Trente ans. Voilà le temps qu’il aura fallu pour que le nom Marvel se dissocie de celui de Capcom dans l’esprit des amateurs de baston en équipe. Alors quand Sony annonce un nouveau jeu de combat Marvel développé non pas par les créateurs de Street Fighter, mais par Arc System Works – les papas de Guilty Gear, excusez du peu – j’avoue avoir tiqué. Pas par mépris. Par surprise, plutôt. Un choc, disons-le franchement. Une franchise de Comics adaptée par les experts de la baston 2D façon animation japonaise, ça tranche.

Une claque visuelle, tout simplement

Je ne suis pas du genre à faire passer les visuels avant le gameplay. Impossible de faire l’impasse ici : Marvel Tokon Fighting Souls est – à mon sens – le plus beau jeu de combat jamais sorti. Voilà, c’est dit. Les personnages sont modélisés avec un souci du détail hallucinant, malgré ce style dessiné à la main.

Chaque combattant reste fidèle à son pendant comic, avec cette petite touche maison propre à Arc System Works en plus. Le seul vrai écart de ton, c’est Iron Man (son armure façon Gundam tranche sec avec le reste. Et pour le coup, ça fonctionne quand même bien. Les arrière-plans, eux, rappellent les décors en 3D de Marvel vs. Capcom 2, volontairement ou non, difficile à trancher et contrastent avec des personnages en 2D dessinée. Un clin d’œil ? Peut-être pas. Un joli hasard, en tout cas.

Il y a surtout cette direction artistique globale, obsédée par le détail jusque dans les menus. Croquis préparatoires, mentions « ne pas plier » ou repères de coupe planqués en fond d’écran. Tout évoque un carnet de croquis de dessinateur de comics. Le menu principal change carrément selon l’équipe assemblée – petit détail sur le papier, mais qui donne au jeu une vraie personnalité une fois en jeu. L’écran de sélection des personnages construit littéralement une couverture de comic book en temps réel, code-barres inclus une fois l’équipe bouclée. Diablement efficace et ça fait plaisir au fan de Comics que je suis.

Côté son, c’est du solide aussi. Le narrateur évoque immanquablement Marvel vs. Capcom et globalement, les voix sont un sans-faute. La bande-sonne m’a pas semblé si mémorable que ça mais elle reste solide, avec une mention spéciale pour les thèmes de Spider-Man et Black Panther, jouables dans la galerie avec, cerise sur le gâteau, un bébé Groot qui danse en guise de visualiseur.

Le système de combat : quatre, ça change tout

Le tag n’a rien de neuf dans le genre. Mais jamais il n’a été aussi central. Les attaques classiques suivent le schéma désormais standard emprunté à SNK ( légère, moyenne, lourde). Deux modes de contrôle cohabitent : inputs simplifiés pour que les néophytes s’amusent (c’est un jeu ASW, pas les plus simples à prendre en main) ou classiques pour les habitués et les acharnés du combo.

Le mode simplifié fait le travail à votre place. Combos et spéciaux compris. Une forme de pilotage automatique présent quand presque tous les jeux de combats actuels, mais un pilotage automatique très satisfaisant à regarder, porté par une mise en scène somptueuse. Les commandes classiques restent là pour les puristes, avec un vrai bonus à la clé : des dégâts légèrement supérieurs et des jauges qui se remplissent plus vite.

La vraie nouveauté, c’est le format 4 contre 4, une première pour le genre. De quoi inquiéter les nostalgiques du trio Marvel vs. Capcom. Sauf que la jauge de vie reste unique pour toute l’équipe. Fini les quatre barres séparées qui traînaient certains combats en longueur. Vous pouvez très bien vous reposer sur un seul personnage principal et cantonner les trois autres au rôle d’assists. Ou piocher dans les quatre selon l’adversaire en face. Détail malin : vous ne démarrez qu’avec deux combattants sur les quatre sélectionnés. Les deux autres se débloquent en mettant l’adversaire dans le mur, en le plaquant contre une paroi ou tout simplement en perdant un round.

L’emplacement de chaque personnage dans l’équipe détermine en plus son type d’assist : première place pour le projectile, deuxième pour l’anti-air, troisième pour la spécificité du personnage. Changez Spider-Man de position, et son assist change de nature. Ajoutez une jauge de compétence pour les supers, une jauge d’assist à trois niveaux et le tout paraît costaud sur le papier. Et en pratique, ça coule tout seul. Surtout une fois le tutoriel avalé. Par contre faudrait songer à retirer des tutos les déplacement gauche et droite…. faut pas pousser l’assistanat quand même !

Du contenu, il y en a… beaucoup !

Marvel Tokon Fighting Souls ne fait pas semblant côté modes. Ranked, casual, versus local, crossplay PS5/PC : on a de quoi être satisfait. Trouver des matchs en mode battle classique m’a pourtant donné du fil à retordre, mais il faut un peu de temps que les serveurs se remplissent. L’open lobby s’en sort nettement mieux, façon salles d’arcade popularisée jadis par Dead or Alive 4. Du monde, des bornes libres, une connexion en ligne globalement propre grâce au rollback désormais quasi systématique dans le genre.

