Nous reprenons la manette sur ces terres familières, celles d’Alfegard et de ses successeurs, et l’émotion nous serre la gorge dès les premières notes. La cartouche NES usée, celle de Dragon Warrior aux États-Unis – ce nom imposé pour contourner la confusion avec les donjons et dragons de D&D –, reposait autrefois dans un tiroir encombré de cassettes vidéo. En 1989, elle nous avait happés pour la première fois, nous, gamins assoiffés d’aventure dans un monde vu du dessus, où chaque pas sur la carte du monde comptait comme une victoire arrachée au hasard des rencontres.
Une saga, reconstruites pierre par pierre
Près de quarante ans plus tard, Square Enix ressuscite ces pionniers du RPG japonais sous la forme d’un remake HD-2D, sorti le 30 octobre 2025 sur Nintendo Switch, Switch 2, PS5, Xbox Series X|S et PC via Steam. Dragon Quest I et II ne se contentent pas d’un simple lifting pixel art : les développeurs, menés par le producteur Hayasaka Masaaki, ont pris ces coquilles vides des origines – courtes, linéaires, presque austères – et les ont remplies d’une chair narrative, de mécaniques affinées, d’un monde qui respire enfin.
Ces deux jeux, nés en 1986 et 1987 sur Famicom au Japon, ont posé les bases du genre RPG tel que nous le connaissons. Dragon Quest I, avec ses 1,5 million d’exemplaires vendus sur NES au pays du Soleil Levant, nous mettait dans la peau d’un héros solitaire chargé de terrasser le Dragonlord et de sauver la princesse Lora. Dragon Quest II suivait cent ans plus tard, où le Prince de Midenhall rassemble ses cousins – le Prince de Cannock et la Princesse de Moonbrooke – pour contrer Hargon. Aux États-Unis, rebaptisés Dragon Warrior en 1989 et 1990, ils ont lutté contre l’ombre de la censure et une arrivée tardive, mais leur influence s’est étendue bien au-delà : ils ont inspiré Final Fantasy, Pokémon, et toute une génération de développeurs. Les remakes Super Famicom des années 90, les ports mobiles de 2019 sur Switch, n’avaient fait qu’effleurer la surface. Ici, le passage au HD-2D – cette recette magique vue dans Octopath Traveler et perfectionnée avec Dragon Quest III en 2024 – transforme l’essai en chef-d’œuvre fidèle.
Dès le menu principal, le jeu détecte notre sauvegarde de Dragon Quest III HD-2D Remake et nous octroie des bonus : une Dog Suit pour DQ1, un Cat Suit pour DQ2, des graines boostant force et défense, et des chaussures d’élévation pour grimper plus haut. Nous choisissons Dracie Quest pour une balade tranquille, Dragon Quest pour l’équilibre originel, ou Draconian pour un challenge impitoyable où les monstres gagnent en XP et or, mais frappent plus fort. Le tutoriel de DQ1 nous ramène au château d’Alfegard, non plus en coup de téléporteur sec, mais via un village animé où des PNJ nous guident vers le roi. Déjà, l’expansion saute aux yeux : au lieu d’un départ abrupt, nous croisons des gardes, des villageois qui murmurent des légendes sur Erdrick, l’ancien héros dont la lame et l’armure nous attendent au fond d’un donjon enrichi de pièges et de dialogues.
La boucle de gameplay reste ancrée dans le classique : exploration en vue de dessus, combats au tour par tour sur carte du monde, leveling par XP, achat d’équipements en or ramassé sur les corps des slimes et gobelins. Mais nous accédons à la vitesse de marche accélérée sur la carte, turbo-combat activable d’un bouton, et interface masquable pour savourer les animations. Les sigils – ces sceaux runiques hérités de DQ3 – et les scrolls à usage unique apprennent sorts et compétences : nous équipons le Prince de Midenhall d’un Heal plus puissant, ou donnons à la Princesse de Moonbrooke la capacité de creuser pour dénicher trésors enfouis ou de flairer les passages secrets. Les faiblesses ennemies s’affichent en surbrillance lors du ciblage, et les tactiques automatiques se paramètrent finement : nous désactivons les sorts offensifs sur la guérisseuse pour qu’elle se concentre sur les soins, évitant les gaspillages de MP qui nous faisaient rager autrefois.
Dans DQ1, le héros solitaire gagne en densité. Alfegard n’est plus un désert ponctué de deux châteaux ; chaque hameau déborde de quêtes secondaires. À Sahan, nous pistons un pêcheur égaré parmi les sirènes, résolvant une énigme aquatique pour une clé d’or inédite. Les donjons s’allongent, avec des salles secrètes remplies de coffres et de pièges rotatifs. La carte du monde scintille de points lumineux : nous y dénichons des herbes rares, des armes cachées, et même des zones bonus comme des grottes oubliées. Une fois le navire obtenu – plus tôt qu’avant –, nous plongeons sous les vagues : un fond marin entier s’ouvre, grouillant de monstres marins et de reliques englouties, transformant les voyages en expéditions haletantes.
