Je me revois encore, vieil ado, manette en main, enchaînant les combos dans Tony Hawk’s Pro Skater 3 sur ma vieille PS2, le son de Ace of Spades de Motörhead résonnant dans le salon. C’était l’époque des jeans baggy, des VHS et des soirées à mater le European Top 20 su MTV. Après le succès éclatant du remake de Tony Hawk’s Pro Skater 1+2 il y a cinq ans, les attentes étaient aussi hautes qu’un half-pipe. Mais, après avoir passé des heures à grinder, skitcher et rater des darkslides, je dois l’admettre : ce nouvel opus, signé Iron Galaxy, m’a laissé un goût doux-amer.

Une sensation de glisse toujours au rendez-vous

D’entrée de jeu, impossible de ne pas saluer la fidélité du gameplay. Si vous avez déjà touché un Tony Hawk, vous savez à quoi vous attendre : une fluidité qui donne l’impression que la manette est une extension de vos doigts. Les tricks s’enchaînent avec une précision diabolique, que ce soit un simple kickflip ou une combinaison improbable de grinds, manuals et reverts. Tony Hawk’s Pro Skater 3 avait marqué un tournant en 2001 avec l’introduction du revert, ce move qui permet de prolonger un combo en passant d’un quarter-pipe à un manual. Pro Skater 4, lui, avait poussé le concept plus loin avec le skitching (s’accrocher à des voitures pour gagner de la vitesse) et le spine transfer, parfait pour naviguer entre deux rampes. Tout ça est là, intact, et même sublimé par des contrôles modernisés. J’ai passé des heures à tenter des lignes parfaites dans Foundry, slalomant entre les flammes et les machines, ou à San Francisco, où le soleil couchant donne une vibe presque mélancolique au bitume. Chaque run, même raté, donne envie de relancer, juste pour le plaisir de sentir la planche répondre au quart de tour.

Les environnements, eux, ont eu droit à un lifting impressionnant sous Unreal Engine 4. Foundry crache ses étincelles avec une intensité qui donne chaud, et San Francisco s’offre une lumière dorée qui transforme chaque session en carte postale. Les nouvelles maps, comme Movie Studio avec ses décors de plateau bourrés de props, ou Pinball, une table de flipper géante aux défis complètement barrés, s’intègrent parfaitement. Water Park, avec ses rampes fluides et ses lignes interminables, m’a scotché pendant des heures. Ces ajouts prouvent qu’Iron Galaxy a compris l’essence des niveaux originaux, même si, on y reviendra, tout n’est pas rose.

Un roster qui en jette, mais un mode carrière qui patine

Côté casting, on est gâtés. Le roster aligne 35 skaters, un mélange de légendes comme Tony Hawk, Chad Muska ou Steve Caballero, et de nouveaux visages comme Chloe Covell ou Aurélien Giraud. Chaque skater a ses propres stats, ce qui donne une vraie profondeur au choix de votre avatar. Vous préférez grinder comme un dieu ? Rodney Mullen est votre homme. Vous voulez voler dans les airs ? Allez-y avec Eric Koston. J’ai adoré alterner entre les profils, customiser leurs boards et leurs tenues, même si le mode Create-a-Skater manque un peu d’options comparé à ce qu’on avait dans 1+2. Les cosmétiques à débloquer, des t-shirts aux trucks, suffisent à garder la carotte sous le nez, mais j’aurais aimé plus de liberté pour façonner mon propre style.

Là où le bât blesse, c’est dans la refonte du mode carrière, surtout pour Pro Skater 4. À l’époque, ce titre se distinguait par son approche libre : on explorait des niveaux ouverts, on discutait avec des PNJ pour débloquer des missions, et on skatait sans la pression d’un chrono. Ce système, qui avait inspiré des jeux comme Skate plus tard, donnait une fraîcheur unique à Pro Skater 4. Dans ce remake, tout ça a disparu. Les niveaux de 4 ont été remodelés pour coller au format des jeux précédents, avec un timer strict (réglable, heureusement, jusqu’à 60 minutes) et des objectifs standardisés. Exit les interactions savoureuses avec des personnages loufoques ou les missions décalées comme libérer la langue de Chuck dans Canada. À la place, on se retrouve avec des objectifs plus génériques, souvent réduits à des courses au score. Zoo, par exemple, perd son âme en devenant un simple skatepark sans ses animaux emblématiques. Pro Skater 3 s’en sort mieux, avec des niveaux plus fidèles, mais même là, le choix d’un mode carrière unifié, sans objectifs spécifiques à chaque skater, aplatit l’expérience. J’ai ressenti un vrai pincement au cœur en voyant ces changements, comme si on avait vidé ces jeux de leur personnalité pour les faire rentrer dans un moule.