Pour l’apprentissage, le jeu multiplie les portes d’entrée. Combat de démarrage façon mise en situation, guide de combat textuel consultable à tout moment, leçons dédiées à chaque personnage avec listes de combos et missions à accomplir, mode entraînement rapide accessible depuis le menu principal…. Une fois les réglages initiaux faits, ce dernier vous replonge directement dans vos derniers paramètres. Pratique pour peaufiner un combo entre deux sessions ou capturer de belles vidéos sans interface à l’écran.

Trois piliers structurent le solo. Le mode épisode d’abord : il ne se contente pas d’enchaîner des combats reliés par deux images fixes, il déroule cinq histoires façon roman graphique animé, chacune centrée sur une faction. Ce mode comporte tout de même beaucoup de cinématiques et relativement peu de combats en comparaison. Les inconditionnels du skip pourront accélérer les séquences.

L’Arcadia Rumble ensuite, plus proche du mode World Tour de Street Fighter 6. Vous incarnez un avatar qui explore une zone pour ramasser des essences d’un héros ou d’un vilain qui booste vos performances avant d’enchaîner des combats chronométrés pour grimper au classement. Amusant sur la durée mais pas indispensable pour autant.

Enfin, l’All-Star Arena regroupe arène et survie. L’arène propose un parcours ramifié avec bonus de stats selon la difficulté choisie. La survie fait grimper le niveau de vos personnages au fil des victoires jusqu’à un combat de boss ponctué d’un choix de fighter souls. Une structure qui évite les soucis classiques de la monotonie propre aux modes survie.

Le roster de lancement compte vingt personnages, essentiellement des poids lourds – Iron Man, Spider-Man, Captain America, Black Panther, Hulk – complétés par quelques choix plus surprenants comme Danger ou Magik. Du DLC est déjà prévu avec Phoenix et Cyclops en tête de gondole. Pourquoi ces deux-là en premier ? Mystère, mais le choix a de quoi ravir les fans. Une galerie ravira les curieux : artworks, musiques, biographies des personnages, des lieux, des factions, arbre relationnel détaillé de l’univers Marvel tel que réinterprété par le jeu. Rien n’a été laissé au hasard sur la licence.

Ce qui grince un peu

Premier réflexe à avoir en lançant le jeu : couper l’assistance vocale, activée par défaut, qui narre absolument tout – jusqu’au moindre menu. Utile ? Pas vraiment. Sans cette manip, la partie tourne vite au calvaire sonore. Sur PS5, le matchmaking est un poil trop capricieux, il faut parfois plusieurs minutes d’attente pour dénicher un adversaire, ironiquement, c’est un temps d’attente qui rivalise presque avec celui passé en combat. Surprenant, pour une sortie aussi attendue.

Sur le plan des mécaniques pures, la marge de progression reste réelle. Le zoning, appuyé par l’absence de temps de recharge sur les assists, m’agace un brin aussi. Avec le temps, j’y vois un ingrédient qui participe au bordel assumé du jeu, mais il faut s’y faire et ce n’est pas très agréable au part. Reste la question du prix, un poil au-dessus de la moyenne du genre. Vu l’ampleur du travail sur la licence et la richesse du contenu, on ne reste pas volé, mais le ticket d’entrée est élevé. Chacun jugera selon son budget. Bref, un jeu qui coche presque toutes les cases, avec quelques accrocs qu’un patch ou deux devraient effacer.

Marvel Tokon Fighting Souls


SupportsPC, PS5
GenreVersus Fighting
Date de sortie06 août 2026
ÉditeurPlaystation
DéveloppeurArc System Works
MultiOui


  • Direction artistique et animation d’un niveau rarement vu dans le genre
  • Système de tag à quatre personnages profond et bien pensé
  • Contenu solo généreux, entre épisode mode, Arcadia Rumble et All-Star Arena
  • Doublage convaincant, Deadpool en tête
  • Vingt personnages au lancement, avec du DLC déjà annoncé
  • Matchmaking capricieux, y compris sur PS5
  • Assistance vocale activée par défaut, à couper immédiatement
  • Certains mix-up quasi imparables sans la bonne réaction défensive
  • Prix au-dessus de la moyenne du genre

Marvel Tokon Fighting Souls

Titiks

L’avis de Titiks sur PS5

En bref

Arc System Works reprenait un flambeau lourd de trente ans d’histoire. Le studio ne s’en sort pas seulement bien, il livre l’un des jeux de combat les plus soignés de mémoire récente, capable de séduire aussi bien le néophyte qui défonce les boutons que le vétéran obsédé par l’optimisation de ses combos. Entre les problèmes de serveurs et le chantier encore ouvert sur PC, tout n’est pas rose. Mais l’essentiel, la sensation manette en main, la mise en scène, la profondeur du système de combat sont bien présents et solides. Un jeu ASW de qualité.

4.5
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