Vous n’êtes pas sans savoir que Microids s’est atelé à nous ramener des vieilles licences au travers de jeux. Après un Goldorak sympathique (moi j’avais aimé, tout en reconnaissant les limites) c’est au tour de Cobra (Bébèl version japonaise) au travers d’un Metroïdvania qui retrace les premiers chapitres de l’aventure.
Un space opera qui sent la poudre et le cigar explosif
Pour ceux qui, comme moi, ont grandi avec le manga de Buichi Terasawa ou l’anime culte des années 80, Space Adventure Cobra peut sembler ressurgir de nulle part. Créé en 1978, ce space opera suit les aventures de Cobra, un pirate de l’espace au charisme insolent, inspiré par l’élégance désinvolte de Jean-Paul Belmondo et la coolitude de James Bond. Avec son Psycho Gun greffé au bras gauche, son cigare explosif et son penchant pour l’humour, Cobra incarne un mélange unique de western galactique, de pulp sci-fi et de romance épicée.

Le jeu, développé par le studio français Magic Pockets et édité par Microids, adapte les 12 premiers épisodes de l’anime original, nous plongeant dans une quête où Cobra, accompagné de sa fidèle Lady Armoroid (Armanoïde ?), traque des trésors, affronte des mafias intergalactiques et sauve l’univers avec une nonchalance légendaire.

Dès les premières minutes, le ton est donné. Les cinématiques, directement tirées de l’anime et remasterisées, nous accueillent avec des couleurs chatoyantes et une bande-son jazzy qui semble tout droit sortie d’un vinyle des années 80. Je me surprends à sourire face à l’audace d’un Cobra aussi charismatique qu’efficace. Le jeu ne cherche pas à réinventer l’histoire, mais à la retranscrire fidèlement, avec ses dialogues doublés (en français, anglais et japonais – un nouveau doublage français est de mise, et il fait de son mieux pour redonner son timbre si particulier en français) et son humour volontairement kitsch. Pourtant, derrière cette façade rétro, on se pose forcément une question : un jeu de 2025 peut-il se contenter de surfer sur la nostalgie sans moderniser son gameplay ? Goldorak, on pense à toi.

Manette en main, Space Adventure Cobra – The Awakening se présente comme un platformer 2D mâtiné de run-and-gun, avec une touche de Metroidvania. Vous incarnez Cobra, armé d’un arsenal varié : le Psycho Gun, capable de tirs dirigés via le Psychoshot, des cigars explosifs, un grappin, des bottes d’escalade et une esquive offrant une brève invincibilité. Chaque mission, structurée comme un épisode de l’anime, alterne entre phases de plateforme, combats et énigmes environnementales. L’idée est séduisante : on explore des planètes aux environnements variés – déserts arides, villages sous-marins, bases spatiales plongées dans la pénombre – tout en dénichant des collectibles, des améliorations pour la santé ou l’attaque spéciale, et des secrets bien cachés.

Mais si le concept d’épisode fonctionne et est aussi dépaysant qu’ne série animée, son exécution est moins réussie. Les contrôles, d’abord, sont un obstacle de taille. Imaginez-vous en plein combat, esquivant une pluie de tirs ennemis tout en essayant de viser avec le Psycho Gun. Vous maintenez la gâchette gauche pour verrouiller votre position, pressez la gâchette droite pour tirer, mais oups, vous avez appuyé sur la mauvaise touche, et voilà que vous déclenchez une attaque spéciale au lieu du Psychoshot.

Les commandes manquent d’uniformité, avec des combinaisons de boutons parfois contre-intuitives. Par exemple, viser les cigars explosifs nécessite de maintenir la gâchette gauche et d’appuyer sur triangle, tandis que le Psychoshot combine gâchette gauche et droite. Cette ergonomie bancale demande un temps d’adaptation frustrant, surtout dans les moments où la précision est cruciale.


Une fois la courbe d’apprentissage surmontée, le gameplay révèle un certain charme. Les combats, bien que souvent chaotiques, offrent une cadence satisfaisante. Le Psychoshot, qui permet de contrôler la trajectoire des projectiles, est un régal lorsqu’il s’agit de toucher des cibles hors d’atteinte ou de nettoyer un groupe d’ennemis. Les boss, bien que peu nombreux, testent votre maîtrise des mécaniques, obligeant à alterner entre esquive, grappin et tirs bien placés. Ces moments, où le jeu trouve son rythme, rappellent la tension des run-and-gun old-school comme Contra ou Metal Slug.
Les énigmes environnementales, bien que simples, apportent une touche de variété à l’exploration. Certaines zones nécessitent de guider un tir téléguidé pour ouvrir une porte, ou d’utiliser le grappin pour atteindre des plateformes inaccessibles. Ces casse-tête, bien intégrés, évitent que l’expérience ne se résume à un simple défouraillage. Cependant, la rigidité des animations et les hitboxes imprécises viennent souvent gâcher le plaisir. Combien de fois ai-je pesté en voyant Cobra rater une plateforme à cause d’un saut trop flottant ou d’une collision mal calibrée ?
L’univers de Space Adventure Cobra est un cocktail détonant de science-fiction pulp, de western galactique et de glamour rétro. On y croise des mafieux interstellaires, des chasseurs de primes, des aliens grotesques et des femmes fatales aux courbes généreuses – un héritage assumé des années 70-80, où l’anime n’hésitait pas à jouer la carte du sexy pour séduire. Le jeu ne tombe pas dans l’excès, évitant les moments trop grivois de l’anime, mais conserve cette vibe de série B assumée, avec des méchants aux noms délicieusement absurdes comme Crystal Bowie ou Vaiken. Merci au studio d’avoir conservé cette essence, même en 2025.

