Il y a des jeux qui arrivent sur nos écrans sans prévenir, portés par le simple bouche-à-oreille d’une petite communauté de passionnés, et qui finissent par s’imposer comme une évidence. 4PGP, ou Four-Player Grand Prix pour lui donner son nom complet, fait clairement partie de cette catégorie. Développé par le studio français Vision Réelle et porté par l’éditeur japonais 3goo, ce petit bolide arcade a d’abord posé ses roues sur Switch et Switch 2 au début de l’année, avant de rejoindre Steam et PS5 quelques mois plus tard. Et si son nom sonne comme un sigle technique tout droit sorti d’un cahier des charges, ce qu’il cache derrière est bien plus chaleureux : un hommage aux courses d’arcade de la grande époque, celle des bornes Sega qui faisaient vibrer les salles obscures dans les années 90.
Un pedigree qui ne ment pas
Ce qui frappe d’entrée avec 4PGP, c’est la carte de visite de son équipe. Le level design a bénéficié des contributions de Kenji Sasaki, une figure du studio Hitmaker connue pour son travail sur Ridge Racer chez Namco et sur la série Sega Rally. La bande originale, elle, a été composée par Tomoyuki Kawamura, dont le nom résonne pour quiconque a poncé les bornes de Virtua Racing, Sega Rally ou encore Tokyo Xtreme Racer. Ce n’est donc pas un hasard si l’on ressent, dès les premiers tours de roue, ce parfum si particulier des bornes Model 2 et Model 3, cette sensation de vitesse pure débarrassée de tout artifice de simulation moderne.
L’équipe de Vision Réelle revendique d’ailleurs son expérience passée sur des séries comme Test Drive ou Gear.Club, et cela transparaît dans la manière dont le jeu a été pensé : non pas comme une simulation de Formule 1 déguisée, mais comme un pur jouet arcade, taillé pour les parties courtes et intenses, seul ou entre amis sur le canapé. D’ailleurs, le nom du jeu ne ment pas : jusqu’à quatre joueurs peuvent s’affronter en écran splitté, et la quasi-totalité des modes de jeu, y compris le mode championnat multi-courses autour duquel s’articule tout le système de déblocage, est accessible à plusieurs. Une philosophie qui tranche avec la tendance actuelle du tout-en-ligne et qui rappelle furieusement les sessions de LAN party ou les après-midi passés à quatre manettes devant la télé du salon.
Le contenu et la structure de la progression
Sous le capot, 4PGP propose un contenu qui reste volontairement resserré : quatorze circuits et une vingtaine de voitures, toutes des relectures non-officielles de monoplaces emblématiques des années 90, réparties en quatre coupes composées de trois courses chacune. On sent immédiatement que chaque piste a été redessinée pour évoquer un tracé réel sans jamais le nommer, façon private joke pour les connaisseurs. On y reconnaît sans peine les silhouettes de circuits mythiques, redimensionnées et transformées juste assez pour éviter tout problème avec les ayants droit.
La progression est structurée en quatre paliers de difficulté : Rookie, Novice, Veteran et Expert, chacun introduisant une nouvelle mécanique de jeu qu’il faut assimiler avant de pouvoir prétendre à la victoire.
Le mode Rookie sert essentiellement d’initiation, sans réel enjeu de déblocage. Passé en Novice, la cadence s’accélère sensiblement et remporter une coupe permet enfin de débloquer une nouvelle voiture. Le palier Veteran introduit le principe du sillage, une mécanique d’aspiration qu’il faut apprendre à maîtriser pour espérer accrocher la première place, tout en composant avec une intelligence artificielle nettement plus agressive, prête à vous pousser hors piste sans aucun scrupule. Enfin, le mode Expert représente le sommet de la difficulté : arrêts aux stands obligatoires, usure des pneus prise en compte, passage à cinq tours par course et intelligence artificielle absolument sans pitié, qui exploite toutes les techniques apprises en cours de route contre vous. C’est aussi à ce niveau que se débloquent les deux derniers circuits du jeu, une récompense qui se mérite franchement.
Cette progression pédagogique, où chaque palier apporte sa propre couche de complexité plutôt que de se contenter d’augmenter la vitesse des adversaires, constitue à mon sens l’une des plus grandes réussites du titre. On progresse, on perd, on recommence, et sans s’en rendre compte on assimile des réflexes qui deviennent indispensables quelques courses plus tard. C’est un sentiment de montée en compétence assez rare dans le genre, où beaucoup de titres se contentent d’une difficulté linéaire sans réelle dramaturgie.
