La fin d’année s’annonce toujours comme une période où nos portefeuilles crient au secours, submergés par une avalanche de sorties vidéoludiques. Dans ce tourbillon, Digimon Story : Time Stranger mérite-t-il qu’on lui fasse une place ? Ce n’est pas un chef-d’œuvre absolu, mais il y a du cœur, de la passion et quelques éclats qui rappellent pourquoi on aime cette série. Accrochez-vous, on part pour le Monde Digital… ou du moins, ce qui s’en approche.
Un départ laborieux, ou l’art de tester notre patience
Dès les premières minutes, Digimon Story : Time Stranger nous plonge dans la peau d’un détective, homme ou femme au choix, travaillant pour une organisation secrète. Notre mission ? Enquêter sur des phénomènes paranormaux liés aux Digimon dans le quartier de Shinjuku. Tout commence plutôt bien : une ambiance mystérieuse, une tour où éclate un incident, et hop, nous voilà propulsés huit ans en arrière, dans un passé où tout a basculé après une attaque dévastatrice de Digimon. Le concept intrigue, avec cette idée de voyager dans le temps pour empêcher une catastrophe mondiale. Mais très vite, le jeu semble décidé à nous faire regretter d’avoir lancé la partie.
Le tutoriel, disons-le franchement, est une épreuve de patience. Pendant près de cinq heures – oui, cinq longues heures –, on se retrouve coincé dans une boucle temporelle digne d’un jour de la marmotte, l’humour de Bill Murray et le charme d’Ande MacDowell en moins. Réveil, discussion avec une fillette dans le salon, balade en ville, accomplissement d’une tâche anodine comme jouer à cache-cache dans un parc, puis retour au lit pour recommencer. Encore. Et encore. Cette introduction interminable donne l’impression que le jeu hésite entre être un JRPG et un anime contemplatif. Sauf qu’on n’est pas là pour regarder un visual novel. On veut explorer, combattre, capturer des Digimon, pas coordonner des horaires de train ou écouter une amie insupportable rêver de devenir influenceuse. Cette phase initiale, qui semble vouloir poser l’ambiance et les personnages, finit par ressembler à une corvée, au point où j’ai failli lâcher ma manette. Je suis pas venu ici pour souffir, OK?
Et ne parlons même pas de certains personnages secondaires, comme cette amie envahissante qui semble exister uniquement pour tester nos nerfs. Chaque dialogue avec elle me donnait envie de la livrer en pâture aux Digimon les plus agressifs. Heureusement, après ce calvaire, le jeu s’ouvre enfin sur le Monde Digital… ou du moins, sur une version qui promettait beaucoup…
Une fois l’infâme tutoriel derrière nous, on espère découvrir un vaste univers, immersif, digne des grandes aventures de la série Digimon. Malheureusement, Time Stranger ne livre pas tout à fait ce qu’on attendait. Oubliez les vastes plaines ou les zones ouvertes où chevaucher vos Digimon pour explorer des contrées sauvages. Ici, le Monde Digital se résume à une ville-hub centrale et à une série de donjons accessibles via un menu. Oui, un menu. Pas de carte du monde à explorer, pas de zones interconnectées. Les donjons eux-mêmes se révèlent être des couloirs linéaires, ponctués de puzzles simplistes – activer un interrupteur avec un Digimon électrique, traverser un gouffre en “volant” (comprenez : sauter par-dessus une crevasse). C’est fonctionnel hein, mais ça manque cruellement d’ambition.
La ville-hub, Central Town, apporte un peu de vie avec ses PNJ Digimon, qui offrent des quêtes secondaires et des dialogues intéressants. Ces interactions ajoutent une touche d’immersion, et j’ai apprécié discuter avec un Shellmon ému par son envie d’aider un Titan Digimon blessé, une petite histoire qui m’a surpris par son humanité. Mais même ces moments ne suffisent pas à compenser le sentiment de confinement. Les donjons, bien que variés dans leurs thématiques (une forêt, une tour, un marais), se répètent vite. On a l’impression de revisiter encore et encore la même structure, avec des coffres à trésors si nombreux qu’ils en perdent toute valeur. On ramasse des matériaux de craft et des équipements à la pelle, au point où ça devient aussi excitant que vider une poubelle.
