Depuis le temps qu’on attendait de remettre les mains sur Grandia et Grandia II sans avoir à ressortir une Saturn ou une Dreamcast du placard, la Grandia HD Collection a enfin débarqué sur PlayStation 5 et Xbox Series X le 24 mars 2024, après un passage sur Switch et PC il y a cinq ans. À 39,99 €, cette compilation éditée par GungHo Online Entertainment et portée par Sickhead Games promet de raviver la flamme des fans de JRPG old-school, tout en ouvrant la porte à une nouvelle génération.

La grandeur des Grandia

On parle ici de deux titres signés Game Arts, des pépites qui ont marqué les années 90 et 2000 avec leur système de combat ingénieux et leurs univers bourrés de personnalité. Mais voilà, cinq ans après sa première sortie HD, cette mouture console soulève autant d’enthousiasme que de sourcils interrogateurs. Alors, est-ce qu’on tient un vrai retour en grâce ou juste un dépoussiérage paresseux ? On va plonger dans le vif du sujet, et croyez-moi, il y a de quoi causer.

Pour ceux qui n’auraient jamais croisé la route de ces jeux, Grandia et Grandia II n’ont aucun lien scénaristique entre eux – un peu comme des Final Fantasy qui vivent leur vie chacun de leur côté. Le premier nous met dans les bottes de Justin, un gamin rêveur qui hérite d’une pierre mystérieuse et part explorer un monde plein de ruines anciennes et de promesses d’aventure. Le second suit Ryudo, un mercenaire sarcastique au service de l’Église de Granas, embarqué dans une quête où il doit escorter Elena, une chanteresse possédée par un démon. Deux ambiances, deux époques, mais un point commun : un gameplay qui a su se démarquer à l’époque et qui reste, encore aujourd’hui, une sacrée leçon de stratégie. On va décortiquer tout ça, des sprites aux combats, en passant par les ratés de cette remasterisation.

Justin et Sue : Grandia et l’appel de l’aventure

Commençons par Grandia. Sorti sur Saturn en 1997 avant d’atterrir sur PlayStation en 1999, ce titre nous embarque dans une épopée initiatique qui sent bon l’optimisme des JRPG d’antan. Je joue Justin, fils d’un aventurier disparu, qui passe ses journées à semer la pagaille dans sa ville natale avec Sue, sa meilleure amie. Mais tout bascule quand une certaine Liete, une mystique, me révèle via un hologramme que ma pierre, un caillou dont je ne soupçonnais pas la valeur, est liée à la civilisation perdue d’Angelou. Ni une ni deux, je prends mon sac, Sue sous le bras, et direction Alent pour percer ce mystère. Le pitch est simple, presque candide, mais il fonctionne grâce à une légèreté qui fait mouche. On croise des généraux sadiques et des armées malveillantes, mais l’humour slapstick et les dialogues enjoués entre gamins désamorcent la gravité. Ça donne un ton unique, un mélange de naïveté et de cœur qui nous rappelle pourquoi on aimait ces histoires à l’époque.

Visuellement, Grandia repose sur des sprites 2D dans des environnements 3D, un style qui avait du charme en 97 mais qui, soyons honnêtes, accuse son âge aujourd’hui. Les expressions des personnages, ultra détaillées pour l’époque, restent un point fort : chaque sourire, chaque grimace raconte quelque chose. Les décors, eux, nous baladent de villes portuaires animées à des donjons labyrinthiques remplis de puzzles. Et là, on touche à un truc qui divise. Les énigmes, souvent tordues, demandent de fouiller chaque recoin pour trouver des notes ou manipuler l’environnement – remettre des leviers en place, activer des mécanismes obscurs. Ça peut être grisant quand on trouve la solution après s’être creusé la tête, mais la navigation dans ces zones manque cruellement de clarté. Sans mini-carte, juste une boussole vague et une vue de faucon pas toujours lisible, je me suis retrouvé à tourner en rond plus d’une fois. Les vétérans y verront peut-être un défi nostalgique ; pour les nouveaux, ça risque de sentir la frustration à plein nez.

Ryudo, Elena et les ténèbres : Grandia II prend le relais

Passons à Grandia II, sorti sur Dreamcast en 2000 avant de migrer sur PS2. Ici, l’ambiance change de braquet. Je suis Ryudo, un « géomercenaire » – comprenez un chasseur de primes avec un oiseau nommé Skye sur l’épaule – engagé par l’Église de Granas pour protéger Elena, une jeune chanteresse. Lors d’une cérémonie dans la tour de Garmia, tout part en vrille : Elena se retrouve possédée par un fragment du démon Valmar, et me voilà chargé de l’emmener se faire exorciser. Le ton est plus sombre, plus mature que dans le premier opus. Ryudo balance des piques sarcastiques à tout va, et son passé, dévoilé au compte-gouttes, explique son attitude désabusée. Autour de nous, une galerie de personnages se forme, dont Millenia, une rouquine mystérieuse liée au démon, qui apporte une dynamique savoureuse au groupe.

L’histoire de Grandia Iscotche par sa montée en puissance. Ce qui commence comme une simple mission d’escorte se transforme en une lutte cosmique entre bien et mal, avec des rebondissements qui tiennent toujours en haleine. Les dialogues, bien écrits, donnent de l’épaisseur aux héros – on finit par s’attacher à eux, même à Ryudo, malgré son côté râleur. Les environnements, plus soignés que dans Grandia, profitent de la puissance de la Dreamcast d’époque : des forêts luxuriantes aux tours imposantes, ça claque encore un peu en 2024, même si les modèles 3D trahissent leurs 24 ans. La caméra, mieux maîtrisée ici, évite les errances du premier jeu, et les villes grouillent de vie avec des PNJ qui ont tous un truc à dire. On sent que Game Arts a peaufiné son approche, et ça se ressent dans chaque détail.