Passons à Dragon Quest II, où l’expansion culmine. Le Prince de Midenhall, muet comme un héros Dragon Quest classique, rassemble son équipe après l’attaque sur Moonbrooke. Le Prince de Cannock passe du faire-valoir au comique de service, taquiné pour sa nonchalance magique ; la Princesse de Moonbrooke, hantée par la perte de son château, vibre d’une soif de vengeance palpable ; et une nouvelle venue, la Princesse de Cannock, apporte légèreté et sorts de soutien. Ils parlent, interagissent : autour du feu de camp, ils échangent sur leurs peurs, leurs doutes, rendant l’équipe vivante, presque palpable. Moonbrooke n’est plus une ruine fantôme ; ses réfugiés se terrent sous terre, dans une ville souterraine taillée à la hâte, où nous aidons à repousser des incursions démoniaques.
Les combats s’étoffent : chaque membre gagne en utilité. Le Prince de Midenhall diversifie ses attaques au-delà du simple coup d’épée ; la Princesse de Moonbrooke creuse et hume les odeurs pour trésors ; le Prince de Cannock n’est plus un cercueil ambulant mais un mage fiable. Les monstres rapportent plus d’XP et d’or en mode Draconian, atténuant le grind légendaire – son sort Holy Protection réduit les rencontres, et le turbo rend les affrontements fluides. Les tactiques intelligentes gèrent les buffs/débuffs sans micro-management : nous priorisons les heals sur le tank, laissons les AoE aux mages. Les mini-médailes, absentes des originaux, pullulent : nous en échangeons 200 contre des armes légendaires chez un forgeron itinérant. Même le Vase de Sécheresse de DQ3 apparaît rétroactivement, liant la trilogie Erdrick.
La direction artistique HD-2D élève le tout à un niveau sublime. Les pixels gonflés en 3D isométrique fourmillent de vie : chats qui se faufilent entre les jambes dans les tavernes, oiseaux projetant des ombres sur les places de marché, papillons voletant dans les jardins royaux, nuages filant au-dessus des forêts. Les châteaux fusionnent avec leurs villages contigus : nous traversons une cour animée pour entrer dans les salles du trône, où les gardes saluent d’un hochement. L’eau clapote avec réalisme, les Timefall – pluie accélérant le vieillissement – n’apparaissent pas ici mais les effets météo dynamiques rappellent les dangers ancestraux. Les ennemis, slimes bondissants aux dragons crachant feu, conservent leur taille modeste – un reproche récurrent, ils paraissent parfois noyés dans l’écran lors des hordes –, mais leurs animations fluides compensent.
La bande-son orchestre les thèmes iconiques : le motif overworld de DQ1, gonflé de cordes majestueuses, nous ramène instantanément à l’enfance. Les effets sonores classiques persistent – le “boing” du slime, le choc des épées –, mais les voix doublent la mise. Le narrateur grave tonne “Avance, brave héros, que la déesse te guide”, la Princesse de Moonbrooke sanglote lors de l’assaut sur son château, Hargon ricane dans les abysses. Nous regrettons juste leur parcimonie : plus de dialogues parlés auraient sublimé ces extensions narratives.
Dragon Quest I & II HD-2D Remake
| Supports | PC, PS5, XBox Series, SW, SW2 |
| Genre | RPG |
| Date de sortie | 30 octobre 2025 |
| Éditeur | Square-Enix |
| Développeur | Square-Enix |
| Multi | Non |

L’ombre grandit, mais la lumière d’Erdrick veille
On a aimé
- HD-2D vivante : reflets, fumées, oiseaux qui s’envolent…
- Sigils et parchemins transforment les combats sans trahir l’original.
- Ajouts narratifs cousus main : village des fées, Mersea…
- QoL malins : vitesse ×4, marqueurs désactivables, autosave post-bataille.
- 90+ heures de contenu frais entre les deux jeux + post-game.
On a moins aimé
- Pics difficulté old-school, même atténués..
- Inventaire toujours manuel, 8 slots par perso.
- Sous-marin parfois lent, caméra fixe sous l’eau.
Dragon Quest I & II HD-2D Remake
Titiks

En bref
Dragon Quest I & II HD-2D Remake ne réinvente pas la roue : il la forge plus solide, plus large, pour rouler vers l’infini. Ces deux titres, autrefois courts (DQ1 en 10h, DQ2 en 20), s’étirent à 40-50h chacun avec leurs ajouts, justifiant amplement le pack. Pour nous, intermédiaires ayant grindé les originaux sur émulateur, c’est l’ultime façon de les aborder – mieux que les ports SNES ou mobiles. Et avec Dragon Quest VII Reimagined annoncé pour le 5 février 2026, la trilogie Erdrick s’aligne enfin en HD-2D. Nous repartons sacs au dos : qui nous suit ?
À propos de l’auteur
Titiks
Quadra assumé, daron de 3 apprenties gameuses, fan de tout ce qui est capable de raconter une bonne histoire. Touche-à-tout, mais surtout de bonnes aventures qui savent surprendre, et dévoué à l’univers console depuis que Sega était plus fort que tout, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée #2AMFather.