Antro n’est pas juste un jeu de plateformes : c’est une plongée dans une Barcelone souterraine, un monde dystopique où la musique devient une arme et où chaque mouvement semble crier une rébellion. On a passé une quelques courtes heures à arpenter ce dédale, à courir, à grimper, à frapper au rythme de la bande-son. J’ai toujours été sensible aux jeux de rythme, alors quand il a un propos et un vrai tempo, c’est du pur plaisir.
Barcelone engloutie par le chaos
L’histoire commence dans l’ombre. Après un événement appelé le Colapso, l’humanité s’est réfugiée sous terre, dans une version crasseuse et oppressante de Barcelone. On prend les commandes de Nittch, un jeune porteur chargé de livrer un paquet mystérieux. Ce qui semble une mission banale se transforme vite en étincelle pour une révolte contre une entité autoritaire qui étouffe toute forme d’expression. L’intrigue ne se dévoile pas d’un coup, elle se distille à travers des fragments de souvenirs, des graffitis sur les murs, des murmures dans les tunnels. Chaque détail – un wagon de métro abandonné, une affiche déchirée – donne l’impression que ce monde a une histoire à raconter.


Ce qui m’a frappés, c’est la manière dont Antro tisse son récit. Pas de cinématiques grandiloquentes ici, mais des moments plus intimistes, comme ce moment où Nittch, après une course effrénée, s’arrête pour écouter une voix familière lui dire de ne jamais regarder en arrière, même face à un précipice. Ces bribes de dialogue, simples, mais très efficaces, nous ancrent dans l’univers. On sent l’amour des développeurs de Gatera Studio pour leur création, un hommage à la résistance par l’art, à la musique comme acte de défi.

Le rythme dicte le parkour
En surface, Antro pourrait passer pour un platformer 2.5D classique. On court, on saute, on grimpe, on glisse sous des tuyaux. Mais dès que la musique s’intensifie, le jeu se métamorphose. Les séquences rythmiques sont le cœur de l’expérience de jeu. Imaginez-vous en train de sprinter à travers une usine désaffectée, chaque saut calé sur un coup de caisse claire, chaque glissade synchronisée avec une montée de synthé.

Si vous ratez le tempo, vous chutez, vous vous faites repérer, ou pire, vous finissez carbonisé. Quand tout s’aligne parfaitement, c’est comme danser sur la bande-son du jeu lui-même. On ressent une certaine symbiose entre mouvement et musique.



Les mécaniques ne s’arrêtent pas là. Parfois, on doit frapper des drones avec un coup précis au bon moment, ou résoudre des puzzles rythmiques pour déverrouiller une porte. Ces moments brisent la monotonie du platforming tout en restant fidèles au thème central : tout, dans Antro, pulse au rythme de sa bande-son. Les environnements eux-mêmes semblent participer à cette chorégraphie. Les usines vibrent en synchronisation avec le rythme, les drones patrouillent comme des sentinelles dansantes, et même les graffitis sur les murs paraissent clignoter au son des basses.
Cela dit, tout n’est pas parfait. Les contrôles nous ont de temps en temps donné du fil à retordre. Certains sauts demandent une précision chirurgicale, et on a pesté plus d’une fois en ratant une plateforme à cause d’une réponse un peu trop rigide. On a aussi croisé quelques bugs – une texture qui clippe, une scène qui freeze brièvement – qui brisent l’immersion. Rien de rédhibitoire, mais ces accrocs nous rappellent que Antro est une œuvre indie, avec ses limites. Une fois le rythme maîtrisé, le jeu devient plus fluide, mais les premières heures peuvent tester votre patience.

