Trente-deux ans après, j’ai remis les mains sur un point-and-click qui sent la grande époque, mais qui tourne en 4K 60fps sur ma PS5. Simon the Sorcerer Origins est arrivé sans tambour ni trompette, avec juste assez de nostalgie pour faire battre le cœur des vieux joueurs et assez de promesses pour tenter les curieux.

C’est Préquel !

Le jeu débute comme un souvenir qu’on n’aurait jamais vécu. Avril 1993. Simon a douze ans, il vient d’être viré du collège, ses parents déménagent, et pendant qu’ils se disputent sur la route, il monte le son de « Together Forever » de Rick Astley sur son walkman. Oh, le jeu me prend déjà par les sentiments. Quelques minutes plus tard, une porte l’aspire dans un monde parallèle peuplé de sorciers, de trolls qui parlent avec un accent et de poules qui philosophent. Si vous avez joué au premier Simon en 93, vous savez exactement où cette histoire va se terminer : au moment précis où l’original commençait. La boucle est bouclée avant même d’avoir commencé, et c’est déjà une belle émotion.

Ce qui frappe d’abord, c’est la beauté du geste. Small Things Studios et les équipes italiennes de 34BigThings ont pris trois ans et quatre-vingts personnes pour dessiner plus de quinze mille images à la main. Pas de 3D, pas d’upscale paresseux : chaque frame est peinte, chaque personnage respire. Les éclairages rappellent parfois des dessins animés comme Le Géant de Fer (pour ceux qui connaissent), les transitions entre cinématiques et gameplay coulent sans le moindre chargement, comme si vous regardiez un long-métrage Disney des années 2000 qui aurait décidé de vous laisser cliquer dedans. Chris Barrie, la voix anglaise historique, reprend le rôle avec la même gouaille adolescente, et entendre ce timbre intact après trente-deux ans fait quelque chose. Mason Fischer signe une bande-son qui oscille entre flûte enchantée et mélodies douces-amères, et oui, « Together Forever » est bien là, en ouverture et à quelques moments clés, comme un clin d’œil qu’on n’osait plus espérer. Pour toujours et à jamais avec toi, Rick !

Manette en main, on retrouve instantanément les réflexes d’antan. On explore, on ramasse tout ce qui traîne, on combine des objets improbables, on parle à des personnages qui semblent sortis d’un Monty Python sous acide. Mais Origins apporte deux grandes idées neuves qui changent vraiment la donne : les sorts élémentaires (feu, glace, vent, lumière) que l’on utilise comme des objets d’inventaire, et surtout les chapeaux magiques. Chaque chapeau coloré modifie la nature des items qu’il contient (c’est votre inventaire). Un bout de bois devient plume avec le chapeau blanc, plume devient lance avec le vert, etc. L’idée est brillante sur le papier : elle pousse à re-tester systématiquement ses possessions dès qu’un nouvel accessoire tombe entre vos mains. Mais en pratique, elle devient vite le cœur du problème.

Car si le jeu est sublime à regarder et délicieux à entendre, il est souvent infernal à jouer. Les énigmes ne sont pas simplement ardues, elles sont parfois conçues avec une logique qui semble défier toute raison humaine – et c’est un gars qui a bouclé tous les Monkey Island qui vous le dit. Vous allez passer quarante minutes à combiner des sorts dans un ordre précis pour obtenir un chapeau qui transforme un objet qui, lui-même, doit être combiné avec un autre objet modifié trois écrans plus tôt, et si vous avez le malheur de faire l’avant-dernière étape dans le mauvais sens, le jeu ne vous valide rien et vous laisse mariner. Il n’y a aucun système d’indice digne de ce nom – juste un vieux mage grincheux au début qui vous balance des « essaie encore, minus » – et le déplacement rapide, pourtant généreux, ne sauve pas du sentiment d’être piégé dans des boucles de frustration. J’ai bloqué sérieusement à différents chapitres, j’ai pesté, j’ai fermé la console, je suis revenu le lendemain, et j’ai fini par passer, mais rarement avec la satisfaction qu’on attend d’un bon point-and-click. Plutôt avec un soupir de soulagement un poil agacé.

Et c’est dommage, parce que quand ça marche, c’est magique. Une énigme autour d’un troll mélomane, une autre avec une poule dépressive, une troisième qui joue sur la physique absurde des sorts élémentaires : ces moments-là font oublier le reste. L’humour est toujours là, méta, parfois franchement hilarant, truffé de clins d’œil aux classiques du genre et même à d’autres sagas des années 90. Simon brise le quatrième mur avec la même insolence qu’à l’époque et chaque personnage secondaire a une personnalité qui déborde de l’écran. Le jeu a été fait avec un grand respect.

Techniquement, c’est irréprochable. 4K natif, 60 fps constants sur PS5, localisation en onze langues, options d’accessibilité complètes (taille de texte, contraste, filtres CRT ou VHS pour les nostalgiques). Le jeu tourne partout, et il tourne bien.

Simon the Sorcerer Origins


SupportsPC, PS4, PS5, XBox One, XBox Series, Switch
GenrePoint’n Click
Date de sortie27 octobre 2025
ÉditeurININ Games
DéveloppeurSmallthing Studios
MultiNon


  • Probablement le plus beau point-and-click jamais réalisé à la main
  • Animation fluide, cinématiques intégrées sans couture
  • Retour de Chris Barrie et de la BO d’époque (Rick Astley inclus)
  • Sortes élémentaires et chapeaux magiques : des idées neuves et malicieuses
  • Humour toujours aussi mordant et méta
  • Puzzle design souvent injuste, parfois franchement mal conçu
  • Absence totale de système d’aide pertinent
  • Combinaisons à rallonge qui tuent le rythme
  • Frustration qui prend parfois le dessus sur le plaisir

Simon the Sorcerer Origins

Titiks

L’avis de Titiks sur PS5

En bref

Simon the Sorcerer Origins nous rappelle pourquoi on adorait ces jeux, et en même temps pourquoi beaucoup ont fini par abandonner le genre : la frontière entre « exigeant » et « sadique » est mince, et ici elle est franchie trop souvent. J’ai terminé l’aventure avec un pincement au cœur, heureux d’avoir revu Simon, triste que le voyage ait été si rude. Si vous avez grandi avec Monkey Island, Day of the Tentacle ou le Simon originel, vous lui devez au moins un coup d’œil. Mais armez-vous de patience, et peut-être d’une solution sous le coude pour les chapitres avancés.

4.5
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