Le système de stand, cette petite mécanique qui change tout
Impossible de parler de 4PGP sans s’attarder sur son système de ravitaillement, qui fait office de véritable colonne vertébrale du gameplay. Contrairement à la majorité des jeux de course arcade où le passage aux stands consiste simplement à échanger du temps contre des réparations, ici le stand fonctionne comme un mini-jeu à part entière. En entrant dans la voie des stands, la voiture ralentit automatiquement, la jauge de turbo et l’état des pneus commencent à remonter progressivement, et une roulette apparaît à l’écran. Il faut alors presser le bouton de turbo au moment précis où l’aiguille traverse une zone verte, dont la largeur se réduit à mesure que la difficulté grimpe. Réussir ce timing permet de repartir avec le plein de turbo et, plus tard dans la progression, des réparations complètes. Le rater, en revanche, coûte cher : la voie des stands ralentit suffisamment pour perdre plusieurs positions.
C’est une mécanique simple sur le papier, mais qui infuse toute la stratégie de course. Le turbo, lui, ne se recharge d’ailleurs que via ce passage aux stands, contrairement à beaucoup de jeux concurrents où il suffit de drifter ou de frôler un adversaire pour le regonfler. Cela oblige à réellement planifier ses arrêts plutôt que de les subir, un choix de design qui rappelle par certains aspects Virtua Racing, où l’on devait deviner l’état de ses pneus sans le moindre indicateur à l’écran. 4PGP corrige d’ailleurs ce défaut historique en affichant clairement l’état des gommes.
Un pilotage qui privilégie la précision à la simulation
Sur la question du modèle de conduite, 4PGP assume totalement son parti pris arcade. L’adhérence est globalement généreuse, la voiture reste très collée au bitume, mais sans jamais offrir cette sensation de glisse contrôlée que l’on retrouve dans Virtua Racing, où l’arrière décroche franchement au-delà d’une certaine limite. Ici, pas vraiment de drift ni de transfert de masse perceptible : la plupart des virages se négocient avec un simple relâchement de l’accélérateur plutôt qu’un freinage, le frein étant d’ailleurs presque un ennemi qu’il vaut mieux éviter d’utiliser trop souvent. Ce choix peut dérouter les habitués de simulations plus permissives, mais il s’inscrit dans une logique arcade cohérente où la vitesse pure prime sur la gestion fine de la caisse.
Autre point notable concernant l’intelligence artificielle : les adversaires démarrent chaque course avec un net avantage d’accélération, qui s’estompe progressivement au fil de la session. Autrement dit, si vous ratez votre envol ou vous faites bousculer dès le premier virage, tout n’est pas perdu : en pilotant proprement, vous les rattraperez plus tard dans la course. En revanche, les collisions restent perfectibles. Les voitures rivales se comportent tantôt comme des objets immuables contre lesquels on rebondit, tantôt comme des murs qui nous font perdre le contrôle, et la pénalité de contact tombe presque systématiquement sur le joueur plutôt que sur l’IA.
La sortie sur Steam et PS5, plusieurs mois après le lancement Switch, a permis à Vision Réelle et 3goo de corriger une bonne partie des soucis relevés au lancement. La nouveauté la plus attendue concerne le support de l’accélération et du freinage analogiques, une option totalement absente de la version Switch initiale, qui obligeait à composer avec un simple tout-ou-rien sur les boutons A et B. Pire encore, à l’époque, il était impossible de presser simultanément l’accélérateur et le frein : il fallait relâcher l’un pour activer l’autre, un choix de design qui avait de quoi dérouter les premières heures de jeu avant de devenir un automatisme. Ce souci a depuis été corrigé, et le contrôle au stick pour l’accélération et le freinage est désormais disponible même sur Switch, via une mise à jour gratuite déployée en parallèle de la sortie Steam.
Au-delà des contrôles, cette mise à jour a aussi permis d’affiner le comportement des collisions avec l’intelligence artificielle, de rééquilibrer la difficulté Expert pour qu’elle corresponde enfin à son nom sans pour autant devenir infranchissable, et d’ajouter une voiture de sécurité déblocable, réservée toutefois aux sessions en écran splitté à deux joueurs ou plus. Un ajout sympathique mais qui laissera sur le carreau les solitaires de la campagne, à moins de convaincre un ami de s’installer à côté pour l’occasion.
Visuellement, 4PGP ne cherche jamais à repousser les limites technologiques, et c’est précisément ce qui fait sa force. On retrouve cette esthétique saturée et ensoleillée, ces ciels bleus éclatants et ces couleurs vives qui rappellent immédiatement l’âge d’or des bornes Sega, tout en profitant d’un nombre de polygones nettement supérieur, notamment sur les modèles de voitures. Le rendu général reste cohérent avec l’ambition affichée : offrir une identité visuelle rétro sans jamais tomber dans le pastiche low-cost. Certes, les ombres restent parfois un peu grossières pour un œil habitué à des productions comme Ridge Racer ou Sega Rally, mais pour un studio de cette taille, le résultat impressionne par sa propreté générale.
L’aspect sonore mérite également qu’on s’y attarde, tant il participe à l’identité du jeu. La musique de Tomoyuki Kawamura distille une ambiance résolument arcade, avec ces petits jingles de passage de chronométrage qui rythment les premiers tours et qui, sur le dernier tour de chaque course, se transforment en une version étendue et plus intense du même motif musical. On regrette simplement que la quantité de pistes reste limitée, un défaut assez classique des productions indépendantes à budget contraint, mais qui n’entache pas la qualité de ce qui est proposé.
