vices. Sans même réfléchir à la finalité de la chose, Jacket -et donc, nous- s’engouffrait dans sa voiture. Arrivé au point de rendez-vous, il enfilait alors un masque animalier – chacun ayant ses propres caractéristiques- et massacrait sans aucune forme de procès les Russes surarmés présents sur les lieux. Chaque niveau prenait alors la forme d’une transe meurtrière déclenchée et accentué par les couleurs à convertir à l’épilepsie n’importe qui ainsi que par la vilaine musique vintage.

Hotline Miami 2 : Wrong Number
Hotline Miami 2 marque le grand retour de Richard, le coq moralisateur.

Entrailles & retry

C’était ça Hotline Miami. Une vingtaine de niveaux rythmés par la violence comme autant de prises d’acides. Devenus dépendants, les joueurs les plus acharnés ont jeté leur dévolu sur Wrong Number. Tout comme votre serviteur, hypé sans commune mesure uniquement par le trailer paru l’an passé. Dès le lancement du jeu, aucun dépaysement. Les menus sont quasiment identiques et les petits changements visuels que l’on peut noter concernent l’abandon de l’iconographie « téléphone » pour celle des cassettes VHS. On commence par une brève scène « tutorial » où les bases nous sont inculquées et on en profite pour lancer un chouïa d’intrigue.

Hotline Miami 2 : Wrong Number
Les exécutions vengeresses des méchants sont elles aussi de la partie.

Très vite, on se retrouve à moissonner des gens par dizaines dans la plus grande des nonchalances, non sans pester à la moindre de nos morts. Véritable autel dressé au die & retry à l’instar de son compère Super Meat Boy (entre autres), Hotline Miami 2 ne s’encombre pas et vous fait simplement réapparaître au début de chaque niveau à la seconde où vous vous faites tuer. Aucun temps mort, l’orchestre synthétique continue de jouer sa chevauchée sanglante, vous ne trouverez le repos qu’une fois votre mission accomplie. Les ennemis sont peu ou prou les mêmes : on retrouve les mafieux russes en costard blanc, ceux, plus coriaces (et noirs allez savoir pourquoi) qui nécessitent une exécution à l’arme à feu (ou au poing avec certains protagonistes), tout en en découvrant de nouveaux : les gros bras qui nous foncent dessus pour nous étreindre jusqu’à la mort ou ce flic surentraîné muni de deux magnums. Les chiens sont toujours là, et ils sont toujours aussi insupportables. Niveau gameplay, on n’incarne plus un protagoniste mais plusieurs, et on n’a plus accès à la myriade de masques pour varier nos approches. Ces variantes se retrouvent justement chez les différents personnages, chacun ayant des techniques (souvent plusieurs) propres. On trouve ainsi un duo masqué armé respectivement d’une tronçonneuse et d’un revolver, un caïd adepte du sabre, un tueur ambidextre capable d’envoyer des rafales de dragées de tous les côtés, et une escouade de GIs à l’arsenal militaire dévastateur. Le jeu articule donc son scénario en fonction de ces personnages afin de varier les plaisirs et de ne pas tomber dans la répétition bête et méchante. Néanmoins, il faut avouer que l’absence de ces masques est un poil frustrante par moments, puisque le choix restreint de techniques force des approches plus réfléchies, moins bourrines et qui cassent un peu le rythme. A noter également la présence d’un personnage refusant catégoriquement de tuer, et qui déchargera chaque arme à feu qu’il aura dans les mains. Une approche singulière plutôt bienvenue même s’il faut reconnaître qu’une fois le coup de main pris, la jouabilité ne change pour ainsi dire pas du tout. L’arsenal quant à lui voit disparaître certains instruments de mort aux profits d’autres. Les battes, tuyaux, machettes, fusils à pompe, M16 font leur grand retour aux côtés des petits nouveaux. Citons pêle-mêle, les AK47, un poing-américain, un lance-flammes ou encore une M249 qui transforme à merveille les ennemis en gruyère. C’est qu’à force, Hotline Miami 2 donnerait presque faim.

Hotline Miami 2 : Wrong Number
« Big & Heavy » pas besoin d’en dire plus sur cette magnifique sulfateuse.

Veni, vedi, viscères.

Pour ce qui est de son level-design, Hotline Miami 2 : Wrong Number abandonne ses appartements étroits et ses couloirs propices aux exécutions en chaîne pour des environnements très ouverts et gigantesques. Disons-le tout de suite, ça ne va pas plaire à tout le monde. J’évoquais plus haut une progression dans les niveaux moins effrénée, et le level-design y est pour beaucoup. La témérité et l’improvisation sont rarement récompensées. Il vous faudra user très -trop- souvent du bouton pour regarder au loin, et verrouiller vos ennemis aussi souvent que possible pour ne pas vous prendre une volée de chevrotine venue de l’autre bout de la map. C’est probablement le plus gros vecteur de frustration du jeu ; là où les erreurs et la part d’aléatoire d’Hotline Miami pouvaient parfois conduire à une mort aussi stupide qu’incongrue, on se prend dans Wrong Number des punitions parfois injustes : il m’est arrivé plus d’une fois de me faire surprendre par un ennemi que je n’avais pas vu -puisque littéralement à l’autre bout de la carte- alors même que j’avançais prudemment et en m’efforçant de ne pas foncer tête baissée. Les niveaux sont néanmoins réussis et certaines configurations sont, tout en restant ouvertes, un superbe terreau pour les stratégies rapides et les combos interminables. Notez également que la présence des vitres, ces traîtresses infâmes, sont plus que jamais de retour et qu’il va vous falloir jouer avec elles à chaque niveau.

