Senua’s Saga: Hellblade 2 fait partie de ces rares titres qui m’avaient fait envie sur XBox. Le premier a été une expérience qui m’avait secoué, émerveillé et, parfois, frustré. Sorti initialement en 2024 sur Xbox Series X et PC, ce second titre de Ninja Theory arrive enfin sur PlayStation 5 et PS5 Pro, accompagné d’une mise à jour qui peaufine l’expérience pour toutes les plateformes. Après avoir arpenté les paysages islandais, à affronter des ennemis aussi bien réels qu’imaginaires et à me laisser envelopper par un design sonore toujours hors du commun, je peux affirmer que ce jeu reste singulier.

Un retour en enfer, guidé par la psychose

L’histoire reprend là où Hellblade: Senua’s Sacrifice s’était arrêtée. Senua, toujours incarnée avec une intensité bouleversante par Melina Juergens, poursuit sa quête après avoir survécu à son premier périple infernal. Cette fois, elle se lance dans une mission désespérée pour libérer son peuple, réduit en esclavage par des Vikings. Naufragée sur les côtes islandaises, elle croise la route d’un prisonnier qui devient son guide vers le chef viking.

En seulement six heures, l’intrigue se déploie à bon rythme. Tout s’entremêle dans un flou où la frontière entre réalité et délire s’efface une fois encore. C’est qu’elle n’est pas toute seule dans sa tête, la petite Senua. Ce choix narratif, loin d’être un défaut, fait qu’on ne sait jamais si ce qu’on voit existe vraiment, et c’est précisément ce qui nous tient en haleine.

Le jeu ne modifie pas son récit pour cette version Enhanced. Pas de scènes inédites ni de nouveaux arcs narratifs, et franchement en tant que joueur Ps5 qui découvre ce nouvel épisode, ça me convient. L’histoire, centrée sur la psychose de Senua, reste une force brute. Les voix dans sa tête – les Furies – murmurent, crient, la soutiennent ou la brisent, créant une expérience qui nous place directement dans son esprit tourmenté. Ces voix, superbement spatialisées, rebondissent dans les écouteurs, passant d’une oreille à l’autre, commentant chaque pas, chaque décision. Parfois, elles nous encouragent à courir, d’autres fois, elles nous poussent à ralentir, à contempler un paysage ou à scruter un détail. Cette narration auditive, couplée à la performance de Juergens, nous ancre dans un monde où chaque instant semble à la fois réel et irréel. Il va sans dire que jouer sans un casque (ou une installation 7.1, à la limite) brise une bonne partie de l’immersion.

Visuellement, Hellblade 2 repousse les limites de ce que la PS5 peut offrir. Les paysages islandais, des plaines balayées par le vent aux grottes éclairées par une simple flamme, dégagent une véritable beauté. Chaque rocher, chaque reflet de lumière semble placé avec une précision maniaque. Sur une PS5 standard, le mode performance à 60 FPS rend l’expérience et les mouvements plus réactifs et les combats plus lisibles. J’ai rarement vu un jeu aussi beau, capable de juxtaposer des panoramas grandioses à des environnements glauques, presque oppressants. Les grottes humides, les villages ravagés, les corps figés dans des postures cauchemardesques – tout contribue à une atmosphère qui nous prend aux tripes.

Le son, donc, mérite une mention à part. Si vous jouez avec un bon casque, préparez-vous à une expérience qui transcende le simple jeu vidéo. Les voix de Senua, les bruits de pas lourds des géants, le crépitement de la pluie – chaque élément sonore est conçu pour nous immerger. L’intégration des retours haptiques de la DualSense renforce cette sensation. Les vibrations, subtiles mais précises, traduisent les pas d’un ennemi ou les gouttes de pluie qui s’écrasent sur Senua. Ce n’est pas l’utilisation la plus poussée de la manette – Astrobot reste une référence – mais elle ajoute une certaine connexion physique à l’expérience. On ressent le poids du monde de Senua dans nos mains, et c’est une réussite indéniable.

Un gameplay qui tranche

Mais venons-en au cœur du débat : le gameplay. Si Hellblade 2 excelle dans sa présentation, l’interactivité reste son talon d’Achille. Le jeu alterne entre trois piliers : l’exploration, les puzzles et les combats. L’exploration, souvent linéaire, consiste à marcher à travers des environnements magnifiques, mais manque cruellement de liberté. On suit un couloir (aïe), avec peu d’opportunités d’interagir avec le décor. Cette sensation de “simulateur de marche” peut clairement peser et frustrer, surtout quand je mourais d’envie d’explorer un recoin qui, finalement, n’offrait rien ou ^ était bêtement inaccessible sans raison.