La nostalgie est au cœur de l’expérience. Pour les fans aux cheveux gris dont je fais partie, chaque cinématique tirée de l’anime est une madeleine de Proust, un retour à l’époque des VHS et des soirées devant Club Dorothée. Les dialogues, fidèles à l’esprit de l’œuvre originale, débordent de répliques cultes et d’humour volontairement outrancier. Entendre Cobra lancer un « Va te faire voir ! » avec une intonation parfaite en version française ou la l’insolence du doublage japonais est un pur délice. Même pour les néophytes, l’ambiance rétro-futuriste est contagieuse. On se laisse emporter par ce mélange de jazz funky, de synthés rétro et de décors qui évoquent les pochettes de romans pulp des années 60.

Mais cette fidélité à l’œuvre originale est à double tranchant. En adaptant directement les 12 premiers épisodes de l’anime, le jeu opte pour une approche conservatrice, sans proposer de nouvelle histoire. Les fans y trouveront leur compte, mais d’autres auraient aimé une aventure inédite pour surprendre même les connaisseurs. Les cinématiques, bien que bien intégrées, donnent parfois l’impression de regarder un épisode entrecoupé de phases de jeu, ce qui peut briser le rythme pour ceux qui préfèrent une narration plus fluide. Mais moi j’aime bien – me manque juste mon petit bol de céréales.
Visuellement, Space Adventure Cobra – The Awakening est un paradoxe. Les cinématiques, tirées de l’anime et upscalées avec soin, capturent parfaitement l’esthétique glam des années 80, avec leurs couleurs saturées et leurs designs exubérants. En jeu, cependant, la direction artistique est plus inégale. Les environnements 3D, bien que fonctionnels, manquent vraiment de personnalité, d’une patine adaptée que je ne saurais décrire. Les textures sont souvent plates, et les décors, bien que variés (déserts, bases spatiales, zones sous-marines), font peu impression. On aurait aimé un style 2D plus fidèle à l’anime, avec des sprites détaillés qui rendent justice à l’esthétique de Buichi Terasawa. Les moments où la caméra zoome sur Cobra ou adopte une perspective cinématique sont rares, mais aussi surprenante que réussie, et on regrette qu’ils ne soient pas plus fréquents.
Côté sonore, ça fait mouche. La bande-son, composée de reprises des thèmes iconiques de l’anime, est un régal pour les oreilles. Les mélodies jazzy et funky, ponctuées de synthés rétro, accompagnent parfaitement l’action, même si la répétitivité de certains morceaux finit par lasser sur les sessions longues. Le doublage, lui, est une franche réussite. Que ce soit en français ou en japonais, pour les puristes, les voix donnent vie à l’univers avec une énergie communicative. Les ennemis, eux, répètent parfois leurs lignes jusqu’à l’overdose, mais c’est un détail mineur face à la qualité globale.

Sur le plan technique, Space Adventure Cobra – The Awakening est une production modeste, et cela se ressent. Développé par Magic Pockets, un studio habitué aux projets à petit budget (pensez à Miraculous), le jeu affiche des performances stables, notamment à 60 FPS sur PS5. Cependant, des bugs occasionnels viennent entacher l’expérience, notamment dans le mode coop à deux joueurs, qui souffre de problèmes de synchronisation et de freezes. Ce mode, séparé de la campagne principale, est malheureusement anecdotique, avec des niveaux fades et un gameplay qui ne tire pas parti de la coopération.
L’ergonomie, comme mentionné, est le principal point noir. Les contrôles, bien que riches en possibilités, manquent de fluidité et de cohérence. La courbe d’apprentissage est raide, et même après des heures de jeu, j’ai parfois pesté contre des erreurs dues à une mauvaise lecture des actions à réaliser. Les hitboxes, souvent imprécises, aggravent la frustration, surtout dans les phases de plateforme exigeantes. Pourtant, le jeu compense par une difficulté bien dosée (trois niveaux au choix) et un système de checkpoints généreux, qui évite de rendre les échecs trop punitifs.