Le sentiment général, c’est que le Monde Digital de Time Stranger manque de souffle. On sent une volonté de poser les bases d’un univers plus vaste – peut-être pour de futurs DLC, vu la structure du jeu –, mais en l’état, il peine à captiver par son exploration. Heureusement, tout n’est pas perdu, car le cœur du jeu, lui, bat à un rythme bien plus entraînant.
Si l’exploration déçoit, le système de combat et la collecte de Digimon sauvent la mise. Les affrontements, avec le sacro-saint tour par tout, s’appuient sur une mécanique familière mais diablement efficace. Vous contrôlez trois Digimon à la fois, avec la possibilité d’en avoir trois autres en réserve, interchangeables à tout moment sans perdre de tour. Le système s’articule autour des classiques attributs de la série – Vaccine, Virus, Data – qui fonctionnent comme un pierre-feuille-ciseaux, complétés par des résistances et faiblesses élémentaires. Frappez un point faible, et un indicateur visuel vous le fait savoir avec une satisfaction immédiate. Pas besoin de mémoriser des tableaux complexes : tout est clair, accessible, et gratifiant.
Ce qui rend les combats particulièrement dynamiques, c’est l’attaque sur le terrain. Avant d’entrer en combat, vous pouvez frapper un ennemi visible pour lui infliger des dégâts préliminaires, voire l’éliminer directement si vous êtes assez puissant. Cela donne une sensation de puissance, comme si vous invoquiez une armée de Digimon pour balayer tout sur votre passage. Ajoutez à cela les Cross Arts, des attaques spéciales déblocables via votre rang d’agent, et des fenêtres de timing façon Legend of Dragoon pour des coups supplémentaires, et vous obtenez un système qui ne s’essouffle jamais. Pour les phases de grinding, l’option d’auto-combat et d’accélération x5 rend les choses fluides, vous permettant de vous concentrer sur la stratégie ou la construction de votre équipe.
La collecte de Digimon, quant à elle, est une véritable réussite. Oubliez le hasard frustrant des Pokéballs. Ici, chaque combat augmente un pourcentage de scan pour chaque Digimon rencontré. Atteignez 100 %, et vous pouvez le recruter ; poussez jusqu’à 200 %, et il rejoint votre équipe avec de meilleures stats. Ce système, simple mais addictif, récompense l’effort sans dépendre de la chance. Avec plus de 450 Digimon disponibles, la chasse devient vite une obsession. La DigiFarm, où vous stockez vos créatures, est un autre point fort. Les Digimon y gagnent de l’expérience et des matériaux même en restant inactifs, et vous pouvez les entraîner pour booster leurs stats ou modifier leur personnalité, influençant ainsi leurs évolutions.
Car oui, la Digivolution est au cœur de l’expérience. Non linéaire, elle repose sur un mélange de stats, de rang d’agent et de traits de personnalité (philanthropie, bravoure, sagesse, amabilité). Interagir avec vos Digimon sur le terrain ou à la ferme permet de façonner leur caractère, débloquant des évolutions spécifiques. Par exemple, pour transformer un Digimon en une forme avancée, il faudra peut-être augmenter sa vitesse et cultiver un trait comme “zèle”. Ce système, complexe mais jamais punitif, transforme chaque Digimon en un puzzle à résoudre, et j’ai passé du temps à planifier mes évolutions pour créer l’équipe parfaite. C’est là que Time Stranger réussi vraiment : il récompense votre investissement avec une profondeur stratégique qui donne envie de tout explorer.
Une narration qui prend son temps, mais qui fonctionne
Côté histoire, Digimon Story : Time Stranger joue la carte de la simplicité au départ, avant de s’étoffer progressivement. Les vingt premières heures se concentrent sur des missions relativement basiques : aider les habitants du Monde Digital, affronter des Titans Digimon, et glaner des informations pour comprendre comment revenir dans votre époque. Si les enjeux paraissent modestes au début, ils gagnent en ampleur avec des twists inattendus, notamment dans la seconde moitié du jeu, que je tairai pour éviter tout spoil. Disons simplement que l’intrigue aborde des thèmes comme l’amitié, la loyauté et le courage avec une sincérité qui fait mouche, même si elle met vraiment du temps à décoller.
