Il y a des retours qui sonnent comme une évidence. Et puis il y a ceux qui interrogent, presque immédiatement, avant même d’avoir relancé une nouvelle partie. Tales of Berseria Remaster appartient clairement à cette seconde catégorie.

Un retour qui interroge plus qu’il ne s’impose

Bandai Namco poursuit sa stratégie de recyclage méthodique de la licence Tales of. Les mois passent, les rééditions s’enchaînent… et le prochain épisode inédit se fait toujours attendre. Une manière de garder la flamme allumée, sans jamais vraiment l’alimenter. Et au milieu de cette routine bien huilée, le choix de Berseria intrigue. Parce que oui, difficile d’ignorer une réalité simple : le jeu n’a jamais disparu.

Sorti initialement en 2016 au Japon, Tales of Berseria n’a rien d’un vestige oublié. Disponible depuis longtemps sur PlayStation 4, souvent bradé à des prix dérisoires, il restait facilement accessible. Là où certains épisodes dorment encore sur des machines anciennes (Abyss coincé sur 3DS, Hearts cantonné au portable, ou encore Phantasia et Destiny devenus presque mythiques) Berseria semblait déjà à portée de main. Alors pourquoi lui ?

La réponse tient sans doute à une logique simple : capitaliser sur un épisode marquant, suffisamment récent pour séduire, suffisamment ancien pour justifier un lifting. Dix ans d’existence, un anniversaire de franchise à célébrer, et surtout une opportunité d’étendre sa disponibilité à des supports modernes. Car c’est là que ce remaster trouve sa première légitimité. PlayStation 5, Xbox Series, Switch, PC : cette nouvelle version ouvre les portes à un public plus large. Pour certains, c’est même la première occasion de s’y essayer. Pour d’autres, une excuse pour replonger. Mais encore faut-il que le voyage en vaille la peine.

Velvet Crowe, une héroïne à contre-courant

Dès les premières minutes, Berseria rappelle qu’il a une tonalité différente. Là où la série se construit souvent sur des envolées plus légères, presque insouciantes, cet épisode choisit une trajectoire plus sombre. Notre héroïne Velvet Crowe ne cherche pas à sauver le monde. Elle veut se venger, et cette nuance change tout ans un Tales of.

On découvre ici une protagoniste habitée par une rage froide, structurée autour d’un objectif unique : retrouver l’homme responsable de la destruction de sa famille. Son parcours ne cherche pas à rassurer. Il dérange parfois et questionne souvent. Jeu japonais oblige, il ne prend jamais la peine de lisser les angles. Velvet avance, déterminée, quitte à laisser derrière elle une traînée de décisions moralement discutables. Une anti-héroïne, dans le sens le plus brut du terme.

Autour d’elle gravite une galerie de personnages étonnamment nuancés. Une troupe disparate, chacun avec ses motivations, ses contradictions, ses zones d’ombre. Certains captent même davantage l’attention que l’intrigue principale elle-même. Les interactions prennent vie à travers les fameux saynètes, ces petites scènes optionnelles qui ponctuent l’aventure. Personnellement, je m’y attarde systématiquement. Pas par obligation, mais par envie. Les échanges apportent ce supplément d’âme que le scénario principal laisse volontairement en retrait.

Une narration solide… malgré ses détours

Si je devais isoler un point fort évident, ce serait celui-ci : l’écriture. Le début du jeu frappe juste. L’introduction installe une atmosphère lourde, presque oppressante, portée par des cinématiques de qualité. Le studio d’animation derrière, connu pour ses travaux sur Demon Slayer ou Fate, imprime sa signature visuelle, même si le budget vidéoludique impose certaines limites.

Puis le récit s’ouvre. Il respire davantage, quitte à perdre un peu de sa tension initiale. Et c’est là que les premières fissures apparaissent. Berseria abuse du retour en arrière. Littéralement. On traverse des zones déjà explorées, encore et encore, pour atteindre un objectif situé à l’autre bout de la carte. Une structure répétitive, déjà présente dans la version originale, et que ce remaster n’a pas réellement corrigée. Alors oui, quelques ajustements viennent atténuer la frustration. Une vitesse de déplacement revue à la hausse, des outils de voyage rapide accessibles plus tôt, un marqueur de destination plus lisible… autant d’améliorations bienvenues. Mais elles ne suffisent pas toujours.

On avance, puis on recule. On contourne, puis on revient. Et à force, le rythme en pâtit. Pourtant, malgré ces longueurs, je reste accroché. Parce que le récit, lui, tient la route. Parce que Velvet, et ceux qui l’accompagnent, donnent envie d’aller plus loin.

