On associe souvent les jeux de plateforme exigeants à la rapidité, à la Super Meat Boy ou Céleste, où tout se joue en une fraction de seconde et où le moindre excès de vitesse vous envoie dans un mur de pointes. Wake Up, Lia! prend le contre-pied de cette approche. Ici, pas de course effrénée : tout repose sur la précision, sur le timing exact d’un saut ou d’un appui, et sur notre capacité à garder notre sang-froid face à des pièges qui ne pardonnent jamais un mouvement de trop.

Un cauchemar qui a un nom : le harcèlement scolaire

Édité par eastasiasoft en collaboration avec SMV Games, le titre est sorti fin juillet 2026 simultanément sur PC, PlayStation 4, PlayStation 5, Xbox One, Xbox Series X|S et Switch, pour la somme modique. Un prix qui, à première vue, laisse présager un petit jeu sans prétention. Pourtant, avec ses vingt niveaux entièrement façonnés à la main, Wake Up, Lia! propose un contenu bien plus consistant que ce que son étiquette budget pourrait laisser deviner.

Ce qui distingue vraiment ce platformer de la masse de titres similaires que l’on croise régulièrement sur les boutiques numériques, c’est son sujet. Nous incarnons Lia, une jeune fille dont l’esprit a été façonné par des années de harcèlement, et dont les nuits se transforment en un défilé de pièges mortels représentant symboliquement ses traumatismes. À chaque fin de niveau, nous récupérons un objet chargé de sens pour elle, un fragment de son passé qui l’aide, étape après étape, à retrouver le chemin du monde réel et à reconstruire son identité. Le studio ne s’en cache pas : il s’agit d’un voyage autour de la résilience et de la reconstruction de soi, où chaque obstacle surmonté prend une valeur qui dépasse le simple défi mécanique.

Cette dimension narrative change la manière dont on perçoit les niveaux. Ce ne sont plus de simples parcours d’obstacles génériques, mais des représentations plus ou moins directes de ce qui a brisé la protagoniste. On avance donc avec une motivation double : celle du joueur qui veut vaincre un passage technique, et celle du lecteur qui veut comprendre ce qui est arrivé à cette gamine. Un ancrage thématique suffisamment rare dans ce genre pour mériter d’être souligné, même si la mise en scène reste sobre et ne s’étale jamais trop.

Des sauts millimétrés dans des écrans inversés

Concrètement, le gameplay repose sur des sauts et des déplacements qu’il faut calculer au pixel près. Les commandes ne sont pas d’une réactivité extrême, mais elles restent fonctionnelles une fois qu’on a pris le pli du rythme propre au jeu. Là où les choses se corsent réellement, c’est lorsque l’écran se met à pivoter en cours de niveau. Cette rotation inverse alors nos commandes sans prévenir, et il faut réapprendre en une fraction de seconde à orienter nos gestes en fonction de la nouvelle configuration. Certains passages combinent en plus cette inversion avec des pièges déjà exigeants en eux-mêmes, comme des lames tournantes positionnées juste au-dessus de la tête de Lia, plutôt volumineuse, ce qui multiplie les occasions de collision malheureuse.

Des crânes disséminés sur le parcours font office de points de passage, tandis que des crânes de couleurs différentes servent de clés pour ouvrir certaines portes verrouillées. La répartition de ces points de sauvegarde intermédiaires peut toutefois frustrer : il arrive de franchir une section particulièrement corsée pour mourir presque aussitôt sur la suivante, sans avoir eu le temps de souffler. Un choix de design cohérent avec la philosophie du titre, centrée sur la précision plutôt que sur le confort, mais qui peut agacer les joueurs les moins patients.

Le jeu propose différents paliers de difficulté, une bonne nouvelle pour ceux qui souhaiteraient goûter à l’expérience sans s’arracher les cheveux à chaque tentative. Reste que même sur le mode le plus accessible, on continue de mourir très régulièrement : Wake Up, Lia! ne devient jamais réellement simple, il devient seulement un peu moins… impitoyable. Cette exigence constante, couplée à un système d’accomplissements basé sur le temps nécessaire pour terminer chaque niveau plutôt que sur le nombre de morts, pousse à revenir sur les stages déjà validés pour tenter d’en optimiser le parcours. Une bonne source de rejouabilité pour qui apprécie l’idée de peaufiner sa performance.

Un mode coopératif local permet en outre de partager l’expérience à deux, sur le même écran. C’est une option suffisamment rare dans ce type de production pour être mentionnée, même si elle ne change pas fondamentalement la nature du défi proposé.

Malgré un budget de développement visiblement contenu, Wake Up, Lia! parvient à se démarquer visuellement grâce à un ton résolument plus sombre que la moyenne des platformers premier prix. L’esthétique reste simple dans son exécution, mais elle sert bien le propos du jeu : ces environnements oniriques traduisent littéralement les angoisses de l’héroïne, et cette cohérence entre le fond et la forme fait mouche.

Le personnage de Lia dégage un charme certain malgré la gravité du sujet traité, et l’accompagnement musical participe globalement à installer cette atmosphère pesante et intrigante.Cela dit, j’ai trouvé que les pistes sonores étaient parfois envahissantes, perturbant ma concentration nécessaire pour enchaîner les sauts avec précision, alors qu’elles sont sensées renforcer l’immersion recherchée. Mais il est possible de couper la musique d’une touche.

Wake up, Lia !


SupportsPC, PS4, PS5, Xbox Series, Xbos One, Switch
GenrePlatformer
Date de sortie29 juillet 2026
Éditeureastasiasoft
DéveloppeurSMV Games
MultiOui


  • LUn thème rare et bien exploité : le harcèlement traité à travers une métaphore onirique cohérente
  • Une mécanique de rotation d’écran qui renouvelle le défi de plateforme classique
  • Plusieurs niveaux de difficulté et un mode coopératif local
  • Une direction artistique sombre et distinctive malgré un budget limité
  • Un rapport qualité-prix excellent à moins de 5 dollars
  • Une répartition des points de passage parfois trop punitive
  • Une bande-son qui peut distraire plutôt qu’immerger
  • La tête imposante de Lia qui complique certaines collisions avec les pièges hauts
  • Des commandes fonctionnelles mais jamais réellement précises

Wake up, Lia !

Titiks

L’avis de Titiks sur PS5

En bref

À ce prix, difficile de reprocher grand-chose à ce petit projet qui assume pleinement son statut de jeu de niche taillé pour les amateurs de défi. On referme l’aventure avec le sentiment d’avoir traversé quelque chose de plus personnel qu’un simple enchaînement de niveaux punitifs, porté par une héroïne attachante et un sous-texte qui donne du sens à chaque piège évité de justesse. Les vingt stages suffisent amplement à faire tourner la manette en bourrique sans jamais lasser, et le mode coopératif ajoute une corde supplémentaire à l’arc du titre. Reste une répartition des checkpoints parfois punitive et un accompagnement musical qui ne fera pas l’unanimité, deux réserves à mettre en balance avec un prix qui, lui, ne laisse planer aucun doute sur le rapport qualité-investissement.

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