Dans les ombres d’une ferme industrielle, sous un ciel gris chargé de menaces invisibles, un petit groupe de poules se rassemble. On sent l’odeur de la terre humide, le bourdonnement distant des machines, et cette tension palpable qui serre le ventre quand on sait que la liberté ne tient qu’à un fil. J’en fais trop ? J’en fais trop… C’est pourtant là que reprend l’aventure de Chicken Run: Commandodu, quelques mois après les événements de La Menace Nuggets.

Le code est 4-4-4-7-1-9 !

Les héroïnes plumées que nous connaissons n’ont pas rangé leurs plumes au placard. L’industrie des nuggets n’a pas désarmé, et de nouvelles fermes fortifiées, plus vicieuses que jamais, continuent de menacer les leurs. Nous voilà donc de nouveau dans la peau de ces volatiles déterminés, à infiltrer des lieux hostiles pour libérer les captives avant qu’elles ne finissent en en sauce secrète. C’est très Oddworld tout ça !

Le jeu nous place en vue isométrique, un choix qui rappelle les vieux classiques d’infiltration vus de haut, mais adapté ici à l’échelle d’un poulailler en révolte. Chaque mission se déroule dans une ferme différente, cinq au total, toutes plus vastes et labyrinthiques les unes que les autres. On commence par observer les lieux, repérer les patrouilles de gardes humains un peu benêts, les robots-chiens endormis, les caméras qui balaient l’écran, les taupes mécaniques prêtes à surgir du sol. Le principe reste simple dans son énoncé : choisir une équipe de trois poules maximum, chacune avec ses compétences propres, et avancer sans se faire repérer.

Mais dès qu’on libère les premières captives, tout bascule. Ces poules sauvées suivent un chemin prédéterminé comme des Lemmings, et nous devons les guider vers la sortie sans qu’elles déclenchent une alarme ou tombent dans un piège. C’est là que le chaos s’installe, ce mélange de tension discrète et d’explosion comique qui fait tout le sel de l’expérience.

L’une charge comme un bélier, peut couper des grilles ou projeter des objets pour assommer un garde à distance. Une autre, plus agile, sent le maïs à travers les murs, ce qui aide à ramasser les ressources. Une troisième tricote des leurres, des poules factices qui distraient les ennemis le temps de passer. Une autre enfin apporte son charisme et ses gadgets plus offensifs. On débloque progressivement d’autres personnages, chacun avec un pouvoir de leadership passif et une capacité active. Ces outils s’achètent avec le maïs et les engrenages collectés, dans une boutique accessible entre les missions. On y trouve des bombes à gâteau qui attirent les humains gourmands avant d’exploser, des buissons pour se camoufler, des dynamites, des aimants pour ouvrir des portails. Tout cela sent l’improvisation désespérée, cette inventivité typique d’Aardman où le bricolage le plus absurde devient une arme fatale.

Le gameplay alterne donc entre phases d’infiltration posées et fuites éperdues. Au début d’un niveau, nous avançons prudemment, nous cachons dans des poubelles ou des cônes de signalisation, nous appuyons sur des boutons pour désactiver des colliers de contrôle, nous étourdissons un garde avec un sac poubelle tombé du ciel. Puis, une fois les captives libérées, c’est la panique : des dizaines de poules courent dans tous les sens, trébuchent sur des râteaux, déclenchent des alarmes par inadvertance, se font aspirer par des ventilateurs géants. Nous devons alors jongler entre contrôler notre leader, donner des ordres simples aux coéquipiers, et rattraper le troupeau avant qu’il ne finisse dans le broyeur. En solo, l’IA prend le relais pour les deux autres, et elle s’en sort correctement la plupart du temps, même si elle nous laisse parfois en plan sur un interrupteur. En local à deux, c’est une autre histoire. Nous pouvons enfin incarner deux poules actives, coordonner nos actions, mais le chaos monte d’un cran : on se marche dessus, on s’étourdit mutuellement par erreur, on rit de voir l’écran se remplir de plumes affolées.

Techniquement, le titre tourne bien. La direction artistique reste fidèle à l’esprit stop-motion d’Aardman : les modèles ont ce grain argileux, ces mouvements saccadés qui donnent l’impression de regarder un film. Les cinématiques, entièrement animées dans ce style, sont un régal. Elles ponctuent chaque mission, avancent l’histoire avec un humour pince-sans-rire rehaussé avec des doublages de qualité. La bande-son suit, avec des accents britanniques exagérés, des bruitages cartoon et une musique qui monte en intensité quand la fuite commence. On sent le soin apporté à ces séquences, bien plus que dans le gameplay lui-même, qui reste fonctionnel mais un peu daté dans ses animations en temps réel.

Car il faut le dire, Chicken Run: Commandodu n’est pas exempt de défauts. La caméra isométrique, fixe par zones, peut rendre certains passages confus, surtout quand l’écran se remplit de poules et de gardes. Les gardes humains ont une IA prévisible, presque trop bête, ce qui enlève un peu de tension une fois le pattern compris. Le co-op local, bienvenu, souffre parfois de bugs mineurs : un joueur qui reste bloqué, une poule qui disparaît dans le décor. Et la durée de vie reste modeste – sept à huit heures pour boucler l’histoire principale, un peu plus si on vise les trois étoiles par niveau et tous les collectibles. La rejouabilité vient surtout du scoring et des défis optionnels, mais elle ne révolutionne pas le genre.

Pourtant, malgré ces limites, on revient. Parce que l’humour fonctionne, parce que libérer un troupeau entier et le voir débouler en masse vers la sortie procure une satisfaction enfantine, parce que l’univers d’Aardman garde cette chaleur british, cette absurdité gentille qui nous fait sourire même quand tout part en vrille.

Chicken Run Commandodu


SupportsPC, PS4, PS5, XBox One, Xbox Series, Switch
GenreInfiltration
Date de sortie24 octobre 2025
ÉditeurBandai Namco
DéveloppeurAardman
MultiOui


  • Cinématiques et direction artistique fidèles à Aardman
  • Humour constant et bien écrit
  • Chaos des fuites jubilatoire en co-op local
  • Progression simple mais addictive via les gadgets et personnages
  • Accessible à un public large, dès 13 ans environ
  • Gameplay parfois confus en vue isométrique
  • IA des alliés et ennemis perfectible
  • Durée de vie courte pour les habitués
  • Quelques bugs mineurs en co-op
  • Difficulté inégale selon les niveaux

Chicken Run Commandodu

Titiks

L’avis de Titiks sur PS5

En bref

Au final, Chicken Run: Commandodu ne prétend pas réinventer l’infiltration. Il prend un concept déjà bien éprouvé, l’habille d’un plumage familier et nous invite à une partie de cache-cache géante avec des poules. Si vous avez aimé les films, si vous cherchez un titre familial à jouer à deux sur un canapé, il fait le boulot avec une honnêteté désarmante.

3.5
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