Les puzzles, hérités du premier opus, demandent de repérer des symboles dans l’environnement pour débloquer un passage ou de manipuler le décor pour accéder à des orbes. Ils sont simples, trop simples même. La fonctionnalité de focus, qui aligne automatiquement la caméra sur la solution, enlève tout défi. J’ai résolu la plupart de ces énigmes en quelques secondes, ce qui m’a laissé sur ma faim. On dirait que Ninja Theory ne fait pas confiance à notre capacité à réfléchir, et c’est une des critiques principales que je formule.

Les combats, eux, divisent encore plus. Senua dispose d’attaques légères et lourdes, d’une esquive et d’un blocage, avec un miroir qui ralentit le temps après quelques coups portés. Chaque affrontement se concentre sur un seul ennemi à la fois, même en présence de plusieurs adversaires, ce qui rend les batailles prévisibles et monotones. Les ennemis varient peu dans leurs patterns, et une fois qu’on maîtrise le rythme des parades et des esquives, les combats deviennent répétitifs. Le mode performance à 60 FPS fluidifie les animations, rendant les esquives et les parades plus précises, mais cela ne compense pas le manque de variété. J’ai aimé la tension des affrontements, surtout face à des créatures imposantes, mais à la longue, la répétition m’a lassé.

La version Enhanced apporte quelques nouveautés qui enrichissent l’expérience sans la révolutionner. Le mode Dark Rot, inspiré du premier Hellblade, rend les morts plus punitives. Si Senua succombe trois fois, une pourriture sombre envahit son corps, et au quatrième décès, c’est le game over total – retour au début de l’aventure. Ce mode, déblocable après avoir terminé le jeu, ajoute une vraie tension, surtout dans les combats, mais sa difficulté brutale m’a découragé après quelques essais. Je n’ai pas dépassé le deuxième chapitre, et je doute que beaucoup s’y attardent, sauf les plus acharnés d’entre nous. Pourquoi ne pas l’avoir rendu accessible dés le départ ?

Le mode photo, déjà présent, s’étoffe avec de nouveaux outils pour capturer des clichés magnifiques, même pendant les cinématiques. Je ne suis pas un as de la photo, mais j’ai vu des captures d’écran époustouflantes partagées en ligne, preuve que cette fonction ravira les créatifs. Enfin, les commentaires des développeurs, accessibles après avoir fini le jeu, offrent un éclairage toujours très intéressant sur les choix narratifs et visuels. On y découvre les défis rencontrés par Ninja Theory, notamment pour équilibrer l’histoire et le gameplay.

Hellblade 2 Enhanced n’est pas un jeu pour tout le monde. Si vous cherchez un gameplay complexe ou une liberté d’exploration, vous risquez de vous ennuyer ferme. C’est beau hein, mais c’est presque un film interactif. Si, comme moi, vous êtes prêts à vous laisser emporter par une expérience narrative et sensorielle, ce titre vous marquera. Ninja Theory excelle à créer un monde dans lequel chaque détail visuel et sonore sert l’histoire de Senua. Pourtant, je ne peux m’empêcher de penser qu’ils auraient pu nous faire davantage confiance, nous laisser interagir plus librement avec cet univers.

Senua’s Saga: Hellblade 2


SupportsPC, IOS, Android
GenreAction RPG
Date de sortie12 août 2025
ÉditeurLevel Infinite
DéveloppeurHotta Studio
MultiOui


  • Une direction artistique somptueuse, avec des environnements islandais qui nous coupent le souffle.
  • Un design sonore exceptionnel, amplifié par les voix spatialisées et les retours haptiques de la DualSense.
  • La performance de Melina Juergens, qui donne vie à Senua avec intensité.
  • Le mode performance à 60 FPS, qui rend l’expérience plus fluide et réactive.
  • Un gameplay limité, avec des puzzles trop simples et des combats répétitifs.
  • Une exploration linéaire qui manque de liberté et d’interactions.
  • Le mode Dark Rot, bien que tendu, bloqué derrière un NG+.
  • Un manque de confiance envers les joueurs, avec des mécaniques qui guident trop la main.

Senua’s Saga: Hellblade 2

Titiks

L’avis de Titiks sur PS5

En bref

Malgré ses lacunes, ce voyage dans l’esprit tourmenté de Senua reste une expérience que je recommande, tant qu’on sait à quoi s’attendre.

2.5
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