Si ces deux jeux ont marqué les esprits, c’est surtout grâce à leur système de combat, et là-dessus, on est d’accord : il n’a presque pas pris une ride. Dans les deux titres, les affrontements se déroulent sur une jauge d’action en bas de l’écran. Chaque personnage et ennemi avance vers son tour en fonction de sa vitesse. J’ai deux options principales : une attaque combo pour maximiser les dégâts ou un coup critique pour repousser l’adversaire sur la jauge. Le twist genial, c’est qu’avec un bon timing, je peux carrément annuler les techniques ennemies – un sort dévastateur, une tentative de soin, peu importe. Imaginez un boss avec plusieurs parties, chacune avec sa propre jauge : je cible la main qui prépare un coup fatal, je balance un critique bien placé, et bam, l’attaque est stoppée net. Ça transforme chaque fight en une chorégraphie tendue où chaque décision compte.

Dans Grandia, les animations des sorts et des coups spéciaux, bien qu’un peu longues, ajoutent du spectacle. Dans Grandia II, ça va encore plus loin avec des riffs de guitare et des chants épiques pendant les boss – la bande-son de Noriyuki Iwadare est une tuerie, surtout dans la suite. Mais cette profondeur a un prix : sans option pour accélérer les combats, certains affrontements traînent en longueur, surtout quand on grind pour monter de niveau. Les habitués s’en ficheront, mais si vous découvrez ça aujourd’hui, préparez-vous à prendre votre mal en patience.

La remasterisation HD : du bon et du moins bon

Parlons maintenant de ce qui change avec cette HD Collection. Les jeux passent en 16:9, les textures et les sprites ont été upscalés, et ça rend plutôt bien… dans une certaine mesure. Grandia II s’en sort avec les honneurs : ses modélisations tiennent la route, et les couleurs popent sur un écran moderne. Grandia, en revanche, souffre davantage. Les sprites tremblent dès que la caméra bouge, et le filtre de lissage appliqué par Sickhead Games divise. Perso, je trouve que ça adoucit les pixels d’époque de manière correcte, mais beaucoup pestent contre cet effet flou qui masque le côté brut des graphismes originaux. Et le pire ? Pas d’option pour le désactiver, alors qu’on peut déjà tweak les contrôles ou activer un sprint auto. Un oubli qui fait grincer des dents.

Côté son, on a le choix entre les voix japonaises – un régal – et les doublages anglais, kitsch mais attachants pour les nostalgiques. Les sous-titres français sont là, une nouveauté pour Grandia II qui n’était qu’en anglais avant 2019. Mais ne cherchez pas de bonus : pas d’artworks, pas de making-of, rien. Et où est Grandia III ? Même s’il est moins culte, son absence dans une “collection” pose question. On sent que l’effort s’est arrêté à mi-chemin.

C’est là que le bât blesse vraiment. Pour une sortie en 2025, on aurait aimé des améliorations modernes : une sauvegarde auto, un mode accéléré pour les combats, une interface plus fluide. Rien de tout ça. Dans Grandia, se repérer sans mini-carte reste un calvaire, et dans les deux jeux, l’inventaire est un bazar ergonomique, surtout au clavier/souris – la manette sauve un peu les meubles. Grandia II gagne un mode difficile, mais ça ne compense pas l’absence de Quick Resume sur Xbox ou de signets pour pauser proprement. À côté, des remasters comme Final Fantasy VIII montrent qu’on peut faire mieux sans trahir l’âme des originaux.

Malgré ces loupés, je ne peux pas nier le plaisir de replonger dans ces mondes. Grandia me fait sourire avec ses gamineries et ses donjons tordus, tandis que Grandia II me happe avec son récit plus sombre et ses personnages qui grandissent sous mes yeux. Le système de combat, lui, reste une masterclass : stratégique, rythmé, gratifiant.

Grandia HD Collection


SupportsPS4, Switch
GenreRPG
Date de sortie26 mars 2024
ÉditeurGungHo Online
DéveloppeurGame Arts
MultiNon


  • Un système de combat stratégique et intemporel, toujours aussi jouissif.
  • Grandia II brille par son histoire sombre et ses personnages attachants.
  • Les sprites et décors upscalés, surtout dans Grandia II, rendent bien sur écran moderne.
  • Sous-titres français disponibles, un plus pour les non-anglophones.
  • Bande-son exceptionnelle.
  • Filtre de lissage imposé sur Grandia, sans option pour le désactiver.
  • Absence d’améliorations modernes (sauvegarde auto, combats accélérés, etc.).
  • Navigation confuse dans Grandia, faute de mini-carte claire.
  • Pas de contenu bonus ni de Grandia III dans la collection.

Grandia HD Collection

Titiks

L’avis de Titiks sur PS4

En bref

À 40 €, le prix pique un peu pour une remasterisation aussi légère, mais si vous cherchez des JRPG accessibles, profonds et bourrés de charme, ces deux-là ont encore des choses à dire. On pardonne presque les défauts, parce que le cœur y est. Le premier Grandia reste un merveilleux voyage maintenant accessible à tous.

3.5
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