Heureusement, tout n’est pas à jeter. Une fois les objectifs classiques bouclés, les Pro Goals entrent en jeu, et là, ça devient corsé. Atteindre des scores platine ou réussir des tricks spécifiques, comme grinder un seau de métal en fusion dans Foundry, demande une maîtrise qui parlera aux puristes. Le mode Solo Tour, débloqué après avoir tout torché, ramène un peu de l’esprit des carrières classiques, mais le fait qu’il soit relégué au rang de récompense m’a laissé perplexe. À ce stade, vos skaters sont déjà boostés à fond, ce qui rend l’expérience moins gratifiante. On aurait aimé que ce mode soit la base, pas une cerise sur un gâteau déjà bien entamé.

Le multijoueur, lui, est une franche réussite. Les modes classiques comme Trick Attack ou Graffiti sont toujours là, et l’ajout du mode Hawk est une petite pépite. L’idée ? Cacher des lettres dans le niveau pour que vos adversaires les trouvent, ou partir à la chasse aux leurs. C’est malin, compétitif, et ça colle parfaitement à l’esprit du jeu. Avec le cross-play jusqu’à huit joueurs et un Park Creator pour partager vos créations, on sent qu’Iron Galaxy a mis le paquet pour prolonger la durée de vie. J’ai passé des soirées entières à défier des potes en ligne, à rire de nos chutes et à peaufiner des parks absurdes. C’est dans ces moments que le jeu retrouve toute sa magie.

Un mot sur la bande-son, parce qu’on ne peut pas parler de Tony Hawk sans évoquer sa musique, ADN de la série. Les jeux originaux étaient des vitrines du punk, du rock et du hip-hop des années 2000, avec des groupes comme The Offspring, System of a Down ou Red Hot Chili Peppers. Dans ce remake, on retrouve seulement une dizaine de morceaux originaux, comme Ace of Spades ou My Adidas, et c’est une maigre consolation. Le reste ? Un mix de nouvelles chansons d’artistes originaux (Iron Maiden, Motörhead) et de titres modernes de Danny Brown ou Fontaines D.C. Je ne vais pas cracher sur Alice in Chains, mais perdre des classiques comme Wish d’Alien Ant Farm ou Fight Like a Brave des Red Hot Chili Peppers, c’est un coup dur. Tony Hawk lui-même a revendiqué l’idée de rafraîchir la tracklist, mais franchement, ça sonne comme une excuse pour contourner des problèmes de droits. Résultat : l’ambiance n’a plus tout à fait la même saveur, et c’est un crève-cœur pour les nostalgiques.

Côté technique, le jeu tient la route, mais pas sans quelques dérapages. Sur PS5, le mode performance à 120 Hz est fluide, mais j’ai croisé des bugs agaçants : des collisions hasardeuses, des skaters qui traversent des murs ou finissent dans l’océan après un saut raté. Le mode fidélité limite les soucis de tearing, mais quelques textures baveuses et des visages parfois maladroits rappellent qu’on n’est pas face à un AAA du calibre d’un Death Stranding 2. Rien de rédhibitoire, mais ces accrocs cassent un peu l’immersion, surtout quand on enchaîne les runs pour chasser le high score.

Tony Hawk’s Pro Skater 3+4


SupportsPC, PS4, Ps5; XBox One, XBox Series, Switch, Switch 2
GenreSport
Date de sortie11 juillet 2025
ÉditeurActivision
DéveloppeurIron Galaxy Studios
MultiNon


  • Un gameplay toujours aussi précis et addictif, avec des tricks qui s’enchaînent bien.
  • Des graphismes modernisés qui rendent hommage aux niveaux iconiques tout en ajoutant de nouvelles maps réussies.
  • Un multijoueur solide, avec le mode Hawk.
  • Une quantité de contenu généreuse
  • La refonte du mode carrière de Pro Skater 4, qui perd son identité au profit d’un format standardisé.
  • Une bande-son amputée de ses classiques, loin de l’âme des originaux.
  • Quelques bugs et collisions qui viennent gâcher la fête.

Tony Hawk’s Pro Skater 3+4

Titiks

L’avis de Titiks sur PS5

En bref

Tony Hawk’s Pro Skater 3+4 est un jeu qui sait faire vibrer, mais qui trébuche sur des choix difficiles à pardonner. Le gameplay reste une masterclass, et les nouveaux niveaux comme Pinball ou Water Park prouvent qu’Iron Galaxy a du talent pour capturer l’esprit de la série. Mais en sacrifiant l’âme de Pro Skater 4 et en diluant la bande-son, ce remake perd une partie de ce qui rendait ces jeux si spéciaux. Si vous cherchez juste à grinder et à chasser le score, vous allez y trouver du plaisir.

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