Les personnages secondaires, malgré quelques ratés (oui, je parle toujours de cette amie insupportable), apportent un peu d’humanité. Les quêtes secondaires, souvent des FedEx ou des combats, s’intègrent bien à la progression, débloquant des points de compétence pour votre agent et enrichissant l’univers. Mention spéciale aux dialogues avec les PNJ Digimon, qui donnent vie à chaque village et rendent les interactions savoureuses.
Les combats contre les boss sont l’un des points culminants du jeu. Chaque affrontement est un véritable test de stratégie, où exploiter les faiblesses élémentaires et gérer buffs et débuffs devient crucial. J’ai souvent dû m’y reprendre à deux fois : une première pour analyser les patterns, une seconde pour optimiser ma composition d’équipe. Les Cross Arts, débloquées via votre rang d’agent, peuvent renverser le cours d’un combat, mais il faut les utiliser à bon escient. Ces batailles, exigeantes mais jamais injustes, récompensent vos efforts et donnent un vrai sentiment d’accomplissement.
L’ambiance sonore mérite une mention spéciale. Chaque action, du menu à l’équipement d’une compétence, est accompagnée d’effets sonores distinctifs vraiment agréables quand on y prête attention. Les doublages, disponibles en anglais ou japonais, sont corrects, bien que le protagoniste reste muet. Personnellement, j’ai opté pour le japonais, parce que bon… rien à faire, les doublages anglais dans un jeu japonais, ça fait tache. Visuellement, le jeu ne révolutionne rien du tout par contre, mais les designs des Digimon et les animations des combats sont soignés, même si les donjons manquent de personnalité.
Au final, Digimon Story : Time Stranger est un paradoxe. D’un côté, son système de combat, sa collecte de Digimon et son approche de la Digivolution sont des réussites totales, qui m’ont retenus pendant des dizaines d’heures. De l’autre, son tutoriel interminable, son monde étriqué et ses donjons répétitifs freinent l’élan. Si vous êtes un fan inconditionnel de Digimon, vous trouverez votre bonheur dans cette aventure riche en systèmes interconnectés et en clins d’œil à la série. Mais si vous cherchez un JRPG rythmé et immersif dans un marché saturé de pépites, ce titre risque de vous laisser sur votre faim, surtout à plein prix.
Digimon Story – Time Stranger
| Supports | PC, PS5, Xbox Series |
| Genre | RPG |
| Date de sortie | 03 octobre 2025 |
| Éditeur | Bandai Namco |
| Développeur | Media Vision |
| Multi | Non |

Après un rai test de patience, Digimon Story : Time Stranger transforme chaque Digimon en récompense pour vos efforts et votre planification.
On a aimé
- Un système de combat fluide et stratégique, sublimé par l’attaque sur le terrain et les Cross Arts.
- La collecte et la Digivolution, addictives et profondes, avec plus de 450 Digimon à recruter.
- La DigiFarm, un outil ingénieux pour gérer et entraîner vos créatures sans pénalité.
- Une narration qui, malgré un départ très lent, gagne en émotion et en complexité.
- Une bande-son et un sound design immersifs, qui donnent vie à chaque action.
On a moins aimé
- Un tutoriel interminable qui teste la patience, avec des boucles narratives redondantes.
- Un Monde Digital décevant, réduit à une ville-hub et des donjons linéaires sans envergure.
- Une surabondance de coffres à trésors, qui rend leur découverte anecdotique.
- Certains personnages secondaires agaçants, qui nuisent à l’immersion.
Digimon Story – Time Stranger
Titiks

En bref
Dans un monde idéal, j’aurais aimé un Monde Digital plus vaste, des donjons plus inspirés et une introduction moins soporifique. Time Stranger n’est pas parfait, mais il a du cœur. Si vous pouvez attendre une baisse de prix, autour de 20-30 euros, il mérite qu’on lui donne une chance. Sinon, avec la concurrence féroce de cet automne, il risque de se perdre dans la foule.
À propos de l’auteur
Titiks
Quadra assumé, daron de 3 apprenties gameuses, fan de tout ce qui est capable de raconter une bonne histoire. Touche-à-tout, mais surtout de bonnes aventures qui savent surprendre, et dévoué à l’univers console depuis que Sega était plus fort que tout, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée #2AMFather.