Aussi attachant soit-il, 4PGP n’échappe pas à quelques défauts qui méritent d’être posés sur la table. Le premier concerne le choix des véhicules : les statistiques des voitures évoluent de façon globalement linéaire à mesure qu’on les débloque, ce qui pousse presque mécaniquement à toujours sélectionner la plus rapide disponible plutôt que d’envisager une véritable stratégie de choix selon ses préférences de pilotage. Un système de caractéristiques plus contrastées, avec de vrais compromis entre vitesse de pointe, accélération et tenue de route, aurait sans doute enrichi cette dimension.
Plus embêtant, l’absence totale de classements en ligne prive le titre d’une bonne partie de sa rejouabilité à long terme. Pour un jeu qui repose autant sur le plaisir de peaufiner sa ligne de course en contre-la-montre, ne pas pouvoir comparer ses temps avec la communauté mondiale relève presque du non-sens, d’autant que la structure même du jeu, avec ses circuits courts et ses sensations immédiates, se prêtait parfaitement à ce genre de fonctionnalité. On espère sincèrement que les développeurs y remédieront dans une future mise à jour.
Autre point de crispation, un usage assez prononcé du rubber banding, ce fameux effet élastique qui maintient artificiellement les adversaires proches de vous quel que soit votre niveau de pilotage réel. On ne peut pas ne pas remarquer au fil des sessions des situations frustrantes où, malgré un passage aux stands optimal et l’utilisation du turbo dans le sillage d’un rival, l’écart reste étrangement figé. Ce souci se fait particulièrement sentir en difficulté Expert, ironie du sort puisque c’est justement à ce niveau que les duels deviennent les plus intéressants sur le plan pur du pilotage. L’absence d’option de rembobinage ou de reprise partielle d’une course accentue encore la frustration : perdre une manche en plein milieu d’un championnat oblige à tout reprendre depuis le début, un choix de design assez punitif qui aurait mérité d’être assoupli, ne serait-ce qu’en réservant le rubber banding aux difficultés les plus accessibles.
Enfin, sur le plan strictement quantitatif, 4PGP reste un jeu modeste face à certains concurrents directs. Ce constat ne doit cependant pas éclipser ce que 4PGP fait bien: là où certains mise sur la gestion d’écurie et la progression à travers les décennies, 4PGP concentre son énergie sur la pureté de la course elle-même, sur cette sensation immédiate de vitesse à quatre manettes qui reste sa vraie carte maîtresse.
4PGP
| Supports | PC, PS5, SW, SW2 |
| Genre | Arcade |
| Date de sortie | 05 février 2026 |
| Éditeur | 3goo |
| Développeur | Vision Réelle |
| Multi | Oui |

4PGP me renvoie à mes classiques de course d’arcade, et je l’adore.
On a aimé
- Le sentiment de pilotage, extrêmement précis et particulièrement grisant au volant.
- Le système de ravitaillement, avec sa mini-roulette de timing, apporte une vraie couche stratégique sans jamais complexifier inutilement l’expérience.
- La présentation visuelle assume pleinement son inspiration rétro tout en profitant d’un socle technique moderne, et les performances restent exemplaires
- Le multijoueur en écran splitté à quatre, au cœur même du concept, retrouve cette convivialité qu’on associe aux meilleures soirées jeu vidéo entre amis.
On a moins aimé
- L’absence de classements en ligne prive le titre d’un vrai potentiel de rejouabilité compétitive à long terme.
- Le choix des véhicules manque de vrai relief stratégique, la progression restant trop linéaire d’une voiture à l’autre.
- L’absence d’option pour reprendre une seule course au sein d’un championnat, plutôt que de tout recommencer, s’avère franchement frustrante.
4PGP
Titiks

En bref
Ce que 4PGP propose, c’est une déclaration d’amour sincère à une époque où l’on s’installait devant une borne d’arcade pour trois minutes de sensations pures, sans se soucier de la gestion des pneus sur cinquante-huit tours ni de la météo dynamique. Reste que le titre souffre encore de quelques manques, notamment sur l’absence de classements en ligne. Pour les amateurs de sensations arcade pures, capables de fermer les yeux sur ces quelques défauts, 4PGP reste une proposition sincère et solidement exécutée, portée par un pedigree qui ne trompe personne sur les intentions de son équipe.
À propos de l’auteur
Titiks
Quadra assumé, daron de 3 apprenties gameuses, fan de tout ce qui est capable de raconter une bonne histoire. Touche-à-tout, mais surtout de bonnes aventures qui savent surprendre, et dévoué à l’univers console depuis que Sega était plus fort que tout, vous me verrez bien plus souvent connecté à la nuit tombée #2AMFather.