Le cœur du gameplay repose sur un système d’action-RPG typique de la série. Fluide, immédiat, accessible. Et pourtant, quelque chose coince. Les combats s’enchaînent avec une certaine aisance. Trop, peut-être. Les enchaînements se construisent autour de deux types de techniques : les artes martiales, physiques, et les artes orientées magie. On les associe librement aux boutons, permettant de créer des combos variés. Sur le papier, l’ensemble semble riche. Dans les faits, on se surprend à répéter les mêmes séquences. Encore et encore.

Le système encourage une forme d’automatisme. Tant que ça fonctionne, pourquoi changer ? Les subtilités existent, bien sûr. Des bonus s’activent selon l’ordre des attaques, des mécaniques gravitent autour de la gestion des “souls”, et Velvet dispose de capacités spécifiques liées à son bras démoniaque. Mais l’ensemble manque d’incitation. Le jeu introduit ses mécaniques rapidement, puis enchaîne les tutoriels sans laisser le temps de digérer. Résultat : on s’adapte, on simplifie, on avance. Et parfois, on martèle les boutons sans trop réfléchir. Certains y trouveront leur compte. D’autres resteront sur leur faim.

Sur le plan technique, ce remaster fait le travail. Rien de plus, rien de moins. Sur PlayStation 5, l’expérience se montre stable. 60 images par seconde, une résolution élevée, peu de ralentissements. Les environnements s’affichent correctement, sans accroc majeur. Mais sans véritable évolution. Les modèles de personnages restent rigides dans leurs expressions. Les décors manquent de relief. L’ensemble rappelle constamment ses origines. Ce lifting reste discret, presque timide.

En revanche, l’aspect sonore tire son épingle du jeu. La bande-son s’impose naturellement, tandis que les doublages japonais apportent l’intensité qu’il faut aux dialogues.

Ce remaster ne se contente quand même pas d’un simple coup de pinceau. Il ajoute une série d’améliorations destinées à fluidifier l’expérience. Sauvegardes automatiques, options pour passer certains combats, possibilité de relancer après une défaite… autant de petites touches qui rendent l’ensemble plus confortable.

Sans parler du traditionnel Shop, accessible dès le début dans les remasters, qui permet de moduler l’expérience. Accélérer la progression, augmenter les gains d’expérience, ajuster la difficulté. Une liberté appréciable, qui permet de déséquilibrer totalement le jeu, mais qui reste à notre discrétion. En cumulant certains bonus, l’aventure perd rapidement de sa tension. On avance sans résistance, porté par une progression artificiellement accélérée. Et dans un jeu déjà permissif sur le plan du combat, cela peut vite devenir problématique.

Alors, à qui s’adresse réellement ce remaster ? Si vous n’avez jamais posé les mains sur Tales of Berseria, la réponse devient évidente. Cette version offre le moyen le plus accessible de découvrir un épisode marquant, porté par une héroïne singulière et un récit plus sombre que la moyenne. Si vous y avez déjà joué… la question mérite réflexion. Les améliorations existent. Elles rendent l’expérience plus agréable. Mais elles ne transforment pas le jeu en profondeur.

Tales of Berseria Remastered


SupportsPC, PS5, Xbox Series, Switch
GenreJRPG
Date de sortie27 février 2026
ÉditeurBandai Namco
DéveloppeurHotta Studio
MultiNon


  • Une héroïne marquante, portée par une écriture solide
  • Une narration plus sombre, assumée jusqu’au bout
  • Des personnages secondaires nuancés et attachants
  • Une bande-son réussie et un doublage japonais convaincant
  • Des améliorations de confort appréciables
  • Une structure répétitive avec beaucoup de retours en arrière
  • Un système de combat trop permissif et rapidement automatisé
  • Un remaster discret sur le plan visuel
  • Des menus peu intuitifs et une progression parfois déséquilibrée
  • Un intérêt limité pour les joueurs ayant déjà la version PS4

Tales of Berseria Remastered

Titiks

L’avis de Titiks sur PS5

En bref

Le cœur de Tales of Berseria reste identique, avec ses qualités et ses défauts. J’avais beaucoup aimé Velvet et sa quête de vengeance à sa sortir. Son monde, imparfait mais habité, me donne une raison d’y revenir. Et parfois, c’est suffisant.

3.5
Close

NEXT STORY

Close

Une légende du Tactical RPG est de retour : Final Fantasy Tactics – The Ivalice Chronicles annoncé

05/06/2025
Close