Visuellement, Antro opte pour une esthétique low-poly, avec une palette de gris, de bruns et des touches de rouge néon. Ce choix pourrait sembler austère, mais il sert l’ambiance à merveille. Les tunnels de béton, les grilles métalliques rouillées, les éclats de peinture sur les murs : tout évoque un monde dans lequel l’art lutte pour survivre. On a adoré les détails, comme les affiches délavées ou les wagons de métro abandonnés, qui donnent une âme à cet univers. Certains lieux, qu’on taira pour éviter les spoilers, rendent hommage au passé footballistique de Barcelone, un clin d’œil qui parlera aux amateurs.


Mais c’est la bande-son qui vole la vedette. Du hip-hop au drill, en passant par des mélodies électroniques, chaque morceau s’intègre parfaitement aux actions à l’écran. Les sons environnementaux – le cliquetis des pas sur une grille, le bourdonnement d’un drone, le goutte-à-goutte d’une fuite – se fondent dans la musique, créant une immersion totale. On a souvent marqué une pause juste pour écouter, laissant le silence devenir une arme à part entière. Le doublage, disponible en espagnol, catalan, français et anglais, ajoute une couche d’authenticité. Les voix catalanes, en particulier, ancrent le jeu dans son cadre barcelonais.

Antro ne vous retiendra pas des mois. En ligne droite, l’histoire se boucle en trois petites heures environ. Mais si vous prenez le temps d’explorer, de chercher les collectibles – des souvenirs sous forme de fragments narratifs – ou de viser le platine, vous en aurez pour votre argent. La rejouabilité est là, surtout pour les perfectionnistes qui veulent maîtriser chaque séquence rythmique ou découvrir des chemins secrets. J’ai recommencé certaines sections juste pour le plaisir de sentir le flow parfait d’un enchaînement.

Ce qui nous a le plus marqués, c’est l’émotion. Ce sentiment d’oppression dans les tunnels, cette montée d’adrénaline quand on échappe à une patrouille, cette bouffée de triomphe quand on atteint un checkpoint après une course effrénée. Antro n’est pas seulement un jeu, il parle de résistance, de liberté, de la musique comme ultime refuge face à un monde qui cherche de plus en plus à nous réduire au silence.
Antro
| Supports | PC, PS5, XBox Series |
| Genre | Plateformer rythmique |
| Date de sortie | 27 juin 2025 |
| Éditeur | Selecta Play |
| Développeur | Gatera Studio |
| Multi | Non |

Dans Antro, chaque saut est une note, chaque course une mélodie, et chaque victoire un cri de révolte contre l’oppression
On a aimé
- L’ambiance dystopique de Barcelone souterraine, qui donne une vraie personnalité au jeu.
- La bande-son, un mélange de hip-hop et de drill, qui porte chaque action.
- Les références culturelles.
- Les séquences rythmiques, qui transforment le platforming en performance.
- Les clins d’œil culturels, notamment aux fans de foot.
- La rejouabilité pour les chasseurs de collectibles.
On a moins aimé
- Les contrôles parfois trop rigides, surtout dans les sauts précis.
- Quelques bugs visuels ou techniques qui cassent l’élan.
- Une durée de vie un peu courte pour ceux qui ne cherchent pas les extras.
Antro
Titiks

En bref
Antro n’est pas un jeu parfait, mais il est bien fait. Il m’a fait courir, vibrer, jurer, et finalement gagner. Si vous aimez les platformers qui sortent des sentiers battus, si vous vivez pour les jeux où la musique guide vos pas, ou si vous croyez que l’art peut défier l’oppression, ce titre est pour vous. Gatera Studio et Selecta Play livrent une expérience indie audacieuse, qui manque parfois de polissage mais déborde de cœur. Enfilez vos écouteurs et attrapez votre colis, la révolution vous attend.
À propos de l’auteur
Titiks
Quadra assumé, daron de 3 apprenties gameuses, fan de tout ce qui est capable de raconter une bonne histoire. Touche-à-tout, mais surtout de bonnes aventures qui savent surprendre, et dévoué à l’univers console depuis que Sega était plus fort que tout, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée #2AMFather.