BANDERSNATCH: l’épisode dont vous êtes le maître… ou presque

Explosion du 4ème mur dans 3, 2, 1...

Deux précisions:

  • Pour pouvoir participer à l’expérience Bandersnatch, vous devez posséder une machine compatible avec ce système. J’ai joué l’épisode sur PS4 et celui-ci était aussi compatible avec mon smartphone (Samsung Galaxy A5 2016). Il n’est pas disponible pour les Chromecast ni les Apple TV. Tous les téléviseurs connectés ne sont pas compatibles non plus avec cet épisode.
  • J’aborderai en deuxième partie d’article le grand thème de l’épisode. Si vous ne souhaitez pas le connaître, je vous invite à vous arrêter après avoir lu “le concept“. Bonne lecture !

La nouvelle avait fait du bruit lors de son annonce. La très perturbante série phare de Netflix, Black Mirror, a sorti ce 28 décembre 2018 un épisode à la sauce “Le livre dont vous êtes le héros”. Ici, c’est  en 1984 (poke George Orwell) et dans la peau de Stefan, un jeune développeur de jeu vidéo, que l’on tente cette nouvelle expérience plutôt cocasse de prime abord. C’est parce qu’on n’a pas encore tout vu.

Black Mirror avait déjà surfé sur la vague du jeu vidéo dans certains de ses épisodes. On se souvient de “Phase d’essai” dans la saison 3 qui évoquait la réalité virtuelle; et personnellement ça m’a plutôt fait froid dans le dos. Vous imaginez, si on en arrivait vraiment là? Si on n’est pas déjà sur la voie de ce genre de technologies…

Ici, Netflix revisite les livres et jeux à choix multiples dans un épisode d’une durée d’1h30 sur papier (mais les possibilités sont tellement vastes qu’il paraît que la totalité de l’exploration prend 5 heures). J’ai parcouru quelques uns de ces chemins en tapant au hasard, en réfléchissant aux conséquences, ou alors en ne prenant pas de décision du tout. Les résultats sont toujours à la fois logiques et surprenants, et j’ai bien cru que j’allais m’arracher les cheveux parfois ou devoir prier une entité lambda pour qu’on me pardonne!
Comme à son habitude, la série veut mettre mal à l’aise ses spectateurs avec des plot twists assez intenses. Et on n’est pas épargnés par ceux de Bandersnatch.

BANDERSNATCH: le concept

C’est avant tout le nom d’une créature imaginaire créée par Lewis Carroll pour son conte “Alice, de l’autre côté du miroir”. Ça a ensuite été repris dans plusieurs œuvres du jeu vidéo (on citera Final Fantasy ou Resident Evil), des mangas, des romans et sur les petits et grands écrans.

Netflix Black Mirror Bandersnatch 4

Tiens, ça me rappelle quelque chose, ça…

Ici, le nom n’est utilisé que pour un livre qui inspirera Stefan dans sa création: il veut transférer l’oeuvre en un jeu vidéo pour une boîte dans laquelle travaille un développeur qu’il admire, Colin Ritman. Et c’est autour de cette petite cartouche de 48ko que tout l’épisode va tourner. Car en effet, tout comme l’épisode que vous serez en train de regarder/jouer, Bandersnatch est un livre à choix multiples; et le jeu que Stefan veut créer sur cette base fonctionnera de la même manière, avec tout autant de chemins à explorer, pour révolutionner le monde du jeu vidéo.

It’s not a happy game, it’s a fucking nightmare world – Colin Ritman

L’épisode nous propose toute une série de choix à faire, en commençant par notre petit-déjeuner. A ce moment-là, on se dit que ça va être un épisode un peu innocent qui veut juste montrer que Netflix sait innover, même s’ils ne sont pas les premiers à sortir des films interactifs.

Certains choix peuvent paraître un peu téléguidés, car la continuité de l’épisode est alors écourtée par un événement ou l’autre y mettant un terme. Stefan annonce alors: “Je dois recommencer”, et l’épisode nous ramène à ce croisement manqué où il aurait mieux valu choisir l’autre option.

Je vous vois déjà venir avec vos: “Mais si ça se passe comme ça, on peut pas vraiment choisir pour le personnage, c’est nul en fait!” Attendez d’aller plus loin dans l’épisode, car ce genre de scénario n’intervient que très peu. Pour la suite, les choix sont lourds de conséquences et impactent drastiquement l’histoire de Stefan. De plus, selon ce que vous aurez choisi de faire en amont, les fils conducteurs peuvent encore se mêler et s’entremêler, changeant alors le scénario tel que vous le connaissiez pendant votre première “partie”.

C’est pas moi, c’est Netflix

Dans chacun de ses épisodes, Black Mirror mise sur le malaise et la prise de conscience; ce qui lui vaut tout son succès grâce à des épisodes touchants, prenants, voire carrément déroutants. Du coup, il fallait bien évidemment s’attendre à une nouvelle thématique de ce genre derrière un concept remis au goût du jour. Mais en même temps, Netflix n’a rien inventé en mettant en avant cette thématique du libre-arbitre; la grosse innovation a été sa manière de le scénariser.

Netflix Black Mirror Bandersnatch 3

Choix innocent? Je ne parlerais pas si vite, à votre place…

On peut citer énormément de jeux à choix multiples ayant des conséquences parfois irréversibles: la famille Telltale, Until Dawn, Life is Strange, et plus récemment Detroit: Become Human. Ça nous prend aux tripes de devoir faire des choix à la place des protagonistes, mais en étant à leur place.

Dans Bandersnatch, c’est différent. Les personnages, passé un certain stade du film, savent qu’il y a une réalité parallèle où les choses peuvent respawn, parlent de complots pour les contrôler, savent qu’ils ne choisissent pas seuls. L’expérience devient perturbante à partir de ce stade: quand on est en pleine conscience qu’on a le contrôle.

Tout cela fait référence à la re-jouabilité de l’épisode, nous permettant de revenir sur nos décisions et découvrir les scénarios alternatifs. Cependant, comme dit dans la narration, mais aussi par le scénariste même de Black Mirror: “Il faut toujours aller de l’avant, et ne jamais revenir en arrière” (ou l’inverse, mais le fond est le même).

Je me pose simplement cette question, après être passée et repassée plusieurs fois sur le film pour en découvrir toutes les cartes: est-ce que j’ai vraiment eu le contrôle, ou est-ce que Netflix m’a obligée parfois à faire certains choix? J’ai volé le libre-arbitre de Stefan, mais est-ce qu’on ne m’a pas non plus volé le mien, quelque part?

Cette question, plus on la retourne dans tous les sens, plus elle devient déconcertante. Il est vrai que dans tout média dont on est le héros, on a envie de savoir quelles auraient été les conséquences si on avait choisi l’autre option. Comment ça se passe, quand on se rend compte que Netflix, en revenant en arrière, nous oblige à choisir l’autre option, justement?

C’est pour moi un nouveau coup de maître que l’on doit aux têtes pensantes des coulisses de Black Mirror, qui nous sort sous sa meilleure forme un nouvel avertissement contre les technologies qui nous entourent et qui, aujourd’hui, prennent de plus en plus de place dans notre quotidien.

Autant vous dire que mon expérience de cet épisode spécial Bandersnatch m’a à la fois bouleversée et impressionnée. Et que depuis ce jour-là, je ne joue plus aux Sims de la même façon!

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Queen Potato

Prof de français excentrique le jour, gameuse la nuit, Queen Potato soumet les jeux vidéo à sa botte pendant des live streams endiablés. Sauf les survival horror. Ceux-là sont encore des espèces qui lui donnent du fil à retordre.
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