Je n’avais pas prévu qu’un jeu sur une mouche me secouerait autant. Time Flies, signé par le studio suisse Playables, transforme la vie minuscule et éphémère d’une mouche en une réflexion sur notre propre existence. Ce n’est pas une épopée héroïque, mais une expérience intime et poétique, qui nous pousse à contempler ce que nous faisons du temps qui nous est donné. Et comprenez bien : à la base, je déteste les mouches, y’a rien de pire pour m’énerver.
Une mouche, une liste et un chrono
Dès les premières secondes, Time Flies pose ses règles avec une simplicité désarmante. Je choisis un pays pour ma mouche, et son espérance de vie, basée sur les données de l’Organisation Mondiale de la Santé, se traduit en secondes. Au Japon, on obtient 84,5 secondes de vie, mais en Palestine, ce temps chute à 73,5 secondes, un chiffre qui reflète des données de 2021, largement dépassées par les événements mondiaux. Ce choix initial, presque anodin, plante le décor : chaque seconde compte, et la mort arrive vite.


La mission consiste à accomplir une liste de tâches aux intitulés cryptiques et pleins d’humour, comme « Juste rouler avec » ou « Rencontrer ton plus grand fan ». Ces objectifs, souvent des jeux de mots, invitent à explorer des environnements – une maison, une bibliothèque, un égout – en interagissant avec des objets du quotidien. Faire dérouler un rouleau de papier toilette coche la première tâche. Chaque niveau propose une poignée de ces défis, et le but est de tous les compléter avant que le chrono atteigne zéro. Inévitablement, la mouche s’effondre, et on recommence, armé seulement de nos connaissances sur les lieux.

Les contrôles sont d’une simplicité enfantine : on guide la mouche avec le stick, on zoome sur les objets en s’approchant, et un bouton permet d’interagir. Pas besoin de réflexes surhumains ou de tutoriels complexes. Cette accessibilité met l’accent sur l’exploration et la découverte, mais elle a un revers : les mouvements maladroits de la mouche, volontairement patauds, peuvent énerver lorsqu’il s’agit de viser précisément un objet sous la pression du temps.

Visuellement, Time Flies m’a immédiatement happé par son esthétique monochrome. Chaque objet – un téléviseur, une lampe, une pile de livres – est dessiné avec une précision méticuleuse, donnant au monde une texture de dessin animé vivant. Elle élimine toute distraction pour nous plonger dans l’intimité du périple de la mouche.
Le son joue un rôle tout aussi crucial. Le bourdonnement constant de la mouche, discret mais omniprésent et presque agaçant, me rappelle sa fragilité. Les bruits ambiants – le tic-tac d’une horloge, le grésillement d’une télé allumée – ancrent chaque lieu dans une petite réalité familière. Quand on interagit avec un objet, un son distinct, comme le clic d’un interrupteur ou le froissement d’une feuille, ponctue notre action. Ces détails sonores, minimalistes, rendent chaque découverte gratifiante, comme si le monde murmurait : « Tu es sur la bonne voie. »

Une Réflexion sur le Temps qui Passe
Ce qui m’a le plus marqué dans Time Flies, c’est sa capacité à transformer des actions absurdes en moments de réflexion. Pousser une statuette vers une autre pour « réunir les gens » ou s’asseoir sur une pile de déchets avec d’autres mouches pour « passer du temps en famille » peut sembler ridicule. Pourtant, ces tâches, sous leur vernis humoristique, touchent à des aspirations universelles. Qui n’a jamais voulu laisser une trace, aimer, ou simplement contempler sa vie ? Le jeu ne me le dit pas explicitement – il n’y a ni dialogue, ni intrigue linéaire – mais il le fait ressentir à travers chaque objectif accompli.
La mécanique du chrono, implacable, ajoute une sacrée tension. À mesure que les secondes s’égrènent, on se surprend à optimiser ses trajets, à mémoriser l’emplacement des objets pour rayer plus de tâches. Mais parfois, on s’arrête. On bourdonne autour d’une lampe, on s’attarde sur un livre ouvert, et on se demande : est-ce qu’on profite vraiment de ces instants ? Le jeu invite à choisir entre la frénésie de tout accomplir et la sérénité d’explorer à son rythme.
Une fois dans cet état d’esprit très spécial, des détails commencent à prendre de l’importance. Par exemple, dans le premier niveau, on peut pousser les aiguilles d’une horloge pour gagner quelques précieuses secondes. Ce petit sursis, presque dérisoire, fait réfléchir à la façon dont nous cherchons tous, à notre manière, à grappiller un peu plus de temps.