Hotline Miami 2 : Wrong Number
Certains niveaux sont carrément dans des environnements extérieurs, comme la jungle.

Le type qui a fait ça est un véritable maniaque. J’espère que vous avez le cœur bien accroché parce que c’est une véritable boucherie à l’intérieur.

Visuellement, si de prime abord on ne remarque pas de changement, la progression le long du jeu montre néanmoins que la direction artistique passe un niveau au-dessus. En effet, la variété des décors et des époques abordées dans le jeu proposent une palette de couleurs -toujours aussi fluorescentes que l’on se rassure- plus large certaines associations de teintes chatoyantes flattent la rétine au-delà de l’état second procuré. Les sols seront toujours autant tapissés de membres humains et trempés des seaux de sang que vous y aurez déversé, transformant chacun des lieux que vous visitez en une boucherie-charcuterie de premier choix.

A propos de cet état second, dont je vous parlais dans mon test de Goscurry, il est bel et bien de retour. En incombe à la bande-son d’une cinquantaine de titres, moins hétérogène que celle du grand frère, et encore plus violente. Les sonorités distordues des synthés de Carpenter Brut, Perturbator ou les basses assourdissantes de Magna réveilleront à chaque chapitre la bête tapie au fond de vous pour la laisser s’exprimer dans sa forme la plus pure, jusqu’à ce qu’elle soit rassasiée.

Hotline Miami 2 : Wrong Number
Certains niveaux poussent le délire psychédélique très loin.

Techniquement, Hotline Miami 2 : Wrong Number frôle la perfection. Le changement de moteur se fait sentir positivement : la fluidité est bonne et les bugs rigolos-mais-relous ont été corrigés. Même si certains les ont remplacés comme ces ennemis bloqués dans l’embrasure d’une porte ou ceux, devenus fous, qui tournent sur eux-mêmes. Certains mobs ont d’ailleurs encore parfois ces réflexes d’acier, de ceux qui vous abattent d’un coup sans même que l’on puisse anticiper.

Beaucoup disaient que nos soirées étaient sauvages, qu’il fallait rentrer avec une batte ou une hache

Il vous sera aussi possible, une fois la trame principale terminée une première fois, de réitérer l’expérience en mode hardcore. Et là accrochez-vous : les ennemis sont plus dopés que jamais et leur rapidité d’exécution devient diabolique. Les niveaux sont également inversés pour casser les habitudes et le tout prend une tournure dont le maître-mot est sans doute tension.

Pour passer brièvement sur le scénario, ne vous attendez pas à quelque chose de fou. Là où la double-lecture du premier opus était plutôt bien fichue, on a ici affaire à une trame narrative très décousue et dont il est difficile de recoller les morceaux. Les flashbacks et et les changements de personnages nous perdent beaucoup, et s’il est facile de faire le lien entre certains personnages -des liens qui se font parfois avec le premier Hotline Miami– on a du mal à résumer la chose une fois le générique passé.

Hotline Miami 2 : Wrong Number
On ne s’est pas déjà croisés quelque part ?

Coooonclusion. Je dis non! Mais un avis, je dis OUI!

En définitive, il est clair qu’Hotline Miami 2 : Wrong Number reprend la recette de son prédécesseur tout en y apportant les ingrédients qu’il y manquait. Pour rester dans le champ lexical de la charcuterie, dites-vous qu’Hotline Miami, c’était saucissons, jambons de pays, pâtés tous azimuts et cornichons. Hotline Miami 2 ajoute le salami, la mortadelle, le fromage de tête, mais enlève les cornichons. Est-ce vraiment mal ? Non, puisque tout ce qu’on demandait à ce second épisode c’était du rab’. Mission accomplie, tout fonctionne très bien et le plaisir de jeu est présent de tous les côtés. Foncez donc tête baissée, l’excellent New Game+ devrait vous occuper à n’en pas douter quelques dizaines d’heures.

Hotline Miami 2 : Wrong Number

  • Développeur Dennaton Games
  • Type Top-down action/ Trip sous acides en vue de dessus
  • Support PC, Steam, Mac, PS4, PS3, Vita
  • Sortie 10 mars 2015

Dans le même genre :

  • Hotline Miami
  • GTA & GTA 2

Y’a bon!

  • ENFIN !
  • Toujours aussi efficace
  • Décors et couleurs plus variés
  • La bande-son qui poutre
  • La transe dans laquelle on plonge
  • New Game+ et rejouabilité énormes
  • Direction artistique toujours aussi maîtrisée
  • Le p’tit goût de reviens-y malgré la frustration

Beuargh!

  • Des environnements trop ouverts
  • Une narration décousue
  • L’éditeur de niveaux en retard
  • VF parfois aux fraises
  • Encore quelques bugs présents
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Petit Ange Parti Trop Tôt

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