Avec une durée de vie d’environ 6 à 10 heures selon votre style de jeu, Space Adventure Cobra – The Awakening offre un contenu respectable pour un titre à petit budget. Les missions secondaires, où l’on incarne des personnages comme Lady ou Jane, apportent une touche de variété, même si leurs mécaniques restent proches de celles de Cobra. Les collectibles, les améliorations (santé, Psychomètre, attaque spéciale) et le système de scoring incitent à revisiter les niveaux pour améliorer ses performances ou dénicher des secrets déblocables avec les nouvelles compétences. Un hub central, le vaisseau de Cobra, permet de personnaliser son intérieur ou de s’entraîner au stand de tir, une petite touche sympathique mais dispensable.
Côté innovations, le jeu joue la carte de la sécurité. Le Psychoshot, qui permet de contrôler les projectiles, est une mécanique astucieuse, mais sous-exploitée dans les niveaux avancés. Les énigmes environnementales et les changements de perspective (comme les phases sous-marines ou à défilement automatique) sont des idées bienvenues, mais elles restent trop rares pour renouveler notre intérêt. On aurait aimé plus d’audace, comme des boss plus complexes ou des niveaux qui exploitent davantage le grappin et l’esquive.
Pour les fans de la première heure, Space Adventure Cobra – The Awakening est une lettre d’amour à l’œuvre de Buichi Terasawa. Chaque cinématique, chaque réplique, chaque note de musique est un clin d’œil à l’anime, recréant l’ambiance des années 80 avec une fidélité presque religieuse. Les références à Jean-Paul Belmondo, comme les trophées « L’As des As » ou « Le Professionnel », raviront les amateurs de clins d’œil culturels. Le jeu parvient à transmettre la nostalgie d’une époque où les héros étaient de vrais héros, où les méchants avaient des noms improbables et où l’aventure rimait avec panache.

Côté gameplay, le titre s’inspire des classiques du run-and-gun et des platformers 2D, comme Shinobi, mais il souffre de son manque de polish. Les mécaniques, bien que variées, auraient gagné à être plus fluides pour rivaliser avec les références du genre. La fidélité à l’anime, si elle est un atout pour l’immersion, limite l’ambition du jeu, qui se contente de retranscrire l’histoire sans la réinventer. On ressent l’amour des développeurs pour la franchise, mais aussi les contraintes d’un budget limité.
Pour les fans de Cobra, ce titre est une madeleine de Proust, un retour à l’époque des héros charismatiques et des aventures bigger than life. Pour les nouveaux venus, c’est une porte d’entrée vers un univers unique, à condition d’accepter ses aspérités. À 20 €, le voyage vaut le détour pour les amateurs de platformers rétro ou de space opera. Mais à 40-50 €, le prix demandé par l’éditeur, il peine à se justifier pleinement.
Space Adventure Cobra – The Awakening
| Supports | PC, PS5, Xbox Series, Switch |
| Genre | Metroidvania |
| Date de sortie | 26 août 2025 |
| Éditeur | Microids |
| Développeur | Magic Pockets |
| Multi | Oui |

Space Adventure Cobra – The Awakening est un platformer rétro attachant, fidèle à l’anime culte, mais freiné par des contrôles maladroits et un manque d’ambition narrative.
On a aimé
- Une ambiance rétro-futuriste délicieusement kitsch, fidèle à l’anime.
- Un doublage excellent, en français comme en japonais, qui donne vie à Cobra.
- Une bande-son jazzy et funky qui capture l’essence des années 80.
- Des mécaniques variées (Psychoshot, grappin, énigmes) qui enrichissent le gameplay.
- Une rejouabilité correcte grâce aux collectibles et au scoring.
On a moins aimé
- Des contrôles maladroits et une ergonomie perfectible.
- Des hitboxes imprécises qui génèrent de la frustration.
- Une direction artistique inégale, avec des environnements 3D ternes.
- Un mode coop décevant et buggé.
- Une fidélité à l’anime qui limite l’innovation narrative.
Space Adventure Cobra – The Awakening
Titiks

En bref
Alors, faut-il enfiler la combinaison rouge de Cobra et partir à l’assaut des galaxies ? Si vous cherchez une expérience qui fleure bon les années 80, avec son lot de charme et de défauts, la réponse est oui. Mais préparez-vous à jurer plus d’une fois avant de savourer la victoire. Comme Cobra, ce jeu est imparfait, mais diablement attachant.
À propos de l’auteur
Titiks
Quadra assumé, daron de 3 apprenties gameuses, fan de tout ce qui est capable de raconter une bonne histoire. Touche-à-tout, mais surtout de bonnes aventures qui savent surprendre, et dévoué à l’univers console depuis que Sega était plus fort que tout, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée #2AMFather.