Mais Time Flies n’est pas parfait, et je dois l’admettre, certains aspects m’ont frustré. La répétition est le principal écueil. Recommencer chaque liste de tâches à zéro à chaque mort, avec des contrôles parfois imprécis, se transforme vite en corvée. Ce qui commence comme une méditation sur la mortalité peut devenir une course contre la montre, surtout dans les niveaux plus avancés où les tâches demandent plus de précision. Le chrono, censé renforcer le propos, donne parfois l’impression de nous étouffer plutôt que de nous inspirer.
L’esthétique monochrome, bien que magnifique, risque de rebuter ceux d’entre nous qui préfèrent des univers plus colorés. Elle sert parfaitement le jeu, mais sa sobriété peut sembler austère, surtout sur de longues sessions. Enfin, le jeu ne plaira pas à tout le monde. Si vous cherchez des combats ou une narration complexe, passez votre chemin. Time Flies demande une volonté de s’immerger dans une expérience introspective. Sans cette disposition, il risque de vous laisser indifférent.
Un aspect du jeu m’a particulièrement troublé : son utilisation des données de l’OMS sur l’espérance de vie. En choisissant un pays, on ne fait pas qu’opter pour un chrono différent : on se confronte à des réalités mondiales. Apprendre que la mouche vit 83,3 secondes en Suisse, mais seulement 73,5 en Palestine. Comme je le disais plus haut, les développeurs reconnaissent que leurs données, basées sur 2021, sont déjà obsolètes. Malgré tout, cette prise de conscience, presque totalement annexe, ajoute de la gravité à une expérience autrement légère.

Les créateurs ont voulu intégrer ces données pour nous faire réfléchir à la finitude de l’existence, mais sans doute aussi aux disparités qui marquent le monde. Leur choix d’inclure ce type de régions, absentes de certaines bases de données officielles, renforce cette intention. Cela donne au jeu une portée inattendue, transformant une simple mouche en un miroir de nos réalités.
Après environ deux heures de jeu, j’ai bouclé les quatre niveaux, connectant chaque tâche avec une certaine satisfaction. Mais ce n’est pas la complétion qui m’a marqué. C’est l’émotion, presque inattendue, qui m’a pris en repensant à ces vies minuscules. On pense inévitablement ce que signifie vivre pleinement, même pour quelques secondes. Time Flies ne cherche pas à nous divertir avec des explosions ou des rebondissements. Il nous demande de regarder notre propre existence en face, de trouver du sens dans l’insignifiant. J’ai flingué votre moral ?
Time Flies est un ovni vidéoludique, une méditation interactive qui transforme la vie éphémère d’une mouche en une leçon universelle. Il ne cherche pas à nous éblouir, mais à nous murmurer quelque chose de simple et de profond : le temps passe, alors que faisons-nous de lui ?
Time Flies
| Supports | PC, Mac, PS5, Switch |
| Genre | Aventure |
| Date de sortie | 31 juillet 2025 |
| Éditeur | Panic |
| Développeur | Playables |
| Multi | Non |

Dans Time Flies, chaque seconde compte pour nous rappeler que même une vie minuscule peut laisser une empreinte.
On a aimé
- Une esthétique monochrome somptueuse, qui donne vie à chaque objet avec une élégance minimaliste.
- Une bande-son subtile, où chaque son renforce l’intimité de l’expérience.
- Une réflexion profonde sur la mortalité, déguisée en jeu de mots et en tâches absurdes.
- Une accessibilité qui met l’accent sur la découverte plutôt que sur la performance.
On a moins aimé
- La répétition des tâches peut transformer l’expérience en une corvée frustrante.
- Les contrôles maladroits rendent certaines interactions laborieuses, surtout sous la pression du temps.
- L’esthétique, bien que belle, risque de sembler monotone à certains d’entre nous.
- Une expérience qui demande une ouverture d’esprit, au risque de ne pas parler à tout le monde.
Time Flies
Titiks

En bref
Malgré ses défauts – une répétitivité parfois agaçante et une esthétique qui ne plaira pas à tous – il réussit à laisser une marque. Pour nous, qui aimons les expériences qui sortent des sentiers battus, c’est un rappel que même les plus petites histoires peuvent avoir un grand impact.
À propos de l’auteur
Titiks
Quadra assumé, daron de 3 apprenties gameuses, fan de tout ce qui est capable de raconter une bonne histoire. Touche-à-tout, mais surtout de bonnes aventures qui savent surprendre, et dévoué à l’univers console depuis que Sega était plus fort que tout, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée #2AMFather.